“The Gulag Archipelago” by Aleksandr Solzhenitsyn (Internet Archive)

2 comments
  1. **Note: fermez le bandeau bleu en arrivant (`×` en haut à droite)
    et vous pouvez lire tranquillement
    ou télécharger en `pdf` ou `epub` avec le bouton `🡫` sur la gauche.**

    J’ai trouvé ça en surfant l’autre jour, et je me suis dit que ça pourrait en intéresser certains (c’est intéressant de lire un livre dans plusieurs langues, par exemple anglais et français, surtout depuis un langage nuancé et multi-niveaux comme le russe ou le japonais, et idem pour les non-francophones vis-à-vis du français, soit-dit en passant).

    J’imagine que ça ne va pas passionner grand monde, pas faire beaucoup de votes pour être vu, alors je fais surtout ce post pour la postérité (lire: fonction *Recherche* dans le futur) 😉

    Si vous voulez le texte en français, ça s’écrit [*Soljenitsyne*, “L’Archipel du Goulag”](https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Archipel_du_Goulag) (Publication originale 1973, Paris) — et non *je ne vous dirai pas d’aller chercher le texte en français sur LibGen* car c’est illégal, puisqu’à ma connaissance le livre n’est pas disponible en français sur WikiSource ou autre (en tout cas pas de lien en bas de l’article wiki dans “Liens externes”). Sachez toutefois que ce cher Alexandre est mort en 2008. RIP.

    *C’était la minute partage culture russe 1958-1967* 😉

  2. J’en profite pour copier ici ce passage de Limonov, de Emmanuel Carrere, qui est en lien

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    Vies parallèles des hommes illustres : Alexandre Soljenitsyne et Édouard Limonov ont tous deux quitté leur pays au printemps 1974, mais le départ du premier a fait plus de bruit dans le monde que celui du second. Depuis la chute de Khrouchtchev, le conflit était ouvert entre le pouvoir et le prophète de Riazan, qui en vertu d’une contradiction typiquement soviétique était à la fois considéré comme l’écrivain le plus important de son temps et, de fait, interdit de publication. Je connais peu d’histoires aussi belles que celle de cet homme seul, médiéval, paysan, réchappé à la fois du cancer et des camps, et adossé à la certitude qu’il verra, de son vivant, triompher la vérité car ceux qui mentent ont peur et lui pas. Cet homme qui, au moment où ses collègues votent son exclusion de leur Union au motif, entre autres, « qu’on ne trouve pas dans ses œuvres le thème de la camaraderie des écrivains », est capable de leur répondre tranquillement : « La littérature installée, les revues, les romans édités, je les tiens une fois pour toutes pour non avenus. Non qu’il ne puisse pousser dans ce champ des talents (il y en a), mais ils y périssent forcément car ce champ n’est pas le bon puisqu’on y consent à ne pas dire la vérité capitale, celle qui saute aux yeux sans qu’il soit besoin de littérature. » *Cette vérité capitale, c’est bien sûr le Goulag. C’est aussi que le Goulag existe avant Staline et après lui, qu’il n’est pas une maladie du système soviétique mais son essence et même sa finalité. En secret, Soljenitsyne a passé dix ans à recueillir les témoignages de deux cent vingt-sept anciens zeks et, de sa minuscule écriture, en enterrant ses manuscrits, en les faisant microfilmer pour les passer à l’Ouest, à édifier ce monument, L’Archipel du Goulag, qui paraît en France et aux États-Unis au début 1974, et commence à être lu sur Radio-Liberté.*

    L’homme qui vient à ce moment de prendre la direction du KGB, Iouri Andropov, comprend que cette bombe-là est plus dangereuse pour le régime que la totalité de l’arsenal nucléaire américain, et prend l’initiative de réunir en urgence le Politburo. Le compte rendu de cette réunion de crise a été rendu public en 1992, quand Boris Eltsine a déclassifié les archives : c’est une véritable pièce de théâtre, qui mériterait d’être jouée sur scène. Brejnev, déjà très amorti, ne voit pas vraiment le danger. Il est partisan, bien sûr, de dénoncer comme propagande bourgeoise cette attaque « contre tout ce que nous avons de plus sacré », mais, au bout du compte, de laisser courir : ça se tassera, comme se sont tassées les protestations contre l’invasion de la Tchécoslovaquie. Podgorny, le président du présidium, ne partage pas ce fatalisme. Écumant de colère, il déplore que le système se soit ramolli au point qu’on n’envisage même plus la solution de bon sens : une balle dans la nuque, point. Ils ne se gênent pas, au Chili, et d’accord, sous Staline, on a peut-être un peu exagéré mais maintenant c’est dans l’autre sens qu’on exagère. Plus diplomate, Kossyguine propose la relégation au-delà du cercle polaire. On croit, tout au long de ces tirades, entendre Andropov soupirer, le voir lever les yeux au ciel, et quand il prend enfin la parole c’est pour dire : « Tout cela est bien gentil, mes chers amis, mais c’est trop tard. La balle dans la nuque, il aurait fallu la tirer il y a dix ans, maintenant le monde entier nous surveille, impossible de toucher à un cheveu de Soljenitsyne. Non, le seul coup qui nous reste à jouer, c’est l’expulsion. »

    Tout est grand dans le destin de Soljenitsyne, qui deux jours après cette réunion a été mis de force dans un avion pour Francfort et, là-bas, accueilli par Willy Brandt comme un chef d’État. Ce que montre cependant son expulsion, ce qui chagrinait tant, et à si juste titre, le bouillant Podgorny, c’est que le système soviétique avait perdu le goût et la force de faire peur, qu’il montrait désormais les dents sans plus y croire vraiment et qu’au lieu de persécuter les esprits indociles il préférait les envoyer se faire pendre ailleurs. Ailleurs, cela voulait dire en Israël, destination pour laquelle on s’est mis ces années-là à distribuer avec libéralité des passeports. Pour en bénéficier, il fallait en principe être juif, mais les autorités là-dessus n’étaient pas très regardantes et tendaient à considérer un emmerdeur avéré comme une variété de Juif – ce qui rendait recevable la candidature de Limonov.

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