« Les chiffres d’emplois non pourvus sont une invention totale »

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  1. **« Les chiffres d’emplois non pourvus sont une invention totale »**

    **Le député Nupes et sociologue du travail Hadrien Clouet analyse dans un livre le discours politique et patronal sur les emplois non pourvus et dénonce une « manipulation politique » visant à faire passer des réformes et ne pas augmenter les salaires.**

    **Le« Le drame, c’est que nous ayons des emplois qui ne soient pas pourvus […] ça bride le développement des entreprises, ça ralentit la croissance et c’est donc mauvais pour le pays. » Sur France Info le 7 septembre, le ministre du travail, Olivier Dussopt, a justifié, en ces termes, la future réforme de l’assurance-chômage visant à moduler les allocations, en fonction de la conjoncture économique.**

    Une assurance-chômage qu’Emmanuel Macron souhaite « plus stricte quand trop d’emplois sont non pourvus, plus généreuse quand le chômage est élevé ».

    Pour l’exécutif, l’heure est grave et il y a urgence. Les difficultés de recrutement, déplorées par les patrons, sont présentées comme le principal frein au plein emploi. Déjà, en septembre 2021, l’ex-premier ministre Jean Castex érigeait les tensions de recrutement en « préoccupation majeure », et avançait le chiffre de « 300 000 emplois à pourvoir ».

    « Un discours éminemment idéologique pour justifier un programme politique libéral », répond Hadrien Clouet, sociologue du travail et nouvellement député La France insoumise-Nupes de Haute-Garonne. Dans son livre Emplois non pourvus : une offensive contre le salariat, à paraître le 15 septembre aux Éditions du Croquant, il entend proposer une réponse « point par point » à des thèses décrites comme « farfelues ». Entretien.

  2. Cela me rappelle la situation de la communauté de communes avec laquelle je travaille. (Mais ça marche aussi avec beaucoup d’emplois dans le privé…)

    Ils ont un gros déficit d’emplois de catégorie B — techniciens, à la fois dans des boulots plutôt techniques “purs” (maîtrise d’oeuvre de travaux, assistance aux usagers, etc) et de l’encadrement. Chaque année le refrain c’est le même : les gens du coin ne veulent pas bosser, on arrive pas à recruter, les recrues sont nulles, personne veut se bouger, etc.

    Sauf que si on regarde plus en détail, ça fait trois ans qu’ils ont des problèmes de personnel et ça fait trois ans que leurs offres d’emploi apparaissent régulièrement sur les sites de la région. Puis disparaissent. Parce qu’elles sont pourvues ces offres, et avec pas mal de candidats en plus. Mais personne ne reste. Parce que l’environnement de travail est dégueulasse, parce que les fiches de postes sont complètement ignorées (on sait parfaitement que ces “techniciens” font en fait une charge de travail de cadre), parce que les qualifications des gens ne sont pas respectées. Leur problème n’a jamais été que personne ne veut bosser, la preuve, leurs candidatures sont blindées en un mois à peine pour une comcom bien isolée. Leur problème c’est que leurs conditions de travail sont éclatées, ils ne veulent titulariser personne, et le “oui mais personne ne veut bosser maintenant” sert à ne pas appuyer là où ça fait mal — et le pire c’est que l’élément de langage est repris jusqu’à la tête de l’institution.

    Et le fait que le discours du “personne ne veut bosser, les offres ne sont pas pourvues” soit si répandu jusqu’au sommet de l’état permet de faire en sorte que ça passe crème.

  3. Le pire, c’est que *même* si on acceptait la validité du concept d’emplois non pourvus, *même* si on tenait pour fiables les chiffres délirants avancés par les politiciens de droite sur ce sujet, on serait *quand même* dans une situation où il y a bien plus de chômeurs que d’emplois à pourvoir. Le paradigme consistant à ce qu’il faut travailler pour mériter de survivre est obsolète, et tous ceux qui veulent l’entretenir ou le renforcer (comme notre gouvernement et son projet de ~~réforme~~ destruction de l’assurance chômage) sont des criminels.

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