>«On ne parle pas d’overdose pour l’alcool, mais cette idée pourrait alerter sur le danger du binge drinking»
>Depuis 2001, le 31 août a été désigné journée internationale de sensibilisation aux surdoses. Julien Azuar, médecin urgentiste et addictologue à l’hôpital Fernand-Widal de Paris, analyse pour «Libération» les derniers chiffres et les spécificités de l’excès de substance.
>Sensibiliser le grand public aux surdoses. Réduire la stigmatisation des morts liées à la consommation de drogues. Engager des actions et des discussions autour de la politique en matière de drogues et de la prévention des surdoses. Tels sont les enjeux de la journée internationale de sensibilisation aux surdoses, qui existe depuis 2001, le 31 août. Selon les derniers chiffres de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 503 personnes sont mortes en 2019 à cause de l’usage de substances illicites et de médicaments opioïdes. La cocaïne est la deuxième substance illégale impliquée dans les décès après overdose. A l’hôpital Fernand-Widal, dans le Xe arrondissement de Paris, le service d’addictologie accueille des patients qui ont été victimes de surdoses. Pour Libération, le médecin urgentiste et addictologue Julien Azuar décrypte le phénomène de l’abus de stupéfiants, qu’ils soient illégaux ou non.
>**Quels sont les différents types de patients victimes de surdoses pris en charge au sein de votre service ?**
>Nous faisons face à quelques cas de surdoses au sein même du Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie de l’hôpital Fernand-Widal. Certaines se manifestent juste après que le patient a consommé. Ou parfois, il arrive aussi que des patients à qui on délivre un traitement de substitution l’ajoutent à leur consommation d’opiacés et fassent une surdose. Dans ce cas, on sait quoi faire : on dispose des antidotes et traitements d’urgence à base de naloxone, la précieuse molécule qu’on aimerait voir diffusée partout. La plupart des patients à Fernand-Widal savent l’utiliser. Une grande partie de notre travail consiste aussi à prendre en charge des patients qui arrivent après avoir fait une surdose et sont hospitalisés à cause de complications médicales qui durent.
>**Comment se manifestent les cas d’overdoses liés à la consommation d’opiacés ?**
>La surdose dépend de la substance. La grande famille de toxiques qui est encore responsable de la plupart des surdoses est les opiacés. Qu’ils soient illégaux, comme l’héroïne, ou bien légaux, comme les traitements de substitution à la méthadone. Ces dernières années, il y a plus de surdoses liées à la méthadone qu’à l’héroïne. Il y a également les antalgiques opioïdes utilisés comme médicament. Toute cette classe de produits provoque des surdoses qui se manifestent par un coma avec arrêt respiratoire. Les opiacés vont endormir le système nerveux jusqu’à ce que le réflexe de respiration s’arrête.
>**Qu’en est-il est des surdoses liées aux autres substances ?**
>Les overdoses de crack et de cocaïne sont différentes. Elles vont provoquer des complications cardiovasculaires, des AVC, des troubles du rythme cardiaque. Ce n’est pas le même mécanisme. Ici, la surdose n’est pas un coma calme comme celui lié aux opiacés. La cocaïne va augmenter la tension artérielle, et des complications vasculaires peuvent aller de pair : un vaisseau qui éclate ou bien se ferme au niveau cardiaque et provoque un infarctus.
>Avec les cathinones, les nouvelles drogues de synthèse comme la 3-MMC, et d’autres substances telles que la MDMA, on observe ce qu’on nomme le syndrome sérotoninergique. C’est un autre type de surdose, qui va amener une dérégulation du système de température du corps. Une surchauffe, avec une destruction des muscles, une intoxication du sang et des organes. Il y a encore trois ans, on voyait discrètement apparaître les cathinones dans les enquêtes de l’OFDT. Aujourd’hui, en recoupant les témoignages de l’équipe surdose de la police, des différentes structures et des patients qu’on voit en addictovigilance, il semble que les overdoses liées à ces produits soient en augmentation.
