Devant le juge, la maire, Mélanie Boulanger, mise en examen pour « complicité de trafic de stupéfiants », a détaillé les nombreuses alertes sur la délinquance dans sa ville lancées aux pouvoirs publics et restées sans réponses.
Par Antoine Albertini et Simon Piel
Publié hier à 17h00
Temps deLecture 8 min
C’est soir de Saint-Valentin, au Show Kebab, ce 14 février 2020. Hasbi Colak, le patron et adjoint à la maire de Canteleu (Seine-Maritime) chargé du développement économique, ne sait plus où donner de la tête : son restaurant est « blindé » de clients. A Canteleu, les occasions de dîner en amoureux sont plutôt rares. Les plus aisés ont réservé à la pizzeria La Tarantine ou au Chabada, à Rouen, à moins de dix minutes en voiture. Les autres, les jeunes surtout, se retrouvent « chez Hasbi » – « restaurant bien fréquenté », précise le site Internet de l’établissement.
Voire. Ce soir-là, plusieurs individus font irruption dans le petit commerce posé entre deux pavillons, au bord de l’ancienne route de Duclair, à 150 mètres de la mosquée El-Mohsinine, fréquentée par la florissante communauté turque locale. Ils exigent de parler séance tenante à Mélanie Boulanger, la maire de Canteleu. Hasbi Colak compose le numéro de l’édile et active le haut-parleur de son téléphone. Très remontés, les individus se plaignent d’un contrôle de police mené dans leur QG, le bar Le Jean-Jaurès, le jour même. Ils menacent d’incendier la mairie et rappellent à l’élue que son adjoint est leur interlocuteur privilégié : « La police, ils peuvent pas tout résoudre. Hasbi, il peut… »
« Ils étaient chauds et sanguins », « à fleur de peau », « leur attitude ne me laissait pas le choix (…), ça aurait été un carnage dans mon restaurant », s’est souvenu M. Colak, le 22 juin, devant le juge d’instruction de Bobigny Simon Rintaud, chargé d’un volumineux dossier de trafic de stupéfiants, sur fond de mise sous tutelle de la mairie de Canteleu par des caïds du coin. Ce soir de la Saint-Valentin, personne ne se doutait que la conversation avait été captée de bout en bout par les enquêteurs de la sûreté départementale de Rouen.
« Je sais que je suis irréprochable »
Quelques mois plus tôt, en septembre 2019, un jeune homme a été arrêté en Seine-Saint-Denis en possession de 2 kilos de cocaïne et 60 000 euros en espèces. Il conduisait le Citroën Berlingo de l’adjoint à la maire de Canteleu. Celui-ci a été interpellé, avec Mélanie Boulanger, pour plusieurs infractions relevant de la législation sur les stupéfiants, en octobre 2021. Aux policiers, M. Colak a assuré avoir agi en toute bonne foi, sans savoir à quoi sa voiture allait servir. L’affaire a fait grand bruit et la France a découvert le visage grave de la maire de Canteleu lors d’une conférence de presse, après une garde à vue « éprouvante ». « Depuis sept ans et demi que je suis maire, annonce alors Mélanie Boulanger, je n’ai jamais baissé la garde contre les trafiquants. Non, je n’ai jamais été inquiète de l’issue de cet épisode, aussi difficile soit-il, car je sais que je suis irréprochable. »
Comme souvent dans ce genre d’affaires, le gris du béton des cités répond aux nuances des déclarations sur procès-verbal : la vérité est rarement univoque. Les déclarations de Mme Boulanger et de M. Colak devant la justice, une somme de courriers que Le Monde a pu consulter, racontent l’histoire d’une élue prise au piège, qui finit par baisser les bras sans avoir reçu des pouvoirs publics le soutien qu’elle en avait espéré, et de son adjoint, incapable de tenir à distance les caïds avec lesquels il a grandi. Entre les deux, les Meziani.
