Ce discret patrimoine dont Julien Bayou n’avait jamais parlé

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  1. Par Erwan Seznec

    Publiquement engagé contre les transformations de logements en bureaux, le député EELV n’en loue pas moins un appartement à une société de production.

    Juin 2013. La société Kien Productions sort un documentaire intitulé Ainsi squattent-ils, de la réalisatrice Marie Maffre. Il est consacré au collectif Jeudi Noir, dont Julien Bayou, 33 ans à l’époque, actuel secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts et député de Paris, est un des principaux animateurs. Jeudi Noir se bat alors contre un accès trop difficile au logement, en particulier pour les jeunes et les précaires.

    Occupant divers locaux d’activités vides dans Paris, le collectif proteste plus particulièrement contre la transformation d’appartements en bureaux. Un phénomène diffus, qui alimente la crise du logement dans la capitale. C’est un thème que Julien Bayou n’abandonnera pas. Candidat aux législatives dans la cinquième circonscription de Paris en 2017 (il a obtenu 12,36 % des suffrages au premier tour), il se déclare encore et toujours « pourla transformation des bureaux en logements ».

    Propriétaire par héritage

    Il y a néanmoins quelque chose que Julien Bayou n’a dit ni en 2013 ni plus tard. La société Kien Productions, qu’il connaît bien, est basée rue Meslay, dans le 3e arrondissement parisien. Elle occupe, à l’étage d’un immeuble haussmannien proche de la place de la République, des locaux qui, jusque dans les années 1980, au moins, étaient dédiés au logement. Or, le propriétaire de cet appartement transformé en bureau se trouve être… Julien Bayou.

    Contacté par Le Point, l’intéressé reconnaît les faits. Il explique être devenu propriétaire à Paris en 1995, alors qu’il était encore mineur, au moment du décès de sa grand-mère maternelle. La mère de Julien Bayou étant décédée prématurément en 1985, la grand-mère a légué au jeune Julien et à sa soeur Agnès non pas un, mais deux appartements, rue Meslay. « La surface totale dépasse largement les 100 m² », assure un connaisseur des lieux. Soit, à 11 770EUR/m² (selon la dernière estimation du site Meilleurs-Agents pour la rue Meslay), un patrimoine nettement supérieur au million d’euros.

    On peut être propriétaire et scandalisé par le mal-logement.Julien Bayou

    « L’un des appartements est loué de longue date [ça doit bien faire 20 ans] à Kien Productions, l’autre a été divisé en deux parties par mon père et occupé jusqu’en 2009, avant d’être loué à Kien Productions également », admet le député. Pierre Bayou, son père, a quitté Paris en 2009. Il vit actuellement dans le sud de laFrance.

    Autrement dit, au moment où le documentaire Ainsi squattent-ils est sorti (avec l’aide du conseil régional d’Île-de-France et de la Fondation Abbé Pierre), Julien Bayou était un bailleur louant un appartement à une entreprise plutôt qu’à un particulier, ce qui peut être fait pour des raisons tout à fait légitimes, au demeurant. « Jeudi Noir n’est pas un mouvement tourné à l’encontre des propriétaires », fait valoir le député dans la réponse qu’il a envoyée au Point, soulignant que l’« on peut être propriétaire et scandalisé par le mal-logement ».

    Un hasard complet

    Jan Vasak, producteur de Ainsi squattent-ils et ex-collaborateur de Kien Productions, remonte le fil. « Kien cherchait des locaux. Nous avons signé avec Pierre Bayou. Ensuite, j’ai rencontré Julien, par l’intermédiaire de la réalisatrice Marie Maffre, sans savoir, au début, qu’il y avait un lien de famille avec le bailleur de Kien. » Le lien a été fait rapidement, sans remettre en cause le bien-fondé du documentaire, et sans aucun mélange des genres entre le documentaire et le bail, assure le producteur. Il n’y aurait eu aucun tarif de faveur sur le loyer.

    Jan Vasak est toujours en contact avec Julien Bayou. Il prépare actuellement un autre documentaire, toujours de Marie Maffre, Julien Bayou, the making of a politic. « C’est un titre provisoire pour un projet très en amont », précise le producteur. Un projet à la partialité assumée : « Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts, propose un renouveau de l’agir politique », lit-on dans le bref résumé disponible sur le site d’Enfant Sauvage productions, société actuelle de Jan Vasak. Il s’agirait de dresser le portrait d’un jeune député à « la recherche d’une incarnation fraternelle, plutôt que dans la volonté d’incarner une figure paternaliste et toute-puissante ». Il est trop tôt pour savoir si le documentaire abordera la question du patrimoine du député. En tout état de cause, celui-ci n’est plus confidentiel. Comme tous les parlementaires, Julien Bayou a déposé sa déclaration en préfecture. Elle serabientôt consultable.

  2. Dans l’absolu c’est bizarre qu’une société de production fasse des documentaires à la gloire du proprio des ses locaux, mais quand c’est des documentaires que personne ne regarde je dirais qu’on s’en fout un peu.

  3. Putain la malhonnêteté intellectuelle du truc: il hérite en 1995 de deux apparts a Paris, et le torchon te calcule la valeur au prix du mette carré actuel.

  4. Je n’aime pas Bayou mais c’est un peu léger comme scandale. Il loue des bureaux à Paris, bon, c’est pas cohérent avec son engagement. On a vu pire.

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