Espace
Tourisme spatial : des séjours en pollution complète
Portés par SpaceX, Blue Origin ou Virgin Galactic, les vols commerciaux pour l’espace se multiplient. Une aberration sociale et écologique, à l’heure où l’humanité doit diminuer ses émissions de gaz à effet de serre.
(Alice Clair/Margaux Lacroux)
par Margaux Lacroux
publié le 7 décembre 2021 à 20h57
Comme si les 660 millions de tonnes de CO2 émises par l’aviation civile tous les ans dans le monde ne suffisaient pas. Ce mercredi, le milliardaire japonais Yusaku Maezawa attache sa ceinture dans le vaisseau Soyouz, direction le Club Med que devient la Station spatiale internationale (ISS). Jeudi, la société spatiale de Jeff Bezos, Blue Origin, effectuera son troisième vol en apesanteur avec six personnes à bord. Seulement, de tels voyages alourdissent un peu plus la facture pour la planète. Un vol dans l’espace libère des dizaines, voire des milliers de tonnes de CO2.
Analyse
Rapport sur les inégalités mondiales : les super riches toujours plus riches
L’humanité doit actuellement relever un défi qui va dans le sens opposé : réduire la production de gaz à effet de serre pour limiter les dégâts du changement climatique. Or, à eux seuls, les 10% des individus les plus riches sont responsables de la moitié des émissions. Pour respecter l’accord de Paris et limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré, chaque être humain ne doit pas émettre plus de 2 tonnes de CO2 par an.
Se dorer la pilule
A quel point ceux qui jouent aux apprentis astronautes crament-ils leur budget carbone et celui des autres ? Tout dépend du type de vol, expliquent trois chercheurs dans The Conversation. Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), a fait le calcul à partir des documents publiés par les entreprises du tourisme spatial. Il explique à Libération n’avoir pris en compte que le CO2 émis lors du vol et pour aller chercher les passagers de retour sur Terre. «Il faudrait y ajouter toutes les ressources matérielles (pour construire les fusées, les perdre, les reconstruire), tous les hectares de surface artificialisés par les spatioports», ajoute-t-il.
Il y a d’abord le vol suborbital que proposent les deux concurrents américains Blue Origin (de Jeff Bezos) et Virgin Galactic (de Richard Branson). Objectif : monter à près de 100 km d’altitude pour flotter pendant cinq minutes, avoir une jolie vue sur les étoiles et la courbure de la Terre, puis redescendre. Un passager de SpaceShipTwo, le vaisseau de Virgin Galactic, consomme le budget carbone annuel de plus de deux personnes. Un vol, qui embarque six personnes à chaque fois, émet environ 27 tonnes de CO2.
Envie d’aller encore plus loin dans l’espace et de polluer encore plus ? Allons nous dorer la pilule à 400 km d’altitude, à bord de l’ISS, en orbite autour de la Terre. En septembre, pour la première mission de tourisme spatial de SpaceX (propriété d’Elon Musk), quatre personnes se sont glissées dans la capsule Crew Dragon lancée par la fusée Falcon 9. Quand l’équipage est redescendu, il a atterri dans l’eau. Des navires spécialisés et un hélicoptère ont été envoyés pour récupérer tout le monde. Total des opérations : 1 150 tonnes de CO2. Autant que ce que 145 personnes devraient émettre en un an.
Le pire reste à venir. En 2023, le projet «DearMoon» inaugurera les vols autour de la Lune, à 380 000 km de la Terre. Là aussi, Yusaku Maezawa sera de la partie. Six à huit artistes l’accompagneront. Tout le monde prendra place dans le vaisseau Starship envoyé par la fusée Super Heavy de SpaceX. Pour un voyage d’une semaine, 3 750 tonnes de CO2 seront émises. Chaque passager piétinera ainsi le budget carbone annuel de près de 400 personnes.
«Pas tolérable»
Pour le moment peu nombreux mais extrêmement polluants, ces trois types de vols vont se multiplier. Des centaines de billets ont déjà été vendus par Virgin Galactic pour des voyages dès fin 2022. En l’absence de réglementation sur les émissions des fusées, les acteurs du tourisme spatial ont le champ libre. Et ce alors que l’espace est déjà une poubelle remplie de débris de satellites et de fusées. Les ballons stratosphériques sans moteur ni carburant pourraient être une option moins néfaste, mais toujours réservée aux riches.
A l’instar du fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, a-t-on vraiment besoin de s’envoyer en l’air pour réaliser «la beauté et la fragilité» de la Terre ? «Il faut arrêter de nous vendre du rêve avec des plaisirs de super riches qui deviennent la vitrine de ce qui est désirable. Ramené à l’individu, c’est beaucoup trop de CO2 par rapport à l’objectif vers lequel il faut tendre, s’indigne l’astrophysicien Roland Lehoucq. Dans un monde aux ressources contraintes et à la pollution croissante, ce n’est pas tolérable, ni écologiquement ni socialement.»
L’impact en terme d’émission est complètement négligeable à l’échelle de la planète, et cela finance des sociétés orientés vers l’exploration spatial ( je trouve cela un peu mieux que de financer des fabricants de yachts perso ).
Par contre quand le prix du voyage dans l’espace va fortement baisser ( et cela va forcément arriver ) , et que chaque riche pdg / joueur de foot / influenceur /star de ciné / Tv / youtubeur va commencer à aller dans l’espace pour le fun et la hype , et nous filmer cela sur les réseaux sociaux …
L’impact en terme d’image sera catastrophique quand on expliquera en même temps aux gens sur terre qu’il ne faudra plus prendre l’avion ( ce n’est qu’un exemple l’avion ).