Dès son entrée au conseil municipal, en 2008, Mélanie Boulanger a entendu parler de cette remuante fratrie – deux sœurs, cinq frères – soupçonnée d’avoir mis Canteleu en coupe réglée, au point d’en faire une base arrière pour de juteuses opérations de trafic de stupéfiants : culture du cannabis dans le Rif marocain, « go fast » depuis l’Espagne, corruption… L’aîné, Samir, 44 ans, est installé au Maroc, introuvable malgré une notice rouge d’Interpol à son nom ; son frère Mustapha, mort dans un accident de la route, avait assassiné un rival à coups de sabre en 2001, en plein centre-ville. En leur absence, les autres frères gèrent le business familial depuis leur fief de la Cité verte ; Montacer surtout, le fondé de pouvoir du clan à Canteleu.
« II n’y a jamais eu de coups de filet efficaces, a confié Mélanie Boulanger au juge Rintaud, le jour de son interrogatoire, le 24 juin. Il y en a eu et, à chaque fois, j’ai félicité la police. Mais ça ne tombe jamais sur eux. » A Canteleu, les « Mez » jouent les médiateurs officieux, apaisent les jeunes et font le coup de poing si nécessaire, en pleine rue, devant témoins. « Lorsqu’un problème apparaît avec les jeunes, ils peuvent le régler, résume le chef de la police municipale, lui aussi entendu au cours de l’enquête. Ils agissent comme des mafieux : intimidation auprès des élus, et notamment de la maire de Canteleu. »
Valse des courriers
En 2014, cette militante assidue d’un Parti socialiste déclinant partout ailleurs mais encore puissant dans cette baronnie fabiusienne, est élue maire de Canteleu avec 54,7 % des suffrages. La sécurité est une priorité. Mélanie Boulanger ne tarde pas à cibler les points de deal, à aviser les autorités des difficultés récurrentes que rencontre la commune, où s’enkyste la délinquance. En septembre 2015, elle s’adresse à Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, pour demander des renforts de la police nationale, et dresse au passage l’affligeant tableau d’une ville prise dans la toile des incivilités et du deal. « Les trafics s’installent, écrit-elle. Les comportements routiers très déviants autant que la circulation de quads et de deux-roues motorisés sont réguliers. Par ailleurs, nous constatons depuis plusieurs mois une recrudescence de tensions au sein des quartiers repérés comme prioritaires dans le cadre de la politique de la ville : menaces envers les policiers municipaux, agression des policiers nationaux lors de leurs interventions, tentatives d’intimidation des personnels des bailleurs sociaux… »
Quelques jours auparavant, le 14 septembre, un homme de 30 ans a été mortellement poignardé devant la station de bus de l’avenue du Président-Allende, près de la Cité rose, haut lieu du trafic. Le 4 février 2016, elle écrit à nouveau à Place Beauvau : « Le trafic de drogue s’organise. Les points de rassemblements sont connus, vus et identifiés. Les habitants s’interrogent sur la volonté de les anéantir. »
Dans la langue de bois typique de l’administration, le cabinet du ministre répond effectifs et mutations, statistiques. Sans oublier les envolées de rigueur : « Soyez assurée, écrit le directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve, que la situation (…) dans son ensemble continuera à faire l’objet d’un suivi attentif afin de garantir une capacité opérationnelle des forces de police adaptée aux légitimes exigences de nos concitoyens en matière de sécurité. »
Mais, à Canteleu, les exigences des citoyens se fracassent sur une litanie d’agressions et d’incivilités persistantes. Après le cabinet médical vandalisé, une infirmière est agressée. En mai 2017, pendant le mois de ramadan, Mélanie Boulanger se plaint à nouveau : « Lors de cette période de fête religieuse, un certain nombre d’individus organisent la rupture du jeûne sur l’espace public (parcs, pieds d’immeuble, aires de jeux, city stade…), en organisant des barbecues, en installant des canapés ou du mobilier de jardin sur les trottoirs et écoutant de la musique à un volume très élevé. » Pas de réponse.
C’est encore en 2017 que l’élue sollicite une subvention d’un peu plus de 5 000 euros pour l’installation de caméras de vidéosurveillance. Refus de la préfecture de Seine-Maritime : Canteleu ne se situe pas en zone de sécurité prioritaire. Et la valse des courriers continue, au directeur départemental de la sécurité publique, aux députés locaux Sira Sylla et Damien Adam (Renaissance), à Olivier Dussopt, à l’époque président de l’Association des petites villes de France, à Gérard Collomb, qui a succédé à Bernard Cazeneuve, puis à Christophe Castaner, qui a pris la suite de Gérard Collomb. « Les trafiquants et les fauteurs de troubles ne cessent de gagner du terrain », s’alarme Mélanie Boulanger, en juillet 2017, dans un nouveau courrier au ministère, qui promet « d’en faire part au directeur général de la police nationale ». Mais rien ne bouge.
