Enfants à la rue : les compteurs s’affolent

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  1. ##Enfants à la rue : les compteurs s’affolent

    *En ce jour de rentrée, le baromètre de l’Unicef et de la Fédération des acteurs de la solidarité révèle que presque deux fois plus d’enfants, par rapport au début de l’année, sont sans logement. En cause : la baisse des places d’hébergement disponibles.*

    **Faïza Zerouala**

    Près de 12 millions d’élèves ont regagné les bancs de l’école en cette rentrée scolaire. Toutefois, une partie d’entre eux aura dormi sous une tente ou dans un abri de fortune.

    1 658 enfants, au bas mot, se retrouvent, en France métropolitaine et en outre-mer, sans solution d’hébergement avant la rentrée scolaire, selon le nouveau baromètre « Enfants à la rue » rendu public ce jeudi conjointement par l’Unicef-France et la Fédération des acteurs de la solidarité.

    Paris, le 14 juin 2022. Des femmes qui vivent dans la rue manifestent pour leur droit à un hébergement digne devant l’hôtel de ville.

    Ce document recense le nombre de familles qui n’ont pas pu être accueillies dans des structures d’hébergement adaptées malgré leur demande auprès du 115, le numéro d’appel d’urgence pour les sans-abri.

    Le document relève une augmentation substantielle : en septembre 2020, 927 enfants avaient dormi dans la rue ou dans des abris de fortune, quelques jours avant le retour en classe.

    Pour obtenir une estimation du nombre de mineur·es à la rue en cette rentrée, l’Unicef-France et la Fédération des acteurs de la solidarité ont examiné les appels passés au 115 dans la nuit du 22 au 23 août 2022. Ainsi, 3 133 personnes en famille qui avaient sollicité le 115 n’ont pas pu être hébergées faute de places, dont 1 658 étaient des enfants de moins de 18 ans. 368 avaient même moins de trois ans.

    Sur ces 1 658 enfants sans abri, 1 219 avaient déjà dormi à la rue la veille de leur demande.

    Le nombre de familles restées sans solution a aussi bondi de 77 % par rapport au début de l’année (1 774 demandes non pourvues au 31 janvier 2022). À lire aussi Le gymnase de l’école Mazenod, à Lyon, lui aussi occupé par le collectif Jamais sans toit, en décembre 2021. À Lyon, une école occupée pour aider une famille sans logement 25 janvier 2022

    Quelle que soit la période, précise le baromètre, la tension est exacerbée à Paris (733 familles en demande, auxquelles il faut ajouter 147 femmes enceintes de plus de trois mois), puis viennent le Nord (239 demandes), la Seine-Saint-Denis (231 demandes) et le Bas-Rhin

    Au-delà de ces données, les associations estiment que davantage de personnes sont en difficulté, mais une partie d’entre elles restent hors des radars de l’État puisqu’elles ne contactent pas le 115.

    Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité, n’est pas surpris par ces résultats, mais il explique à Mediapart que la situation, et l’errance de ces enfants et de leurs familles, « est inadmissible et préoccupante ».

    Cette dégradation est consécutive, selon lui, à un enracinement de la pauvreté bien visible dans les franges les plus fragiles de la société : les jeunes, les femmes, les travailleuses et travailleurs âgés, et les personnes étrangères.

    Or la réduction du nombre de places d’hébergement et la baisse de l’investissement de l’État pour financer des nuits d’hôtel, qui débouchent sur un 115 totalement engorgé, n’aident pas à desserrer cet étau, selon Pascal Brice.

    Jusqu’au printemps 2022, les places d’hébergement disponibles – 200 000 avaient été pérennisées – étaient à un « niveau historique », selon lui. Il s’agissait de l’effort particulier consenti par le gouvernement pour faire face à la crise sanitaire en 2020. « Nous avions salué l’action de l’État qui avait maintenu, en sortie de trêve hivernale 2021-2022, le nombre de places d’hébergement. Mais la pression budgétaire a mis fin à tout cela dès le printemps, avec une perte d’environ 7 000 places », se désole-t-il.

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