>Il y a aussi l’alcool [responsable de 41 000 morts par an en France, ndlr]. Beaucoup de nos patients en service de réanimation y sont après avoir fait une surdose d’alcool. On ne parle pas d’overdose pour la boisson, plutôt de coma éthylique. Pourtant, cette idée pourrait faire prendre conscience du danger que représentent l’intoxication aiguë à l’alcool et le binge drinking.
>**Bientôt un an que le camp des consommateurs de crack a été installé au square Forceval, à la porte de la Villette. Comment réussir à mieux prendre en charge ces usagers ?**
>Grâce au projet crack mis en place au sein de l’hôpital depuis un an et demi, nous recevons désormais des patients qui ne seraient pas venus d’eux-mêmes à l’hôpital. Notamment des personnes qui viennent du square Forceval. Notre équipe médico-sociale va les chercher là où ils sont et on adopte une stratégie de réduction des risques pour les amener jusqu’au soin et au sevrage. C’est une approche qui permet d’avancer et d’hospitaliser de plus en plus de patients très précarisés. L’approche de réduction des risques, ce n’est pas uniquement, comme on l’entend, «aider les drogués à se droguer».
Oui, et dans le même registre, voir quelqu’un dans un coma éthylique sur la voie publique ne va pas tant choquer que ça. On va se dire “encore un qui a vraiment trop bu”.
Si on change la drogue et qu’on prend quelque chose de vu comme ultra nocif, voir quelqu’un dans une overdose sur la voie publique va nous choquer énormément. On va se dire “putain, les ravages de l’héroïne c’est horrible”
Là où en pratique les deux états sont vraiment très similaires.
C’est culturel.
Bourre toi la gueule à un afterwork devant tes collègues, tu es un bon vivant.
Fume un p’ti joint avec tes potes dans l’allée derrière le bar, tu es un sale drogué.
On sait comment évolue la conso abusive d’alcool en France ? Je n’arrive pas vraiment à me rendre compte de si el covid a amélioré ou empiré les choses
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>«On ne parle pas d’overdose pour l’alcool, mais cette idée pourrait alerter sur le danger du binge drinking»
>Depuis 2001, le 31 août a été désigné journée internationale de sensibilisation aux surdoses. Julien Azuar, médecin urgentiste et addictologue à l’hôpital Fernand-Widal de Paris, analyse pour «Libération» les derniers chiffres et les spécificités de l’excès de substance.
>Sensibiliser le grand public aux surdoses. Réduire la stigmatisation des morts liées à la consommation de drogues. Engager des actions et des discussions autour de la politique en matière de drogues et de la prévention des surdoses. Tels sont les enjeux de la journée internationale de sensibilisation aux surdoses, qui existe depuis 2001, le 31 août. Selon les derniers chiffres de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 503 personnes sont mortes en 2019 à cause de l’usage de substances illicites et de médicaments opioïdes. La cocaïne est la deuxième substance illégale impliquée dans les décès après overdose. A l’hôpital Fernand-Widal, dans le Xe arrondissement de Paris, le service d’addictologie accueille des patients qui ont été victimes de surdoses. Pour Libération, le médecin urgentiste et addictologue Julien Azuar décrypte le phénomène de l’abus de stupéfiants, qu’ils soient illégaux ou non.
>**Quels sont les différents types de patients victimes de surdoses pris en charge au sein de votre service ?**
>Nous faisons face à quelques cas de surdoses au sein même du Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie de l’hôpital Fernand-Widal. Certaines se manifestent juste après que le patient a consommé. Ou parfois, il arrive aussi que des patients à qui on délivre un traitement de substitution l’ajoutent à leur consommation d’opiacés et fassent une surdose. Dans ce cas, on sait quoi faire : on dispose des antidotes et traitements d’urgence à base de naloxone, la précieuse molécule qu’on aimerait voir diffusée partout. La plupart des patients à Fernand-Widal savent l’utiliser. Une grande partie de notre travail consiste aussi à prendre en charge des patients qui arrivent après avoir fait une surdose et sont hospitalisés à cause de complications médicales qui durent.
