– **Sonia Mabrouk**: Comment la France, qui était exemplaire en terme de production d’électricité bas carbone et fiable, en est arrivé là ? [ _Risques de pénurie_ ]
– **Bernard Accoyer**: RTE, l’autorité qui était responsable de la sécurité électrique du pays, a failli a sa mission, et a laissé fermer des moyens de production – essentiellement nucléaire – par idéologie, imposée par du militantisme écologiste.
– **Sonia Mabrouk**: Vous avez à ce propos publié [_Une affaire d’État – La tentative de sabordage du nucléaire français_](https://www.afis.org/Une-affaire-d-Etat) à ce sujet. Sabordage, sabotage, ou inconscience. Le scénario était-il écrit ?
– **Bernard Accoyer**: Hélas oui. Les ingénieurs et techniciens du secteur ont averti depuis des années, pour faire face à un aléa [ _Pics de consommation_ ]. Ils n’ont pas été entendus par RTE et par la CRE.
– **Sonia Mabrouk**: C’était sa mission pourtant!
– **Bernard Accoyer**: Oui, c’était la mission de RTE – pas d’EDF. EDF a fait son travail. Ces avertissements n’ont pas été entendus non plus pas le ministère de l’environnement. Ce ministère gère l’énergie depuis 2007, ce qui est une mauvaise décision prise là encore sous la pression de l’écologie politique
– **Sonia Mabrouk**: Fessenheim nous manque ? Est-ce la seule raison ?
– **Bernard Accoyer**: 1.8GW, ce n’est pas rien. Et ce pour une centrale non concernée par la _corrosion sous contrainte_ (qui n’est du reste pas du tout lié à du vieillissement). Cette centrale manque, ainsi que les centrales d’appoint au charbon, qui ne servaient que quelques centaines d’heures par an en cas de pic.
RTE a laissé faire fermer ces centrales, il n’y avait pas de raison valable.
– **Sonia Mabrouk**: Le président avait dit que la maintenance n’était plus réalisée depuis cinq ans…
– **Bernard Accoyer**: C’est faux. Il y a eu 700M d’investissement entre 2012 et 2019.
– **Sonia Mabrouk**: Le président a dont menti ? Ou était-il mal informé ?
– **Bernard Accoyer**: Il y a des personnalités antinucléaires dans les rouages du ministère, et peuvent conduire de hauts responsables à dire des _inexactitudes_ [ _Sourire en coin_ ] .
Mais l’important est de prendre des décisions désormais.
– **Sonia Mabrouk**: Relancer la filière ?
– **Bernard Accoyer**: Oui. Mais d’abord prendre des décisions de sortie de crise. Nous sommes toujours sous la menace de la fermeture de douze réacteurs. Il faut changer la loi [ _De réduction de 50% de la part du nucléaire_ ]
La raison de la crise dans laquelle nous sommes c’est que les besoins ont été estimés à partir de données de militants, qui ont déformé la réalité.
– **Sonia Mabrouk**: Le pouvoir de nuisance des anti-nucléaires est encore là ?
– **Bernard Accoyer**: Oui. Mais changeons la législation qui permet de fermer des réacteurs immédiatement. C’est l’urgence. C’est totalement fou. Les ingénieurs et scientifiques avaient pourtant prévenu.
– **Sonia Mabrouk**: Quid de la 4è génération [ _Neutrons rapides_ ].
– **Bernard Accoyer**: Nous sommes pour rappel encore sur la troisième génération, dont fait partie l’EPR. La quatrième génération, à neutrons rapides, devrait _fermer le cycle_ de l’uranium, et résoudre le problèmes des déchets nucléaires.
Nous avons des milliers d’années de réserves gratuites, sur notre propre sol, sous forme des précédents déchets.
Mais cette quatrième génération a été sabotée par l’écologie politique, en faisant fermer Superphénix en 1997 durant le mandat Jospin.
En 2019 nous avons recommencé en fermant ASTRID, voulu par Jacques Chirac pour garantir l’avenir.
– **Sonia Mabrouk**: Quid de la sécurité des centrales ? C’est un épouvantail ?
– **Bernard Accoyer**: Oui. Tous les organismes qui fonctionnent sur un modèle sectaire [ _Les mouvements écologistes politiques_ ] instrumentent la peur. Le nucléaire comporte des risques, mais aucune technologie n’est autant surveillée.
La sûreté est assurée. C’est la technologie dans le monde qui a fait le moins de victime, y compris pour le solaire (chutes de toits etc.). Tchernobyl a été un accident ponctuel dû à l’effondrement du communisme.
– **Sonia Mabrouk**: Quid de la fourniture de l’uranium ? Sommes-nous dépendent de la Russie, comme l’affirme Olivier Faure ?
