A chaque procès d’attentat meurtrier, ou presque, surgissent des récits de héros du quotidien qui réconfortent, quelques îlots d’humanité dans l’océan de douleur des débats.
Le 14 juillet 2016, face au terroriste Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’homme au camion qui a tué 86 personnes au volant de son 19 tonnes à Nice, deux passants ont tenté de s’interposer pour mettre fin au massacre. Alexandre Niguès, « l’homme au vélo », et Franck Terrier, « l’homme au scooter », sont venus raconter devant la cour d’assises spéciale de Paris, mardi 13 septembre, comment ils ont essayé d’arrêter le monstre d’acier qui a transformé la promenade des Anglais en rivière de sang.
Alexandre Niguès, 38 ans, était grutier à Nice au moment des faits. Il ne voulait pas venir témoigner, puis s’est finalement laissé convaincre par son avocate et il entame son récit d’une voix tremblante, presque réticente. Après avoir regardé le feu d’artifice, en ce soir de fête nationale, il venait d’enfourcher son vélo pour rentrer chez lui quand il a croisé ce qu’il appelle « le camion fou ». « J’ai vu qu’il essayait d’écraser un maximum de personnes. J’ai posé mon vélo et j’ai couru après. Je suis finalement arrivé au niveau de la porte du conducteur et j’ai tenté de l’ouvrir… »
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A cet instant, le terroriste sort son arme, un pistolet semi-automatique. La fenêtre côté conducteur est fermée, détail qui aura son importance pour comprendre le témoignage suivant. Alexandre Niguès aperçoit le geste du tueur à travers la vitre, dans le rétroviseur. « Quand il m’a visé, j’ai lâché la poignée du camion. Je ne voulais pas me prendre une balle dans la tête, explique-t-il, presque gêné. Je suis reparti dans l’autre sens, et j’ai failli me faire renverser par Franck [l’homme au scooter]. Sur le chemin, j’ai vu une quarantaine de personnes complètement écrasées… »
« Je voudrais m’excuser… »
Même les héros ont des remords. Alexandre Niguès tient à en partager un avec la cour : « Ma première réaction a été de sortir mon portable pour filmer au lieu d’aider les victimes. Je voudrais m’en excuser auprès de tout le monde… »
Encore ébranlé par cette nuit de cauchemar, il porte toujours les stigmates de l’horreur dont il a été témoin. Son mariage, tout d’abord, n’a « pas résisté » : « J’étais devenu imbuvable après cette histoire. » Et il a quitté Nice : « C’est dur de vivre dans une ville où on a vu tant d’horreurs. J’ai trouvé un autre lieu pour vivre… »
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A chaque procès d’attentat meurtrier, ou presque, surgissent des récits de héros du quotidien qui réconfortent, quelques îlots d’humanité dans l’océan de douleur des débats.
Le 14 juillet 2016, face au terroriste Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’homme au camion qui a tué 86 personnes au volant de son 19 tonnes à Nice, deux passants ont tenté de s’interposer pour mettre fin au massacre. Alexandre Niguès, « l’homme au vélo », et Franck Terrier, « l’homme au scooter », sont venus raconter devant la cour d’assises spéciale de Paris, mardi 13 septembre, comment ils ont essayé d’arrêter le monstre d’acier qui a transformé la promenade des Anglais en rivière de sang.
Alexandre Niguès, 38 ans, était grutier à Nice au moment des faits. Il ne voulait pas venir témoigner, puis s’est finalement laissé convaincre par son avocate et il entame son récit d’une voix tremblante, presque réticente. Après avoir regardé le feu d’artifice, en ce soir de fête nationale, il venait d’enfourcher son vélo pour rentrer chez lui quand il a croisé ce qu’il appelle « le camion fou ». « J’ai vu qu’il essayait d’écraser un maximum de personnes. J’ai posé mon vélo et j’ai couru après. Je suis finalement arrivé au niveau de la porte du conducteur et j’ai tenté de l’ouvrir… »
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A cet instant, le terroriste sort son arme, un pistolet semi-automatique. La fenêtre côté conducteur est fermée, détail qui aura son importance pour comprendre le témoignage suivant. Alexandre Niguès aperçoit le geste du tueur à travers la vitre, dans le rétroviseur. « Quand il m’a visé, j’ai lâché la poignée du camion. Je ne voulais pas me prendre une balle dans la tête, explique-t-il, presque gêné. Je suis reparti dans l’autre sens, et j’ai failli me faire renverser par Franck [l’homme au scooter]. Sur le chemin, j’ai vu une quarantaine de personnes complètement écrasées… »
« Je voudrais m’excuser… »
Même les héros ont des remords. Alexandre Niguès tient à en partager un avec la cour : « Ma première réaction a été de sortir mon portable pour filmer au lieu d’aider les victimes. Je voudrais m’en excuser auprès de tout le monde… »
Encore ébranlé par cette nuit de cauchemar, il porte toujours les stigmates de l’horreur dont il a été témoin. Son mariage, tout d’abord, n’a « pas résisté » : « J’étais devenu imbuvable après cette histoire. » Et il a quitté Nice : « C’est dur de vivre dans une ville où on a vu tant d’horreurs. J’ai trouvé un autre lieu pour vivre… »