>**Comment se manifestent les cas d’overdoses liés à la consommation d’opiacés ?**
>La surdose dépend de la substance. La grande famille de toxiques qui est encore responsable de la plupart des surdoses est les opiacés. Qu’ils soient illégaux, comme l’héroïne, ou bien légaux, comme les traitements de substitution à la méthadone. Ces dernières années, il y a plus de surdoses liées à la méthadone qu’à l’héroïne. Il y a également les antalgiques opioïdes utilisés comme médicament. Toute cette classe de produits provoque des surdoses qui se manifestent par un coma avec arrêt respiratoire. Les opiacés vont endormir le système nerveux jusqu’à ce que le réflexe de respiration s’arrête.
>**Qu’en est-il est des surdoses liées aux autres substances ?**
>Les overdoses de crack et de cocaïne sont différentes. Elles vont provoquer des complications cardiovasculaires, des AVC, des troubles du rythme cardiaque. Ce n’est pas le même mécanisme. Ici, la surdose n’est pas un coma calme comme celui lié aux opiacés. La cocaïne va augmenter la tension artérielle, et des complications vasculaires peuvent aller de pair : un vaisseau qui éclate ou bien se ferme au niveau cardiaque et provoque un infarctus.
>Avec les cathinones, les nouvelles drogues de synthèse comme la 3-MMC, et d’autres substances telles que la MDMA, on observe ce qu’on nomme le syndrome sérotoninergique. C’est un autre type de surdose, qui va amener une dérégulation du système de température du corps. Une surchauffe, avec une destruction des muscles, une intoxication du sang et des organes. Il y a encore trois ans, on voyait discrètement apparaître les cathinones dans les enquêtes de l’OFDT. Aujourd’hui, en recoupant les témoignages de l’équipe surdose de la police, des différentes structures et des patients qu’on voit en addictovigilance, il semble que les overdoses liées à ces produits soient en augmentation.
>Il y a aussi l’alcool [responsable de 41 000 morts par an en France, ndlr]. Beaucoup de nos patients en service de réanimation y sont après avoir fait une surdose d’alcool. On ne parle pas d’overdose pour la boisson, plutôt de coma éthylique. Pourtant, cette idée pourrait faire prendre conscience du danger que représentent l’intoxication aiguë à l’alcool et le binge drinking.
>**Bientôt un an que le camp des consommateurs de crack a été installé au square Forceval, à la porte de la Villette. Comment réussir à mieux prendre en charge ces usagers ?**
>Grâce au projet crack mis en place au sein de l’hôpital depuis un an et demi, nous recevons désormais des patients qui ne seraient pas venus d’eux-mêmes à l’hôpital. Notamment des personnes qui viennent du square Forceval. Notre équipe médico-sociale va les chercher là où ils sont et on adopte une stratégie de réduction des risques pour les amener jusqu’au soin et au sevrage. C’est une approche qui permet d’avancer et d’hospitaliser de plus en plus de patients très précarisés. L’approche de réduction des risques, ce n’est pas uniquement, comme on l’entend, «aider les drogués à se droguer».
Oui, et dans le même registre, voir quelqu’un dans un coma éthylique sur la voie publique ne va pas tant choquer que ça. On va se dire “encore un qui a vraiment trop bu”.
Si on change la drogue et qu’on prend quelque chose de vu comme ultra nocif, voir quelqu’un dans une overdose sur la voie publique va nous choquer énormément. On va se dire “putain, les ravages de l’héroïne c’est horrible”
Là où en pratique les deux états sont vraiment très similaires.
C’est culturel.
Bourre toi la gueule à un afterwork devant tes collègues, tu es un bon vivant.
Fume un p’ti joint avec tes potes dans l’allée derrière le bar, tu es un sale drogué.
On sait comment évolue la conso abusive d’alcool en France ? Je n’arrive pas vraiment à me rendre compte de si el covid a amélioré ou empiré les choses