2 comments
Espace
Tourisme spatial : des séjours en pollution complète
Portés par SpaceX, Blue Origin ou Virgin Galactic, les vols commerciaux pour l’espace se multiplient. Une aberration sociale et écologique, à l’heure où l’humanité doit diminuer ses émissions de gaz à effet de serre.
(Alice Clair/Margaux Lacroux)
par Margaux Lacroux
publié le 7 décembre 2021 à 20h57
Comme si les 660 millions de tonnes de CO2 émises par l’aviation civile tous les ans dans le monde ne suffisaient pas. Ce mercredi, le milliardaire japonais Yusaku Maezawa attache sa ceinture dans le vaisseau Soyouz, direction le Club Med que devient la Station spatiale internationale (ISS). Jeudi, la société spatiale de Jeff Bezos, Blue Origin, effectuera son troisième vol en apesanteur avec six personnes à bord. Seulement, de tels voyages alourdissent un peu plus la facture pour la planète. Un vol dans l’espace libère des dizaines, voire des milliers de tonnes de CO2.
Analyse
Rapport sur les inégalités mondiales : les super riches toujours plus riches
L’humanité doit actuellement relever un défi qui va dans le sens opposé : réduire la production de gaz à effet de serre pour limiter les dégâts du changement climatique. Or, à eux seuls, les 10% des individus les plus riches sont responsables de la moitié des émissions. Pour respecter l’accord de Paris et limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré, chaque être humain ne doit pas émettre plus de 2 tonnes de CO2 par an.
Se dorer la pilule
A quel point ceux qui jouent aux apprentis astronautes crament-ils leur budget carbone et celui des autres ? Tout dépend du type de vol, expliquent trois chercheurs dans The Conversation. Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), a fait le calcul à partir des documents publiés par les entreprises du tourisme spatial. Il explique à Libération n’avoir pris en compte que le CO2 émis lors du vol et pour aller chercher les passagers de retour sur Terre. «Il faudrait y ajouter toutes les ressources matérielles (pour construire les fusées, les perdre, les reconstruire), tous les hectares de surface artificialisés par les spatioports», ajoute-t-il.
Il y a d’abord le vol suborbital que proposent les deux concurrents américains Blue Origin (de Jeff Bezos) et Virgin Galactic (de Richard Branson). Objectif : monter à près de 100 km d’altitude pour flotter pendant cinq minutes, avoir une jolie vue sur les étoiles et la courbure de la Terre, puis redescendre. Un passager de SpaceShipTwo, le vaisseau de Virgin Galactic, consomme le budget carbone annuel de plus de deux personnes. Un vol, qui embarque six personnes à chaque fois, émet environ 27 tonnes de CO2.
Envie d’aller encore plus loin dans l’espace et de polluer encore plus ? Allons nous dorer la pilule à 400 km d’altitude, à bord de l’ISS, en orbite autour de la Terre. En septembre, pour la première mission de tourisme spatial de SpaceX (propriété d’Elon Musk), quatre personnes se sont glissées dans la capsule Crew Dragon lancée par la fusée Falcon 9. Quand l’équipage est redescendu, il a atterri dans l’eau. Des navires spécialisés et un hélicoptère ont été envoyés pour récupérer tout le monde. Total des opérations : 1 150 tonnes de CO2. Autant que ce que 145 personnes devraient émettre en un an.
Le pire reste à venir. En 2023, le projet «DearMoon» inaugurera les vols autour de la Lune, à 380 000 km de la Terre. Là aussi, Yusaku Maezawa sera de la partie. Six à huit artistes l’accompagneront. Tout le monde prendra place dans le vaisseau Starship envoyé par la fusée Super Heavy de SpaceX. Pour un voyage d’une semaine, 3 750 tonnes de CO2 seront émises. Chaque passager piétinera ainsi le budget carbone annuel de près de 400 personnes.
«Pas tolérable»
Pour le moment peu nombreux mais extrêmement polluants, ces trois types de vols vont se multiplier. Des centaines de billets ont déjà été vendus par Virgin Galactic pour des voyages dès fin 2022. En l’absence de réglementation sur les émissions des fusées, les acteurs du tourisme spatial ont le champ libre. Et ce alors que l’espace est déjà une poubelle remplie de débris de satellites et de fusées. Les ballons stratosphériques sans moteur ni carburant pourraient être une option moins néfaste, mais toujours réservée aux riches.
A l’instar du fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, a-t-on vraiment besoin de s’envoyer en l’air pour réaliser «la beauté et la fragilité» de la Terre ? «Il faut arrêter de nous vendre du rêve avec des plaisirs de super riches qui deviennent la vitrine de ce qui est désirable. Ramené à l’individu, c’est beaucoup trop de CO2 par rapport à l’objectif vers lequel il faut tendre, s’indigne l’astrophysicien Roland Lehoucq. Dans un monde aux ressources contraintes et à la pollution croissante, ce n’est pas tolérable, ni écologiquement ni socialement.»
L’impact en terme d’émission est complètement négligeable à l’échelle de la planète, et cela finance des sociétés orientés vers l’exploration spatial ( je trouve cela un peu mieux que de financer des fabricants de yachts perso ).
Par contre quand le prix du voyage dans l’espace va fortement baisser ( et cela va forcément arriver ) , et que chaque riche pdg / joueur de foot / influenceur /star de ciné / Tv / youtubeur va commencer à aller dans l’espace pour le fun et la hype , et nous filmer cela sur les réseaux sociaux …
L’impact en terme d’image sera catastrophique quand on expliquera en même temps aux gens sur terre qu’il ne faudra plus prendre l’avion ( ce n’est qu’un exemple l’avion ).