« Pas au courant du truc »
La commune de Canteleu peut-elle expérimenter la police de sécurité du quotidien, point-phare du programme sécuritaire d’Emmanuel Macron ? Refus. Bénéficier de renforts policiers ? Refus, encore. Qu’elles émanent du ministère ou de la préfecture, les réponses à ses courriers illustrent la logique inversée des pouvoirs publics en matière de lutte contre la délinquance : nul besoin d’effectifs supplémentaires, puisque la police se montre, à Canteleu, d’une grande efficacité. Ne vient-elle pas de démanteler un important trafic en interpellant plusieurs personnes, en saisissant près de 15 kilos de cannabis, d’héroïne, de cocaïne ?
La maire s’entête. Elle renouvelle sa demande de subvention, pour à peine plus de 3 000 euros cette fois, au titre du fonds interministériel de prévention de la délinquance. C’est encore non. Elle écrit au procureur de la République de Rouen ; en juin 2019, elle expédie au directeur départemental la liste des points de deal « recensés à ce jour par le service de la police municipale » : la rue Edouard-Petit, le parc Rosa-Bonheur, l’avenue Georges-Bizet, la rue Alexandre-Dumas…
A-t-elle fini par renoncer, lassée du silence des autorités ? Son attitude, à compter de la fin 2019, semble s’infléchir. Début janvier 2020, après l’interpellation d’un petit trafiquant près de l’église, elle échange avec M. Colak au téléphone et s’assure qu’il transmette bien qu’elle n’« était pas au courant du truc ».
Pour rappel la maire d’une commune de moins de 15 000 habitants touche 2600 bruts par mois pour gérer tout ça et prépare son pointage pôle emploi si elle rate son élection suivante.
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Devant le juge, la maire, Mélanie Boulanger, mise en examen pour « complicité de trafic de stupéfiants », a détaillé les nombreuses alertes sur la délinquance dans sa ville lancées aux pouvoirs publics et restées sans réponses.
Par Antoine Albertini et Simon Piel
Publié hier à 17h00
Temps deLecture 8 min
C’est soir de Saint-Valentin, au Show Kebab, ce 14 février 2020. Hasbi Colak, le patron et adjoint à la maire de Canteleu (Seine-Maritime) chargé du développement économique, ne sait plus où donner de la tête : son restaurant est « blindé » de clients. A Canteleu, les occasions de dîner en amoureux sont plutôt rares. Les plus aisés ont réservé à la pizzeria La Tarantine ou au Chabada, à Rouen, à moins de dix minutes en voiture. Les autres, les jeunes surtout, se retrouvent « chez Hasbi » – « restaurant bien fréquenté », précise le site Internet de l’établissement.
Voire. Ce soir-là, plusieurs individus font irruption dans le petit commerce posé entre deux pavillons, au bord de l’ancienne route de Duclair, à 150 mètres de la mosquée El-Mohsinine, fréquentée par la florissante communauté turque locale. Ils exigent de parler séance tenante à Mélanie Boulanger, la maire de Canteleu. Hasbi Colak compose le numéro de l’édile et active le haut-parleur de son téléphone. Très remontés, les individus se plaignent d’un contrôle de police mené dans leur QG, le bar Le Jean-Jaurès, le jour même. Ils menacent d’incendier la mairie et rappellent à l’élue que son adjoint est leur interlocuteur privilégié : « La police, ils peuvent pas tout résoudre. Hasbi, il peut… »
« Ils étaient chauds et sanguins », « à fleur de peau », « leur attitude ne me laissait pas le choix (…), ça aurait été un carnage dans mon restaurant », s’est souvenu M. Colak, le 22 juin, devant le juge d’instruction de Bobigny Simon Rintaud, chargé d’un volumineux dossier de trafic de stupéfiants, sur fond de mise sous tutelle de la mairie de Canteleu par des caïds du coin. Ce soir de la Saint-Valentin, personne ne se doutait que la conversation avait été captée de bout en bout par les enquêteurs de la sûreté départementale de Rouen.
