**Premier ministre du Kurdistan irakien, Masrour Barzani attribue, dans une tribune au « Monde », la responsabilité de la tragédie des 27 personnes noyées dans la Manche à la complicité de dirigeants politiques avec des réseaux de trafiquants et incrimine « des groupes comme le PKK ».**
**Tribune.** A travers les âges, les Kurdes ont été un peuple de migrants. De chaque point de nos terres, nos filles et nos fils ont fui la guerre et la persécution, la peste – et même le génocide. Les Kurdes n’ont jamais été hésitants ni aveugles devant les épreuves.
Au cours du mois dernier, la fuite de migrants kurdes vers l’Europe et les situations désespérées auxquelles ils ont été confrontés dans les forêts gelées de Biélorussie et sur les rives de la Manche ont été horribles. Ces derniers jours, la tragédie de la Manche nous a bouleversés. La mort de 27 personnes – en majorité originaires de la région du Kurdistan d’Irak – noyées dans des eaux glaciales n’aurait jamais dû se produire.
Nous avons beaucoup d’informations sur le parcours de nombreuses victimes, et nous sommes en train d’en apprendre davantage. Mais ce que je peux dire à ce stade, c’est que ceux qui sont morts ont été trompés et trahis. Ils ont été des pions dans un jeu de pouvoir politique, dont les architectes ne prêtent aucune attention à leurs souffrances et aucune valeur à leur vie.
Nous attendons des réponses de nos amis Britanniques pour savoir si le navire qui a coulé se trouvait dans leurs eaux territoriales lorsque les premiers appels de détresse ont été lancés. Nous espérons également une coopération complète de nos partenaires en France. Cela ne doit plus jamais se reproduire.
Les réseaux de passeurs à l’origine de cette atrocité visent à inonder la zone euro de migrants afin de faire pression sur les dirigeants politiques dans un conflit entre la Biélorussie et Bruxelles. Ils ont saisi l’occasion d’utiliser notre peuple et de prendre certains de ses membres en otages, dans une pantomime cynique à peine déguisée, restant indifférents à l’humanité de ceux qu’ils ont induits en erreur.
**Les origines de cette crise sont politiques et criminelles**
Nous avons pris des mesures fermes pour empêcher les nôtres de s’embarquer dans des voyages facilités par des dirigeants politiques en complicité avec des trafiquants d’êtres humains et des gangs criminels. Les agents de voyages qui ont aidé à la migration ont été arrêtés et seront poursuivis. L’octroi automatique des visas a été stoppé, et nous aiderons tous ceux qui voudront retourner au Kurdistan irakien. Jusqu’à présent, près de 2 000 de nos citoyens sont revenus, beaucoup parmi eux portant le message que ce qui leur avait été vendu comme une promesse de vie meilleure était plutôt un piège mortel – et que personne ne devrait essayer de les suivre.
Je veux affirmer clairement que les origines de cette crise sont politiques et criminelles, et ce n’est pas fondamentalement une question de migration. Nos concitoyens ont été trompés, pour leur faire croire que quitter leur pays dans telles circonstances était une occasion favorable. Des groupes comme le PKK *[le Parti des travailleurs du Kurdistan]* nourrissent ce mensonge. Leur présence et leur conflit avec la Turquie dans les villes frontières ont poussé des familles vulnérables à partir. Il en va de même des faux récits sur l’insécurité économique qui se serait enracinée au Kurdistan. Ce sont des mensonges, alimentés par les trafiquants.
Pendant les deux années écoulées depuis que je suis devenu premier ministre, nous avons pris d’importantes mesures pour rétablir sur de nouvelles bases l’économie de la région du Kurdistan d’Irak. Nous avons reconnu la nécessité de revitaliser notre économie, qui est restée résiliente malgré une série de chocs : les ravages de la guerre avec le groupe terroriste ISIS *[l’acronyme américain de l’organisation Etat islamique]*, un effondrement du marché mondial du pétrole, la faiblesse de la relation politique avec Bagdad puis une pandémie. Mon administration a pris des mesures déterminées pour réprimer la corruption, accroître l’efficacité, établir la compétitivité, responsabiliser les ministères et mettre en œuvre les normes mondiales de bonnes pratiques.
**Un sanctuaire**
Nous sommes une société qui prend soin de ses gens et nous créons une économie viable pour les soutenir. Des emplois sont créés, et un secteur privé est en pleine croissance. Le Kurdistan irakien est l’une des régions les plus sûres du Moyen-Orient, un sanctuaire pour près d’un million de personnes déplacées de toute la région – dont beaucoup fuyant des persécutions – ainsi que pour 100 000 demandeurs d’emploi des pays voisins.