– **Bernard Accoyer**: C’est une contre-vérité. Les mines sont réparties partout sur la planète, y compris au Canada, et nous avons des réserves. Pour la quatrième génération encore une fois, nous avons pour des milliers d’années de réserves sur notre sol. Tous les pays du monde reviennent sur le nucléaire, y compris le Japon!
– **Bernard Accoyer**: Nous défendons un patrimoine. Nous sommes une ONG qui fonctionne uniquement par cotisation de nos membres, contrairement à certaines ONG anti-nucléaires au financement opaque [ _Greenpeace_ ], et de pays étrangers, chose qu’il faudrait investiguer plus activement…
– **Sonia Mabrouk**: Pourquoi les garde-fous ne se sont pas élevés ?
– **Bernard Accoyer**: Le travail de sape des associations antinucléaires a réussi. Et les journalistes ne sont pas formés sur le plan scientifique et technique. Et la science n’a plus sa place chez les décisionnaires. Seule l’idéologie compte.
– **Sonia Mabrouk**: Quel gâchis ! Peut-on changer cela ?
– **Bernard Accoyer**: Oui. Nous devons changer les textes en vigueur, c’est une question de volonté politique. Et nous devons agir, pas uniquement sur les énergies renouvelables!
L’interview est intéressante et Accoyer souligne un truc intéressant : le fait que le discours scientifique régresse dans les médias et que ça a des conséquences néfastes sur la confiance des gens envers le nucléaire et la science en général.
Sauf que…
Autant j’ai une confiance totale envers les ingénieurs, techniciens et physiciens qui entretiennent et conçoivent nos centrales nucléaires, autant je n’ai absolument AUCUNE confiance envers les politiques chargés de prendre des décisions en cas de pépin.
Alors, oui, le nucléaire est l’une des filières les plus contrôlées et surveillées mais le risque 0 n’existe pas.
Et si un grave problème devait arriver (on ne sait jamais), je n’ai aucune confiance dans les versions futures de Mme N’Diaye ou Mme Buzyn ou M. Attal pour dire la vérité et conseiller les bonnes mesures à prendre.
On pourrait commencer par mettre les décideurs et planificateurs autour d’une table, et demander à chacun de dire la différence entre un Watt et un Wattheure. Ceux qui ne savent pas répondre sortent de la salle et démissionnent.
Si on faisait ça je pense qu’il y aurait de nouvelles présidentielles en 2023… (et probablement en 2024 aussi)
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# Résumé rapide:
– **Sonia Mabrouk**: Comment la France, qui était exemplaire en terme de production d’électricité bas carbone et fiable, en est arrivé là ? [ _Risques de pénurie_ ]
– **Bernard Accoyer**: RTE, l’autorité qui était responsable de la sécurité électrique du pays, a failli a sa mission, et a laissé fermer des moyens de production – essentiellement nucléaire – par idéologie, imposée par du militantisme écologiste.
– **Sonia Mabrouk**: Vous avez à ce propos publié [_Une affaire d’État – La tentative de sabordage du nucléaire français_](https://www.afis.org/Une-affaire-d-Etat) à ce sujet. Sabordage, sabotage, ou inconscience. Le scénario était-il écrit ?
– **Bernard Accoyer**: Hélas oui. Les ingénieurs et techniciens du secteur ont averti depuis des années, pour faire face à un aléa [ _Pics de consommation_ ]. Ils n’ont pas été entendus par RTE et par la CRE.
– **Sonia Mabrouk**: C’était sa mission pourtant!
– **Bernard Accoyer**: Oui, c’était la mission de RTE – pas d’EDF. EDF a fait son travail. Ces avertissements n’ont pas été entendus non plus pas le ministère de l’environnement. Ce ministère gère l’énergie depuis 2007, ce qui est une mauvaise décision prise là encore sous la pression de l’écologie politique
– **Sonia Mabrouk**: Fessenheim nous manque ? Est-ce la seule raison ?
– **Bernard Accoyer**: 1.8GW, ce n’est pas rien. Et ce pour une centrale non concernée par la _corrosion sous contrainte_ (qui n’est du reste pas du tout lié à du vieillissement). Cette centrale manque, ainsi que les centrales d’appoint au charbon, qui ne servaient que quelques centaines d’heures par an en cas de pic.
RTE a laissé faire fermer ces centrales, il n’y avait pas de raison valable.
– **Sonia Mabrouk**: Le président avait dit que la maintenance n’était plus réalisée depuis cinq ans…
– **Bernard Accoyer**: C’est faux. Il y a eu 700M d’investissement entre 2012 et 2019.
– **Sonia Mabrouk**: Le président a dont menti ? Ou était-il mal informé ?
– **Bernard Accoyer**: Il y a des personnalités antinucléaires dans les rouages du ministère, et peuvent conduire de hauts responsables à dire des _inexactitudes_ [ _Sourire en coin_ ] .
Mais l’important est de prendre des décisions désormais.
– **Sonia Mabrouk**: Relancer la filière ?
