**Mobilisation pour les salaires : pas de déferlante mais « un premier avertissement »**
**À l’appel de trois organisations syndicales, plusieurs manifestations ont été organisées jeudi, dans tout le pays, pour réclamer une hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux. Un tour de chauffe avant une possible mobilisation contre la réforme des retraites.**
**« Pourrions-nous avoir un vrai salaire, s’il vous plaît ? »** La pancarte d’Aurélie, directrice d’école maternelle en banlieue parisienne, affiche un ton poli. Mais à l’entendre, ça ne va pas durer : « Là, je demande gentiment mais ça commence à devenir compliqué », lâche-t-elle, en évoquant le manque de moyens, l’inflation et les salaires qui ne suivent pas. « Je connais des enseignants qui empruntent de l’argent tous les mois à leur famille car ils n’y arrivent plus », ajoute la directrice, les dents serrées.
Le discours d’Aurélie résume plutôt bien l’état d’esprit de bon nombre de manifestantes et manifestants, interrogé·es dans le cortège parisien. Ce rassemblement de rentrée sonne comme un échauffement, avant de, peut-être, entrer dans le dur en mobilisant plus largement que les habituels bataillons syndicaux.
« On est au début de quelque chose qui va grossir », croit savoir Simon Duteil, co-délégué général de l’union syndicale Solidaires qui appelait jeudi 29 septembre, avec la CGT et la FSU, à une journée de grève et de manifestations.
Selon la CGT, près de deux cents cortèges ont rassemblé, partout en France, plus de 250 000 personnes. À Paris, le syndicat évoque 40 000 manifestant·es sur le parcours entre Denfert-Rochereau et Bastille. À Marseille, où 4 300 personnes étaient présentes selon la police, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon est apparu brièvement. De nombreux dockers du port de Marseille étaient présents dans le défilé.
À Nantes, la police a décompté 3 200 manifestants, rassemblés derrière une banderole clamant « Augmentez nos salaires, pas la misère ».
Selon le ministère de l’intérieur, 118 500 personnes ont défilé dans toute la France, et 13 500 à Paris. À titre de comparaison, la manifestation « de rentrée » millésime 2021 avait attiré 85 400 manifestants dans l’Hexagone, et seulement 6 400 à Paris, selon Beauvau. Un résultat jugé alors plutôt décevant.
Pour ce cru 2022, au slogan initial réclamant une hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux, s’est ajouté le brûlant dossier des retraites, remis au cœur du débat par Emmanuel Macron deux semaines plus tôt. Mais Force ouvrière a refusé de participer, par la voix de son nouveau dirigeant Frédéric Souillot, et la CFDT s’est, à son habitude, tenue à l’écart des rassemblements, privilégiant les négociations salariales « entreprise par entreprise, branche par branche ».
“*Je n’ai même plus de mots face à ce gouvernement.”*
*Cédric Liechti secrétaire général de la CGT Énergie Paris*
Avant le départ du défilé, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a assuré qu’entre les manifestations et les grèves, il y avait « beaucoup de monde mobilisé ». L’occasion, a-t-il assuré, d’envoyer « un premier avertissement au gouvernement et au patronat pour que s’engagent rapidement des négociations salariales », mais aussi pour signaler, « puisque c’est l’actualité » que les Français ne veulent « pas travailler plus longtemps ».
À la tête de la FSU, le premier syndicat de l’éducation, Benoît Teste, a dit sentir monter « une grande colère » face à la relative absence de la question des salaires dans les débats politiques du moment.
Dans le cortège parisien, le gouvernement et le président de la République en ont d’ailleurs pris pour leur grade. Les termes « mépris » et « provocation », tenaient la corde dans les échanges avec les manifestant·es. « Même si on était plusieurs millions, ils s’en foutraient, non ? », lance un jeune homme, pourtant bien décidé « à en être », si d’autres grèves doivent suivre.
« Je n’ai même plus de mots face à ce gouvernement », soupire, dépité, Cédric Liechti secrétaire général de la CGT Énergie Paris. Il porte, avec une dizaine d’autres, une immense banderole clamant « EDF-GDF 100 % public ». Les récentes incitations des ministres à porter des cols roulés ou des doudounes pour économiser du chauffage l’écœurent. « C’est indécent ! C’est d’une violence ! Qu’ils aillent montrer leurs cols roulés dans les familles où il fait dix degrés dans la maison, en hiver. »
La grève a été particulièrement suivie dans le secteur de l’électricité, où une baisse de la production d’énergie nucléaire et hydroélectrique de 8,5 % a été notée jeudi matin. Près de cinq réacteurs ont été concernés par les débrayages.
RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France, a même annoncé avoir demandé aux syndicats impliqués dans un mouvement de grève nationale de réinjecter dans le réseau de l’électricité d’origine nucléaire afin d’éviter une pénurie.