En comparaison avec nos voisins, de nombreux Kurdes sont prospères, et les affaires iront mieux pour ceux qui restent malgré les inconvénients. Cela dit, nous reconnaissons que beaucoup de nos concitoyens aspirent à une vie meilleure. Certains Kurdes sont au chômage depuis longtemps, alors qu’ils sont hautement qualifiés. Cela doit changer et nous devons créer des emplois pour eux. A ces personnes-là je dis : vous ne trouverez pas de solution sur les fausses routes migratoires fabriquées par des fantoches qui se moquent de vos intérêts.
Ces voyages périlleux sont, au contraire, un chemin vers la ruine et la perte. Les possibilités existent sur le front intérieur, pas dans les champs inhospitaliers et les plages de terres étrangères au début de l’hiver. Nous reconnaissons la nécessité de grandes réformes chez nous, et elles seront réalisées.
A l’intention de nos amis européens, nous reconnaissons que l’arrivée de réfugiés irakiens en grand nombre dans vos pays a créé une crise qui doit être résolue. Nous sommes conscients de vos attentes et nous travaillerons avec vous de bonne foi pour garantir des résultats équitables. Nos équipes sont à Bruxelles pour commencer ces discussions.
Mais nous ne pouvons pas tout faire seuls. Nous sommes les voisins les plus proches de l’Europe, et si les causes profondes de cette crise ne sont pas combattues, les migrants continueront de frapper à ses portes. L’Europe peut nous aider à réaliser notre réforme économique, afin de remonter à la source du problème. Cela ralentirait le flot des demandeurs d’asile et atténuerait les défis politiques, sociaux et sécuritaires qui découlent de leurs arrivées.
Nous attendons également de nos partenaires internationaux qu’ils fassent davantage pour protéger notre population. La Pologne et la Biélorussie, en particulier, doivent respecter leurs obligations de prendre soin de ceux qui en ont désespérément besoin.
Qu’on soit clairs, je ne vous file pas cette… “tribune” parce que j’en partage les constats. Mais c’est un nouvel exemple de l’instrumentalisation des migrants.
Ce texte se découpe en deux points :
– C’est pas moi c’est les méchants
– Donnez argent.
Les Barzani sont directement responsables de la crise économique et de la corruption au Kurdistan irakien, et ont donc posé les conditions à l’émigration massive qu’on a vu récemment.
Évidemment, il ne va pas le reconnaître, donc il a tout intérêt à qualifier les rumeurs sur l’Europe de “mensonges” (ce qui, en soi, est vrai mais pas pour les raisons qu’il avance). Sa petite pique sur le PKK prend un bout de vérité (le PKK monopolise le marché des passeurs Turquie-Europe) et l’instrumentalise au nom du conflit qui oppose son clan et les Kurdes de Turquie. Ça peut toujours servir sa politique, à l’extérieur comme auprès de son peuple, de les accuser d’être à l’origine de tout.
Sa revendication de la restriction des visas est ridicule vu qu’elle a été faite sous pression européenne. Pareil pour son message à son peuple, “vous ne trouverez rien…”, j’aimerais bien savoir s’il diffuse le même message dans son pays.
Parce que le plus parlant, pour moi, ce sont les derniers paragraphes. “L’Europe peut nous aider à changer la situation pour qu’il n’y ait plus besoins d’émigrer”, ça veut clairement dire “Je peux fermer mes frontières et faire tabasser les gens qui veulent partir, mais va falloir mettre un billet”. Il avance ses pions pour “faire une Erdogan” et faire chanter l’Europe sur la peur des migrants. Parce qu’il évoque la réforme économique, mais si l’Europe verse une aide pour l’économie du Kurdistan, vous pouvez être certains que l’économie du Kurdistan n’en verra pas un dollar.
Ils ont surtout été trempés
Il y a une vérité ici qu’on ne peut ignorer; oui il y a des gens qui profitent a mettre la vie des migrants en danger.
Que ce soient les trafiquants de personnes, les passeurs sur le terrain ou certains politiciens qui instrumentalisent la crise pour leur profit personnel.
Ceux qui cherchent à faire un profit sur le dos de la misère humaine, qui font des promesses sans les tenir mais pas avant d’avoir empoché des milliers par personne.
Ceux qui utilisent les migrants pour se négocier des ententes ou par vengeance contre des sanctions de L’UE.
Ceux qui instrumentalisent le passage des migrants, brandissant le spectre de dangers souvent imaginaires pour gagner des points aux élections.
C’est difficile à admettre mais peu de gens sont motivés par des motifs nobles, beaucoup ne sont que des vautours, cherchant un repas facile.
