L’enfer des rodéos urbains en supercars

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  1. D’un côté, l’exécutif communiquait sur ses «résultats exponentiels » dans la lutte contre les débordements des petits délinquants qui pourrissent la vie des quartiers avec leurs scooters infernaux et leurs moto-cross débridées. De l’autre, les riverains de nombreuses zones sensibles voyaient que le far-west n’était pas terminé.

    En plus des deux-roues, ils assistent régulièrement à la course folle de GT et de supercars crânement pilotées – si l’on peut dire – par des petits caïds locaux, leurs frères ou leurs cousins. Et pas forcément à l’occasion d’un mariage. Les radars crépitent en vain, les pneus crissent ; la police en Clio et 3008 fait ce qu’elle peut, mais nul n’est dupe ; le duel est inégal.

    Le phénomène des rodéos en voiture de luxe est considéré avec beaucoup d’attention par le ministère de l’intérieur. Il fait même l’objet d’un plan d’action de la police judiciaire pour tenter de saper à la base ce commerce de location internationale de bolides allemands ou italiens qui arrivent désormais en France via les pays de l’est pour satisfaire l’ego des demi-sels un peu trop « bling-bling ».

    **Des loueurs intouchables**

    Au lendemain du drame de Colmar, le 14 août (tir mortel sur un Afghan de 27 ans qui s’était plaint d’un rodéo motorisé), le maire de la ville, Éric Straumann, avait alerté sur ce nouveau fléau dont se plaignent ses concitoyens : « À côté des classiques rodéos en deux-roues motorisés se développent en effet des rodéos en voiture de grosse cylindrée. » Or, affirmait-il, contre cette nuisance, les autorités demeurent impuissantes, les loueurs étant intouchables juridiquement, car installés en Allemagne et même en Pologne.

    Le Figaro a pu consulter un document de la police judiciaire qui explique d’où vient le phénomène et pourquoi le combat sera rude. « La Pologne, un écran pour les véhicules des criminels ?», interroge ainsi le Sirasco (service de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée) de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) dans cette note particulièrement instructive.

    Des faits y sont mis en exergue : par exemple, « en mars 2021, à Bordeaux, le conducteur d’une Porsche Cayman percutait violemment un véhicule de police, blessant des policiers à son bord, après avoir refusé d’obtempérer ». Ce même mois, l’antenne de l’office anti-stupéfiants (Ofast) de Marseille interceptait «une Mercedes CLS immatriculée en Pologne qui ouvrait la route à un convoi d’herbe de cannabis revenant d’espagne ». Autre affaire signalée : «En juin 2021, le gérant et un employé d’une société de location à Bron (69) étaient interpellés par la sûreté départementale de Lyon pour avoir organisé de nombreux rodéos à très grande vitesse (jusqu’à 325 km/h) et en avoir fait la promotion sur les réseaux sociaux . » L’année 2022 n’a pas été plus calme.

    Le Sirasco dépeint le « contexte » : «La location ou le leasing de véhicules étrangers garantit l’anonymat des malfaiteurs et constitue un moyen de blanchiment et de dissimulation de leur patrimoine » ; « des véhicules de luxe et de grosses cylindrées immatriculés en Pologne sont détectés sur l’ensemble du territoire national et conduits par des individus défavorablement connus des services ».

    **Brouiller les pistes**

    Les engins ? «Ils sont proposés à la sous-location par des sociétés françaises peu regardantes, voire complices, qui les louent en espèces auprès de sociétés polonaises dont les montages juridiques et financiers sont particulièrement opaques » ; «ces bolides sont utilisés dans des rodéos urbains, des délits de fuite, des refus d’obtempérer ou encore des transports de stupéfiants voire d’espèces ou d’armes». Prix de la location pour l’utilisateur : de 1500 à 3 000 euros par jour. Derrière, donc, un fort soupçon de recyclage d’argent sale.

    Les voyous le savent, il est impossible pour la police de prouver que le loueur étranger ait pu avoir connaissance de l’usage qui serait fait de sa voiture qui, de fait, passe de main en main. Le but du jeu est bien de brouiller les pistes. À Colmar, la téléverbalisation envoie des amendes qui ne sont jamais recouvrées.

    Pour le procureur de Grenoble, Éric Vaillant, «il y a bien longtemps que les malfrats n’ont plus de véhicules à leur nom ; ils investissent euxmêmes dans les sociétés de location ». Le Sirasco a vu ce milieu évoluer : « Si l’allemagne était, depuis plusieurs années, prisée des criminels pour acquérir leurs véhicules, en raison notamment des possibilités de paiement en espèces sans plafond, le renforcement des mesures de contrôle dans ce pays a généré un report vers la Pologne et, plus récemment, la Bulgarie et l’estonie», révèlent ses analystes.

    **Une stratégie judiciaire**

    À les lire, «ce phénomène pose de sérieuses difficultés en termes de sécurité publique et routière». Ils affirment certes que «l’immobilisation des véhicules et une stratégie d’action visant les sociétés de sous-location françaises sont mises en oeuvre par les services de police, de gendarmerie et l’autorité judiciaire », mais ils relèvent également qu’« il s’agit d’un moyen d’anonymisation du parc automobile des délinquants» qui « rend impossible toute saisie et confiscation de ces véhicules de luxe ».

    Depuis plusieurs mois, le représentant de Beauvau pour la sécurité intérieure en poste à Varsovie développe «un partenariat opérationnel avec la police judiciaire polonaise pour endiguer ce phénomène et assiste les services d’enquête dans le cadre de la coopération internationale », écrit le Sirasco.

    Au plan national, une stratégie judiciaire se met en place. Angle d’attaque privilégié : sanctionner l’éventuel défaut d’assurance, pour faciliter la mise en fourrière. Si le conducteur présente un contrat de location entre lui et une société française, qui a elle-même loué le véhicule à l’étranger, il a en effet obligation de présenter un certificat d’immatriculation définitif et une assurance le couvrant sur le territoire français. Or l’assurance de la société propriétaire polonaise, balte ou bulgare ne couvre pas le véhicule dans l’hexagone en cas de souslocation.

    Et si la GT est louée directement à l’étranger, sans intermédiaire, avec une carte verte valide et non manuscrite ? «Le véhicule peut circuler sur le territoire français», reconnaît la PJ dans un document interne. Ce que les voyous les plus malins n’ignorent guère. Faudra-t-il alors changer la loi? Éternel combat du glaive et du bouclier.

  2. Je le demande comment on parle toujours des mecs “connus par la police” qu’ils ont intouchables, mais si un mec normal est flashé a +1km/h il perd des points.

    Et c’est pas que avec les voitures. Je le rappelle bien quand le masque était obligatoire dans les rues: mon pote a reçu une amende parce qu il avait enlevé ça masque “trop longtemps” pendant un pique nique. Mais le jour après je vois un groupe de racailles passer à côté de la police et la police les dissent rien.

  3. Faudra prévenir les ricains qu’on a des nouvelles zones de non droit mobiles de la taille d’un habitacle.

  4. Ah si seulement en France le cannabis était légalisé.. Plus d’argent pour les trafiquants = fin des rodéos.

    Sans même déployer plus de policiers en plus.

    Mais bon, l’électeur de droite est fermement contre la fin des problèmes dans les cités et veut à tout prix que ses enfants continuent de financer les rodéos, le terrorisme et l’extrémisme religieux.

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