Saisie de drogue, faux commandant d’Interpol… comment une ex-soutien de Zemmour a voulu piéger l’université d’été de Reconquête

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  1. >«64 grammes de substances illicites, dont 34 de cocaïne et 34 de MDMA [sic] furent saisis sur 19 personnes, qui ne furent pas placées en garde en vue et seront convoquées en temps et en heure».

    Mdr, le mec qui sait pas faire une addition. Ca a l’air marrant sinon, si tu as l’article sous la main :p

  2. >Au total, affirme-t-elle, «64 grammes de substances illicites, dont 34 de cocaïne et 34 de MDMA

    C’est pas le couteau le plus doré de la friteuse, ou un truc du genre

  3. —-

    Depuis dimanche 11 septembre, l’avocate Emmanuelle Gave, fille du millionnaire Charles Gave, ex-financier d’Eric Zemmour et figure des milieux d’extrême droite, répète sur les réseaux sociaux que 64 grammes de cocaïne et de MDMA ont été saisis par les autorités lors de l’université d’été de Reconquête, le parti d’Eric Zemmour, qui avait lieu ce week-end à Vinon-sur-Verdon, dans le Var.

    Sur Twitter, elle raconte qu’«une action conjointe entre la DPJ du Var et Interpol [aurait été] menée sur le site des universités de Reconquête samedi vers 16h30». Au total, affirme-t-elle, «64 grammes de substances illicites, dont 34 de cocaïne et 34 de MDMA [sic] furent saisis sur 19 personnes, qui ne furent pas placées en garde en vue et seront convoquées en temps et en heure».

    La fille de Charles Gave, lequel avait retiré son soutien financier à la campagne d’Eric Zemmour en novembre 2021 avec pertes et fracas, après un différend avec lui sur la question de la sortie de l’euro, assure qu’Interpol enquête depuis des mois sur deux proches de Sarah Knafo, conseillère et compagne d’Eric Zemmour, dans une énorme affaire de trafic de drogue. Emmanuelle Gave cible Garen Shnorhokian, qui fut candidat Reconquête aux législatives, et l’ex-LR Erik Tegnér, qui a fondé le média d’extrême droite Livre Noir. Selon les dires d’Emmanuelle Gave, Sarah Knafo, par ailleurs membre du bureau exécutif de Reconquête, aurait été entendue samedi soir en audition libre par la police. Lors de cette audition, qui se serait déroulée un peu après la «descente», l’énarque aurait reconnu que Garen Shnorhokian était bien mêlé à des trafics de drogue.
    Aucune saisie de stupéfiants selon le parquet de Draguignan

    Contactée par CheckNews, Laurence Barriquand, la procureure adjoint du parquet de Draguigan infirme ce récit et indique qu’«il n’y a eu aucune saisie de stupéfiants lors des universités d’été à Vinon-sur-Verdon». Elle assure également qu’il n’y a eu aucune opération de gendarmes pour ce motif, ni du côté du Var, ni de celui du département voisin de Alpes-de-Haute-Provence. En revanche, une brigade de gendarmes est bien passée vendredi sur les lieux de l’université d’été peu avant son ouverture, une «visite de routine», affirme Stanislas Rigault, membre également du bureau exécutif de Reconquête, et président de Génération Z, la branche jeune du parti d’extrême droite.

    Joint par Libération, Garen Shnorhokian, qui précise qu’il n’était même pas présent à l’université de Reconquête, dément totalement les accusations portées par Emmanuelle Gave et annonce porter plainte en diffamation. «Cela fait un an qu’elle me harcèle, et à travers moi Reconquête. D’habitude, je laisse pisser, parce que j’ai un vrai respect pour son père. Mais là, ses accusations sont beaucoup trop graves», dit-il. «Je ne me suis jamais drogué de ma vie, je suis antidrogue, tout le monde le sait autour de moi, je n’ai même jamais tiré sur un pétard.» Le «harcèlement» en question concerne des accusations formulées par Emmanuelle Gave au moment du retrait de l’aventure Reconquête par son père : à l’époque, elle affirmait que Garen Shnorhokian et Erik Tegnér l’auraient «arnaquée» (ce qu’ont toujours démenti les intéressés), lors d’une opération de nettoyage informatique de son compte Twitter, bourré de tweets racistes.

    Egalement citée, Sarah Knafo contredit elle aussi toute l’histoire racontée par Emmanuelle Gave : «Tout est faux.» Elle annonce qu’elle portera plainte contre l’avocate, tout comme le mouvement Reconquête et Eric Zemmour. Samedi 10 septembre, à l’heure où elle était censée être entendue par la police, Sarah Knafo entrait à l’université d’été avec Eric Zemmour, peu avant la prise de parole d’Eric Naulleau, racontent à Libération plusieurs personnes qui étaient sur place, ce que confirment des photos et vidéos postées à ce moment-là sur les réseaux sociaux par plusieurs sympathisants présents.
    Une «Zemouri» pour Zemmour ?

    Avant de faire état de ses accusations sur les réseaux sociaux, Emmanuelle Gave a tenté de «vendre» cette «affaire» à la presse, dans une manœuvre rappelant quelque peu l’affaire «Zemouri», du nom de ce journaliste du Point trompé par une source l’ayant abreuvé de fausses informations incriminant le couple que forment les députés insoumis Raquel Garrido et Alexis Corbière.