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**Premier ministre du Kurdistan irakien, Masrour Barzani attribue, dans une tribune au « Monde », la responsabilité de la tragédie des 27 personnes noyées dans la Manche à la complicité de dirigeants politiques avec des réseaux de trafiquants et incrimine « des groupes comme le PKK ».**
**Tribune.** A travers les âges, les Kurdes ont été un peuple de migrants. De chaque point de nos terres, nos filles et nos fils ont fui la guerre et la persécution, la peste – et même le génocide. Les Kurdes n’ont jamais été hésitants ni aveugles devant les épreuves.
Au cours du mois dernier, la fuite de migrants kurdes vers l’Europe et les situations désespérées auxquelles ils ont été confrontés dans les forêts gelées de Biélorussie et sur les rives de la Manche ont été horribles. Ces derniers jours, la tragédie de la Manche nous a bouleversés. La mort de 27 personnes – en majorité originaires de la région du Kurdistan d’Irak – noyées dans des eaux glaciales n’aurait jamais dû se produire.
Nous avons beaucoup d’informations sur le parcours de nombreuses victimes, et nous sommes en train d’en apprendre davantage. Mais ce que je peux dire à ce stade, c’est que ceux qui sont morts ont été trompés et trahis. Ils ont été des pions dans un jeu de pouvoir politique, dont les architectes ne prêtent aucune attention à leurs souffrances et aucune valeur à leur vie.
Nous attendons des réponses de nos amis Britanniques pour savoir si le navire qui a coulé se trouvait dans leurs eaux territoriales lorsque les premiers appels de détresse ont été lancés. Nous espérons également une coopération complète de nos partenaires en France. Cela ne doit plus jamais se reproduire.
Les réseaux de passeurs à l’origine de cette atrocité visent à inonder la zone euro de migrants afin de faire pression sur les dirigeants politiques dans un conflit entre la Biélorussie et Bruxelles. Ils ont saisi l’occasion d’utiliser notre peuple et de prendre certains de ses membres en otages, dans une pantomime cynique à peine déguisée, restant indifférents à l’humanité de ceux qu’ils ont induits en erreur.
**Les origines de cette crise sont politiques et criminelles**
Nous avons pris des mesures fermes pour empêcher les nôtres de s’embarquer dans des voyages facilités par des dirigeants politiques en complicité avec des trafiquants d’êtres humains et des gangs criminels. Les agents de voyages qui ont aidé à la migration ont été arrêtés et seront poursuivis. L’octroi automatique des visas a été stoppé, et nous aiderons tous ceux qui voudront retourner au Kurdistan irakien. Jusqu’à présent, près de 2 000 de nos citoyens sont revenus, beaucoup parmi eux portant le message que ce qui leur avait été vendu comme une promesse de vie meilleure était plutôt un piège mortel – et que personne ne devrait essayer de les suivre.
Je veux affirmer clairement que les origines de cette crise sont politiques et criminelles, et ce n’est pas fondamentalement une question de migration. Nos concitoyens ont été trompés, pour leur faire croire que quitter leur pays dans telles circonstances était une occasion favorable. Des groupes comme le PKK *[le Parti des travailleurs du Kurdistan]* nourrissent ce mensonge. Leur présence et leur conflit avec la Turquie dans les villes frontières ont poussé des familles vulnérables à partir. Il en va de même des faux récits sur l’insécurité économique qui se serait enracinée au Kurdistan. Ce sont des mensonges, alimentés par les trafiquants.
Pendant les deux années écoulées depuis que je suis devenu premier ministre, nous avons pris d’importantes mesures pour rétablir sur de nouvelles bases l’économie de la région du Kurdistan d’Irak. Nous avons reconnu la nécessité de revitaliser notre économie, qui est restée résiliente malgré une série de chocs : les ravages de la guerre avec le groupe terroriste ISIS *[l’acronyme américain de l’organisation Etat islamique]*, un effondrement du marché mondial du pétrole, la faiblesse de la relation politique avec Bagdad puis une pandémie. Mon administration a pris des mesures déterminées pour réprimer la corruption, accroître l’efficacité, établir la compétitivité, responsabiliser les ministères et mettre en œuvre les normes mondiales de bonnes pratiques.
**Un sanctuaire**
Nous sommes une société qui prend soin de ses gens et nous créons une économie viable pour les soutenir. Des emplois sont créés, et un secteur privé est en pleine croissance. Le Kurdistan irakien est l’une des régions les plus sûres du Moyen-Orient, un sanctuaire pour près d’un million de personnes déplacées de toute la région – dont beaucoup fuyant des persécutions – ainsi que pour 100 000 demandeurs d’emploi des pays voisins.
