Ukraine: les Russes reculent, la «poutinosphère» française patine

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  1. >**Ukraine: les Russes reculent, la «poutinosphère» française patine**

    >Entre déni et complotisme, les influenceurs pro-Kremlin en France peinent à évoquer les revers de l’armée russe face à la contre-offensive ukrainienne de ces derniers jours.

    >On allait voir ce qu’on allait voir. Kyiv devait tomber en trois jours. Puis l’armée des «ukronazis» allait s’effondrer face à l’élan russe. Puis Vladimir Poutine, grand joueur d’échecs, avait changé de stratégie et allait renverser la table. Et puis, et puis… Et puis la contre-offensive ukrainienne est arrivée et a rebattu les cartes sur le terrain, au point qu’«on ne peut plus exclure une reprise totale du territoire», selon l’ancien colonel de l’armée de Terre et historien Michel Goya dans Libé. De quoi provoquer un grand bug dans le logiciel des influenceurs pro-Poutine français – cette sphère éclectique, d’influenceurs qui reprennent et diffusent les mots du Kremlin, parfois jusqu’à la caricature.

    >«La victoire sera nôtre de toute façon», lançait sur Twitter samedi le Français Xavier Moreau (37 000 abonnés), proche d’Alain Soral et administrateur d’un blog «d’analyses géopolitiques et économiques sur toutes les zones, pays et continents» très décrié pour sa désinformation. Un homme qui compte aussi près de 180 000 abonnés à sa chaîne YouTube. Quelques heures plus tôt pourtant, toujours sur Twitter, Moreau affichait une sidération teintée de pessimisme : «Fulgurante offensive de Kiev dans la région de Kharkiv. Retrait Russe. Echec militaire russe retentissant.» Un tweet rapidement effacé… pour laisser place à un discours revigoré.

    >**Poussés dans leurs retranchements**

    >Ces tergiversations illustrent parfaitement la stupeur, voire la panique qui a frappé les pro russes français à l’annonce des premiers succès de la contre-offensive ukrainienne dans l’est du pays. Une attaque éclair qui a littéralement enfoncé les forces russes, rejetées des dizaines de kilomètres en arrière de la ligne de front. Les influenceurs pro Poutine ont eux aussi été poussés dans leurs retranchements. Il y a ceux qui ont sorti les sacs de sable et décidé de tenir la ligne coûte que coûte, et les autres, qui ont décidé d’opérer une retraite discrète.

    >A l’image de l’économiste Jacques Sapir, dont le nom d’utilisateur sur Twitter, où il compte plus de 42 000 abonnés, est «russeurope». C’est lui qui, il y a cinq mois, annonçait en grande pompe sur la webtélé insoumise le Média que «l’armée ukrainienne allait s’effondrer» incessamment. Après un long silence, il ne se hasarde plus, désormais, à des analyses militaro-stratégiques. Il insiste ces derniers jours surtout sur le dynamisme de l’économie russe, pourtant lourdement handicapée par les sanctions internationales… Et se contente désormais de relayer ceux qui expliquent que «la phase 2 dans le Donbass à base d’artillerie et d’assauts urbains est terminée. Le changement de format stratégique des opérations russes est quasi acté». Tout va très bien, madame la tsarine.

    >**Dédouaner les Russes**

    >Il y a aussi, donc, le dernier carré qui occulte la portée des avancées ukrainiennes. Souvent anonymes, comme cet utilisateur twitter qui, lundi, entre deux saillies complotistes, répétait que la Russie «deuxième puissance militaire mondiale» a forcément tout calculé : «Ils peuvent rayer de la carte l’Ukraine en une matinée s’ils veulent. Mais jusqu’à maintenant ils essayent d’épargner au max les civils.» Un discours repris par quelques notabilités numériques, comme l’avocat Régis de Castelnau (32 000 abonnés sur Twitter) qui, après avoir assuré fin août qu’il n’y aurait jamais de contre-offensive, dénonce désormais ceux qui «confond[ent] contre-attaque et contre-offensive», reprenant une information non vérifiée assurant que celle-ci est «menée par des étrangers dirigés par l’Otan».

    >Ce narratif complotiste qui voudrait que des «mercenaires d’Academi» (la grande société militaire privée américaine, ex-Blackwater) seraient à la pointe de l’offensive ukrainienne sur Kharkiv. L’une des premières sources francophone a l’avoir évoqué n’est autre que Christelle Néant, fondatrice du site pro séparatistes Donbass Insider (près de 200 000 visites, notamment d’internautes français, en août). Une façon de dédouaner l’armée russe pour ce revers, d’en enlever le crédit à l’armée de Volodymyr Zelensky, et de véhiculer le scénario d’une guerre mondiale menée par l’Otan.

    >**«Poutine a un plan»**

    >Le dernier carré des pro-Poutine compte également dans ses rangs les fanatiques de la mouvance QAnon française. Ces pro Trump convaincus que l’Etat américain est infiltré, tenu même, par une cinquième colonne «pédo-sataniste» sont historiquement des grands fans de Poutine. Un homme, un vrai, qui protège son pays des «délires» progressistes et LGBT+. Habitués aux contorsions, ils font assaut de souplesse pour tenir leur ligne d’une Russie invincible. Sur le site phare de la mouvance, Qactus.fr (autour de 500 000 visites par mois en moyenne), presque aucun des derniers billets sur la guerre en Ukraine n’évoque les récents déboires russes. La situation occupe pourtant les esprits, à en croire les nombreux échanges dédiés dans leurs fils de discussion sur l’application Telegram. Là aussi, toutefois, l’optimisme règne : «Poutine n’aurait pas participé aux différents événements organisés à Moscou pour la Journée de la ville [ce week-end, ndlr] si la situation sur les fronts du NWO [«New World Order», les organisateurs du supposé complot mondial, ndlr] était critique», résume un utilisateur. Qui conclut : «L’initiative dans le cadre du NWO est passée à l’Ukraine. Poutine démontre qu’il a un plan.»

    >Bonus : chez les QAnons, en fait, on se réjouirait presque. La poursuite de la guerre et la crise énergétique mondiale qui en résulte seraient en passe de faire échouer le «great reset», ce fantasme d’un plan d’asservissement des peuples via un effondrement économique fomenté par le Forum économique mondial de Klaus Schwab.

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