« Je sais que je suis irréprochable »
Quelques mois plus tôt, en septembre 2019, un jeune homme a été arrêté en Seine-Saint-Denis en possession de 2 kilos de cocaïne et 60 000 euros en espèces. Il conduisait le Citroën Berlingo de l’adjoint à la maire de Canteleu. Celui-ci a été interpellé, avec Mélanie Boulanger, pour plusieurs infractions relevant de la législation sur les stupéfiants, en octobre 2021. Aux policiers, M. Colak a assuré avoir agi en toute bonne foi, sans savoir à quoi sa voiture allait servir. L’affaire a fait grand bruit et la France a découvert le visage grave de la maire de Canteleu lors d’une conférence de presse, après une garde à vue « éprouvante ». « Depuis sept ans et demi que je suis maire, annonce alors Mélanie Boulanger, je n’ai jamais baissé la garde contre les trafiquants. Non, je n’ai jamais été inquiète de l’issue de cet épisode, aussi difficile soit-il, car je sais que je suis irréprochable. »
Comme souvent dans ce genre d’affaires, le gris du béton des cités répond aux nuances des déclarations sur procès-verbal : la vérité est rarement univoque. Les déclarations de Mme Boulanger et de M. Colak devant la justice, une somme de courriers que Le Monde a pu consulter, racontent l’histoire d’une élue prise au piège, qui finit par baisser les bras sans avoir reçu des pouvoirs publics le soutien qu’elle en avait espéré, et de son adjoint, incapable de tenir à distance les caïds avec lesquels il a grandi. Entre les deux, les Meziani.
Dès son entrée au conseil municipal, en 2008, Mélanie Boulanger a entendu parler de cette remuante fratrie – deux sœurs, cinq frères – soupçonnée d’avoir mis Canteleu en coupe réglée, au point d’en faire une base arrière pour de juteuses opérations de trafic de stupéfiants : culture du cannabis dans le Rif marocain, « go fast » depuis l’Espagne, corruption… L’aîné, Samir, 44 ans, est installé au Maroc, introuvable malgré une notice rouge d’Interpol à son nom ; son frère Mustapha, mort dans un accident de la route, avait assassiné un rival à coups de sabre en 2001, en plein centre-ville. En leur absence, les autres frères gèrent le business familial depuis leur fief de la Cité verte ; Montacer surtout, le fondé de pouvoir du clan à Canteleu.
« II n’y a jamais eu de coups de filet efficaces, a confié Mélanie Boulanger au juge Rintaud, le jour de son interrogatoire, le 24 juin. Il y en a eu et, à chaque fois, j’ai félicité la police. Mais ça ne tombe jamais sur eux. » A Canteleu, les « Mez » jouent les médiateurs officieux, apaisent les jeunes et font le coup de poing si nécessaire, en pleine rue, devant témoins. « Lorsqu’un problème apparaît avec les jeunes, ils peuvent le régler, résume le chef de la police municipale, lui aussi entendu au cours de l’enquête. Ils agissent comme des mafieux : intimidation auprès des élus, et notamment de la maire de Canteleu. »
Valse des courriers
En 2014, cette militante assidue d’un Parti socialiste déclinant partout ailleurs mais encore puissant dans cette baronnie fabiusienne, est élue maire de Canteleu avec 54,7 % des suffrages. La sécurité est une priorité. Mélanie Boulanger ne tarde pas à cibler les points de deal, à aviser les autorités des difficultés récurrentes que rencontre la commune, où s’enkyste la délinquance. En septembre 2015, elle s’adresse à Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, pour demander des renforts de la police nationale, et dresse au passage l’affligeant tableau d’une ville prise dans la toile des incivilités et du deal. « Les trafics s’installent, écrit-elle. Les comportements routiers très déviants autant que la circulation de quads et de deux-roues motorisés sont réguliers. Par ailleurs, nous constatons depuis plusieurs mois une recrudescence de tensions au sein des quartiers repérés comme prioritaires dans le cadre de la politique de la ville : menaces envers les policiers municipaux, agression des policiers nationaux lors de leurs interventions, tentatives d’intimidation des personnels des bailleurs sociaux… »