    Samedi, Emmanuelle Gave a ainsi contacté Libération, par message privé sur Twitter, en transférant une première version des faits : «les gendarmeries du Var et Interpol, par une action conjointe», avaient, selon elle «saisi 64 grammes aux universités d’été de Reconquête, dont 30 de MDMA». Scoop à venir. Elle ajoutait ce détail : «Interpol a fait bloquer le [réseau 3G] depuis trois heures», ce qui devait induire que la police voulait éviter que les consommateurs de drogue interpellés ne communiquent entre eux. Comment des tweets ont-ils alors pu être publiés dans ce laps de temps par certaines des 4 000 personnes présentes à l’université d’été, participants ou journalistes ? L’avocate assure qu’ils étaient l’œuvre d’un community manager alimentant les réseaux sociaux depuis Paris. A Libération, elle en rajoute une couche dans les détails censés accréditer ses affirmations : «[Sarah] Knafo refuse l’audition libre. Dans 45 minutes, c’est la garde à vue.» Rapidement, l’histoire de drogue se transforme en un complot mêlant Vincent Bolloré, ses ports africains, des personnages hauts placés de l’Elysée, car «Reconquête aurait été piloté depuis le début par des anciens de DSK pour et par les officines de Macron».

    Le lendemain matin, Emmanuelle Gave, dans une nouvelle tentative de crédibilisation de son récit, nous met en relation avec un certain David Atlan, présenté comme le «commandant Interpol en charge de l’opération», dont elle nous donne le numéro de téléphone et l’adresse email (laquelle se termine en @oicp-icpo.com, comme les versions française et anglaise de l’acronyme de l’Organisation internationale de police criminelle). Emmanuelle Gave affirme être en sa présence au moment de notre appel. L’homme se montre dans un premier temps assez flou, mais affirme être «commandant interservices» chez Interpol «depuis plus de 30 ans». Son «terrain de jeu habituel», ce serait «le Proche-Orient, le Moyen-Orient». Il confirme quand même l’intervention, à laquelle seraient mêlés «la gendarmerie, mais aussi les services de police. Et Interpol, là-dessus, n’intervient qu’en coordination». Aucun des 19 détenteurs de stupéfiants n’auraient été placés en garde à vue, raconte-t-il.
    «Réseaux pédocriminels» et «dossier Epstein»

    Comme CheckNews l’a rapidement constaté, celui qui nous est présenté comme le «commandant David Atlan» est aisé à retrouver sur Twitter, où il intervient sous le nom de Stéphane Atlan. Très actif sur le réseau social, l’homme y apparaît comme un soutien d’Emmanuelle Gave et un détracteur d’Eric Zemmour, dont il annonce régulièrement la fin proche. Se targuant d’analyse géopolitique, il se vante également dans plusieurs messages d’avoir été sollicité par François Hollande en 2016 pour négocier avec Poutine. Interrogé sur ce point, François Hollande nous a rétorqué : «C’est ridicule. C’est un vrai mythomane». A la question posée par CheckNews : «Vous vous appelez Stéphane ou David ?», l’intéressé nous a répondu : «Je m’appelle Stéphane sur Twitter, c’est ma surface de décompression exutoire et c’est là où je m’amuse beaucoup.»

    Le lendemain, au téléphone, nouvel échange avec «David/Stéphane Atlan», plus volubile, et qui dessine une affaire aussi tentaculaire que rocambolesque, ayant des ramifications jusqu’à l’Elysée : «On travaille d’une manière discrète. On est toute ma cellule. Plus d’une quarantaine de personnes, plus des analystes, le secrétaire général. On est une petite cinquantaine de personnes en tout. Le reste, je ne peux pas vous dire encore. Vous n’aurez absolument aucune confirmation ou précision par mes services parce que pour l’instant on a fermé les écoutilles. Bien évidemment. Personne ne confirmera rien, personne ne connaît personne. […] C’est tellement sensible que ceux qui sont au courant pèsent l’information ou ne la connaissent que très peu. Et c’est tellement gros que pour travailler correctement, il faut qu’on évite que ça se répande trop.»

    Car à l’entendre, l’affaire concernerait aussi «Renaissance, anciennement En marche». «Moi, ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe à l’Elysée» poursuit le supposé commandant, décrivant une connivence politique entre Reconquête et Renaissance, le tout sur fond de trafic de drogue : «On a le même circuit de consommation, on a les mêmes circuits de transmission. On a les mêmes individus. Des gens qui travaillent entre eux, qui se cament entre eux. Reconquête est un parti qui a été monté de toutes pièces en sous-main avec des connaissances connexes d’En marche et de Renaissance, de manière à créer une fausse opposition à Macron et aux autres partis.» La suite de notre échange dérive vers les réseaux pédocriminels et le «dossier Epstein» où «tout le monde a freiné des quatre fers, mais je ne peux pas vous en dire plus».

    Renvoyés aux nombreux démentis et aux incohérences de leur discours, aussi bien Emmanuelle Gave que David/Stéphane Atlan maintiennent la «véracité de leurs information». Contacté par Libération, le secrétariat général d’Interpol dément toute l’histoire et rappelle qu’«Interpol ne lance jamais d’opération sur le terrain. C’est toujours la police nationale». Il ajoute que le titre de «commandant interservices» n’existe pas à Interpol, ni les adresses mail en «@oicp-icpo.com». Aucun officier d’Interpol ne porte le nom de David ou Stéphane Atlan. «Cette personne ment, tout est faux.»

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