– **Bernard Accoyer**: Oui. Mais d’abord prendre des décisions de sortie de crise. Nous sommes toujours sous la menace de la fermeture de douze réacteurs. Il faut changer la loi [ _De réduction de 50% de la part du nucléaire_ ]
La raison de la crise dans laquelle nous sommes c’est que les besoins ont été estimés à partir de données de militants, qui ont déformé la réalité.
– **Sonia Mabrouk**: Le pouvoir de nuisance des anti-nucléaires est encore là ?
– **Bernard Accoyer**: Oui. Mais changeons la législation qui permet de fermer des réacteurs immédiatement. C’est l’urgence. C’est totalement fou. Les ingénieurs et scientifiques avaient pourtant prévenu.
– **Sonia Mabrouk**: Quid de la 4è génération [ _Neutrons rapides_ ].
– **Bernard Accoyer**: Nous sommes pour rappel encore sur la troisième génération, dont fait partie l’EPR. La quatrième génération, à neutrons rapides, devrait _fermer le cycle_ de l’uranium, et résoudre le problèmes des déchets nucléaires.
Nous avons des milliers d’années de réserves gratuites, sur notre propre sol, sous forme des précédents déchets.
Mais cette quatrième génération a été sabotée par l’écologie politique, en faisant fermer Superphénix en 1997 durant le mandat Jospin.
En 2019 nous avons recommencé en fermant ASTRID, voulu par Jacques Chirac pour garantir l’avenir.
– **Sonia Mabrouk**: Quid de la sécurité des centrales ? C’est un épouvantail ?
– **Bernard Accoyer**: Oui. Tous les organismes qui fonctionnent sur un modèle sectaire [ _Les mouvements écologistes politiques_ ] instrumentent la peur. Le nucléaire comporte des risques, mais aucune technologie n’est autant surveillée.
La sûreté est assurée. C’est la technologie dans le monde qui a fait le moins de victime, y compris pour le solaire (chutes de toits etc.). Tchernobyl a été un accident ponctuel dû à l’effondrement du communisme.
– **Sonia Mabrouk**: Quid de la fourniture de l’uranium ? Sommes-nous dépendent de la Russie, comme l’affirme Olivier Faure ?
– **Bernard Accoyer**: C’est une contre-vérité. Les mines sont réparties partout sur la planète, y compris au Canada, et nous avons des réserves. Pour la quatrième génération encore une fois, nous avons pour des milliers d’années de réserves sur notre sol. Tous les pays du monde reviennent sur le nucléaire, y compris le Japon!
– **Sonia Mabrouk**: Êtes-vous dans un lobby-nucléaire ? [ _Association [PNC France](https://www.pnc-france.org/presentation-de-lassociation/) dont fait partir BA_ ]
– **Bernard Accoyer**: Nous défendons un patrimoine. Nous sommes une ONG qui fonctionne uniquement par cotisation de nos membres, contrairement à certaines ONG anti-nucléaires au financement opaque [ _Greenpeace_ ], et de pays étrangers, chose qu’il faudrait investiguer plus activement…
– **Sonia Mabrouk**: Pourquoi les garde-fous ne se sont pas élevés ?
– **Bernard Accoyer**: Le travail de sape des associations antinucléaires a réussi. Et les journalistes ne sont pas formés sur le plan scientifique et technique. Et la science n’a plus sa place chez les décisionnaires. Seule l’idéologie compte.
– **Sonia Mabrouk**: Quel gâchis ! Peut-on changer cela ?
– **Bernard Accoyer**: Oui. Nous devons changer les textes en vigueur, c’est une question de volonté politique. Et nous devons agir, pas uniquement sur les énergies renouvelables!
L’interview est intéressante et Accoyer souligne un truc intéressant : le fait que le discours scientifique régresse dans les médias et que ça a des conséquences néfastes sur la confiance des gens envers le nucléaire et la science en général.
Sauf que…
Autant j’ai une confiance totale envers les ingénieurs, techniciens et physiciens qui entretiennent et conçoivent nos centrales nucléaires, autant je n’ai absolument AUCUNE confiance envers les politiques chargés de prendre des décisions en cas de pépin.
Alors, oui, le nucléaire est l’une des filières les plus contrôlées et surveillées mais le risque 0 n’existe pas.
Et si un grave problème devait arriver (on ne sait jamais), je n’ai aucune confiance dans les versions futures de Mme N’Diaye ou Mme Buzyn ou M. Attal pour dire la vérité et conseiller les bonnes mesures à prendre.
On pourrait commencer par mettre les décideurs et planificateurs autour d’une table, et demander à chacun de dire la différence entre un Watt et un Wattheure. Ceux qui ne savent pas répondre sortent de la salle et démissionnent.
Si on faisait ça je pense qu’il y aurait de nouvelles présidentielles en 2023… (et probablement en 2024 aussi)