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**Mobilisation pour les salaires : pas de déferlante mais « un premier avertissement »**
**À l’appel de trois organisations syndicales, plusieurs manifestations ont été organisées jeudi, dans tout le pays, pour réclamer une hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux. Un tour de chauffe avant une possible mobilisation contre la réforme des retraites.**
**« Pourrions-nous avoir un vrai salaire, s’il vous plaît ? »** La pancarte d’Aurélie, directrice d’école maternelle en banlieue parisienne, affiche un ton poli. Mais à l’entendre, ça ne va pas durer : « Là, je demande gentiment mais ça commence à devenir compliqué », lâche-t-elle, en évoquant le manque de moyens, l’inflation et les salaires qui ne suivent pas. « Je connais des enseignants qui empruntent de l’argent tous les mois à leur famille car ils n’y arrivent plus », ajoute la directrice, les dents serrées.
Le discours d’Aurélie résume plutôt bien l’état d’esprit de bon nombre de manifestantes et manifestants, interrogé·es dans le cortège parisien. Ce rassemblement de rentrée sonne comme un échauffement, avant de, peut-être, entrer dans le dur en mobilisant plus largement que les habituels bataillons syndicaux.
« On est au début de quelque chose qui va grossir », croit savoir Simon Duteil, co-délégué général de l’union syndicale Solidaires qui appelait jeudi 29 septembre, avec la CGT et la FSU, à une journée de grève et de manifestations.
Selon la CGT, près de deux cents cortèges ont rassemblé, partout en France, plus de 250 000 personnes. À Paris, le syndicat évoque 40 000 manifestant·es sur le parcours entre Denfert-Rochereau et Bastille. À Marseille, où 4 300 personnes étaient présentes selon la police, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon est apparu brièvement. De nombreux dockers du port de Marseille étaient présents dans le défilé.
À Nantes, la police a décompté 3 200 manifestants, rassemblés derrière une banderole clamant « Augmentez nos salaires, pas la misère ».
Selon le ministère de l’intérieur, 118 500 personnes ont défilé dans toute la France, et 13 500 à Paris. À titre de comparaison, la manifestation « de rentrée » millésime 2021 avait attiré 85 400 manifestants dans l’Hexagone, et seulement 6 400 à Paris, selon Beauvau. Un résultat jugé alors plutôt décevant.
Pour ce cru 2022, au slogan initial réclamant une hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux, s’est ajouté le brûlant dossier des retraites, remis au cœur du débat par Emmanuel Macron deux semaines plus tôt. Mais Force ouvrière a refusé de participer, par la voix de son nouveau dirigeant Frédéric Souillot, et la CFDT s’est, à son habitude, tenue à l’écart des rassemblements, privilégiant les négociations salariales « entreprise par entreprise, branche par branche ».
“*Je n’ai même plus de mots face à ce gouvernement.”*
*Cédric Liechti secrétaire général de la CGT Énergie Paris*
Avant le départ du défilé, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a assuré qu’entre les manifestations et les grèves, il y avait « beaucoup de monde mobilisé ». L’occasion, a-t-il assuré, d’envoyer « un premier avertissement au gouvernement et au patronat pour que s’engagent rapidement des négociations salariales », mais aussi pour signaler, « puisque c’est l’actualité » que les Français ne veulent « pas travailler plus longtemps ».
À la tête de la FSU, le premier syndicat de l’éducation, Benoît Teste, a dit sentir monter « une grande colère » face à la relative absence de la question des salaires dans les débats politiques du moment.
Dans le cortège parisien, le gouvernement et le président de la République en ont d’ailleurs pris pour leur grade. Les termes « mépris » et « provocation », tenaient la corde dans les échanges avec les manifestant·es. « Même si on était plusieurs millions, ils s’en foutraient, non ? », lance un jeune homme, pourtant bien décidé « à en être », si d’autres grèves doivent suivre.
« Je n’ai même plus de mots face à ce gouvernement », soupire, dépité, Cédric Liechti secrétaire général de la CGT Énergie Paris. Il porte, avec une dizaine d’autres, une immense banderole clamant « EDF-GDF 100 % public ». Les récentes incitations des ministres à porter des cols roulés ou des doudounes pour économiser du chauffage l’écœurent. « C’est indécent ! C’est d’une violence ! Qu’ils aillent montrer leurs cols roulés dans les familles où il fait dix degrés dans la maison, en hiver. »
La grève a été particulièrement suivie dans le secteur de l’électricité, où une baisse de la production d’énergie nucléaire et hydroélectrique de 8,5 % a été notée jeudi matin. Près de cinq réacteurs ont été concernés par les débrayages.
RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France, a même annoncé avoir demandé aux syndicats impliqués dans un mouvement de grève nationale de réinjecter dans le réseau de l’électricité d’origine nucléaire afin d’éviter une pénurie.