En comparaison avec nos voisins, de nombreux Kurdes sont prospères, et les affaires iront mieux pour ceux qui restent malgré les inconvénients. Cela dit, nous reconnaissons que beaucoup de nos concitoyens aspirent à une vie meilleure. Certains Kurdes sont au chômage depuis longtemps, alors qu’ils sont hautement qualifiés. Cela doit changer et nous devons créer des emplois pour eux. A ces personnes-là je dis : vous ne trouverez pas de solution sur les fausses routes migratoires fabriquées par des fantoches qui se moquent de vos intérêts.
Ces voyages périlleux sont, au contraire, un chemin vers la ruine et la perte. Les possibilités existent sur le front intérieur, pas dans les champs inhospitaliers et les plages de terres étrangères au début de l’hiver. Nous reconnaissons la nécessité de grandes réformes chez nous, et elles seront réalisées.
A l’intention de nos amis européens, nous reconnaissons que l’arrivée de réfugiés irakiens en grand nombre dans vos pays a créé une crise qui doit être résolue. Nous sommes conscients de vos attentes et nous travaillerons avec vous de bonne foi pour garantir des résultats équitables. Nos équipes sont à Bruxelles pour commencer ces discussions.
Mais nous ne pouvons pas tout faire seuls. Nous sommes les voisins les plus proches de l’Europe, et si les causes profondes de cette crise ne sont pas combattues, les migrants continueront de frapper à ses portes. L’Europe peut nous aider à réaliser notre réforme économique, afin de remonter à la source du problème. Cela ralentirait le flot des demandeurs d’asile et atténuerait les défis politiques, sociaux et sécuritaires qui découlent de leurs arrivées.
Nous attendons également de nos partenaires internationaux qu’ils fassent davantage pour protéger notre population. La Pologne et la Biélorussie, en particulier, doivent respecter leurs obligations de prendre soin de ceux qui en ont désespérément besoin.
Qu’on soit clairs, je ne vous file pas cette… “tribune” parce que j’en partage les constats. Mais c’est un nouvel exemple de l’instrumentalisation des migrants.
Ce texte se découpe en deux points :
– C’est pas moi c’est les méchants
– Donnez argent.
Les Barzani sont directement responsables de la crise économique et de la corruption au Kurdistan irakien, et ont donc posé les conditions à l’émigration massive qu’on a vu récemment.
Évidemment, il ne va pas le reconnaître, donc il a tout intérêt à qualifier les rumeurs sur l’Europe de “mensonges” (ce qui, en soi, est vrai mais pas pour les raisons qu’il avance). Sa petite pique sur le PKK prend un bout de vérité (le PKK monopolise le marché des passeurs Turquie-Europe) et l’instrumentalise au nom du conflit qui oppose son clan et les Kurdes de Turquie. Ça peut toujours servir sa politique, à l’extérieur comme auprès de son peuple, de les accuser d’être à l’origine de tout.
Sa revendication de la restriction des visas est ridicule vu qu’elle a été faite sous pression européenne. Pareil pour son message à son peuple, “vous ne trouverez rien…”, j’aimerais bien savoir s’il diffuse le même message dans son pays.
Parce que le plus parlant, pour moi, ce sont les derniers paragraphes. “L’Europe peut nous aider à changer la situation pour qu’il n’y ait plus besoins d’émigrer”, ça veut clairement dire “Je peux fermer mes frontières et faire tabasser les gens qui veulent partir, mais va falloir mettre un billet”. Il avance ses pions pour “faire une Erdogan” et faire chanter l’Europe sur la peur des migrants. Parce qu’il évoque la réforme économique, mais si l’Europe verse une aide pour l’économie du Kurdistan, vous pouvez être certains que l’économie du Kurdistan n’en verra pas un dollar.
Ils ont surtout été trempés
Il y a une vérité ici qu’on ne peut ignorer; oui il y a des gens qui profitent a mettre la vie des migrants en danger.
Que ce soient les trafiquants de personnes, les passeurs sur le terrain ou certains politiciens qui instrumentalisent la crise pour leur profit personnel.
Ceux qui cherchent à faire un profit sur le dos de la misère humaine, qui font des promesses sans les tenir mais pas avant d’avoir empoché des milliers par personne.
Ceux qui utilisent les migrants pour se négocier des ententes ou par vengeance contre des sanctions de L’UE.
Ceux qui instrumentalisent le passage des migrants, brandissant le spectre de dangers souvent imaginaires pour gagner des points aux élections.
C’est difficile à admettre mais peu de gens sont motivés par des motifs nobles, beaucoup ne sont que des vautours, cherchant un repas facile.