Quelques jours auparavant, le 14 septembre, un homme de 30 ans a été mortellement poignardé devant la station de bus de l’avenue du Président-Allende, près de la Cité rose, haut lieu du trafic. Le 4 février 2016, elle écrit à nouveau à Place Beauvau : « Le trafic de drogue s’organise. Les points de rassemblements sont connus, vus et identifiés. Les habitants s’interrogent sur la volonté de les anéantir. »
Dans la langue de bois typique de l’administration, le cabinet du ministre répond effectifs et mutations, statistiques. Sans oublier les envolées de rigueur : « Soyez assurée, écrit le directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve, que la situation (…) dans son ensemble continuera à faire l’objet d’un suivi attentif afin de garantir une capacité opérationnelle des forces de police adaptée aux légitimes exigences de nos concitoyens en matière de sécurité. »
Mais, à Canteleu, les exigences des citoyens se fracassent sur une litanie d’agressions et d’incivilités persistantes. Après le cabinet médical vandalisé, une infirmière est agressée. En mai 2017, pendant le mois de ramadan, Mélanie Boulanger se plaint à nouveau : « Lors de cette période de fête religieuse, un certain nombre d’individus organisent la rupture du jeûne sur l’espace public (parcs, pieds d’immeuble, aires de jeux, city stade…), en organisant des barbecues, en installant des canapés ou du mobilier de jardin sur les trottoirs et écoutant de la musique à un volume très élevé. » Pas de réponse.
C’est encore en 2017 que l’élue sollicite une subvention d’un peu plus de 5 000 euros pour l’installation de caméras de vidéosurveillance. Refus de la préfecture de Seine-Maritime : Canteleu ne se situe pas en zone de sécurité prioritaire. Et la valse des courriers continue, au directeur départemental de la sécurité publique, aux députés locaux Sira Sylla et Damien Adam (Renaissance), à Olivier Dussopt, à l’époque président de l’Association des petites villes de France, à Gérard Collomb, qui a succédé à Bernard Cazeneuve, puis à Christophe Castaner, qui a pris la suite de Gérard Collomb. « Les trafiquants et les fauteurs de troubles ne cessent de gagner du terrain », s’alarme Mélanie Boulanger, en juillet 2017, dans un nouveau courrier au ministère, qui promet « d’en faire part au directeur général de la police nationale ». Mais rien ne bouge.
« Pas au courant du truc »
La commune de Canteleu peut-elle expérimenter la police de sécurité du quotidien, point-phare du programme sécuritaire d’Emmanuel Macron ? Refus. Bénéficier de renforts policiers ? Refus, encore. Qu’elles émanent du ministère ou de la préfecture, les réponses à ses courriers illustrent la logique inversée des pouvoirs publics en matière de lutte contre la délinquance : nul besoin d’effectifs supplémentaires, puisque la police se montre, à Canteleu, d’une grande efficacité. Ne vient-elle pas de démanteler un important trafic en interpellant plusieurs personnes, en saisissant près de 15 kilos de cannabis, d’héroïne, de cocaïne ?
La maire s’entête. Elle renouvelle sa demande de subvention, pour à peine plus de 3 000 euros cette fois, au titre du fonds interministériel de prévention de la délinquance. C’est encore non. Elle écrit au procureur de la République de Rouen ; en juin 2019, elle expédie au directeur départemental la liste des points de deal « recensés à ce jour par le service de la police municipale » : la rue Edouard-Petit, le parc Rosa-Bonheur, l’avenue Georges-Bizet, la rue Alexandre-Dumas…
A-t-elle fini par renoncer, lassée du silence des autorités ? Son attitude, à compter de la fin 2019, semble s’infléchir. Début janvier 2020, après l’interpellation d’un petit trafiquant près de l’église, elle échange avec M. Colak au téléphone et s’assure qu’il transmette bien qu’elle n’« était pas au courant du truc ».
Pour rappel la maire d’une commune de moins de 15 000 habitants touche 2600 bruts par mois pour gérer tout ça et prépare son pointage pôle emploi si elle rate son élection suivante.