*Vendredi 30 septembre, Vladimir Poutine a officialisé, lors d’une cérémonie à Moscou, l’annexion de territoires ukrainiens occupés. Quelques jours plus tôt, ce journaliste et historien ukrainien plaidait, lui, pour la dislocation de la Russie. Une perspective qui, selon lui, fait si peur à Moscou qu’il en a fait un motif d’invasion de son voisin.*
En Occident, des historiens, philosophes et analystes politiques sérieux recommandent avec insistance aux Ukrainiens de ne pas soulever publiquement la question du démantèlement ou de la dislocation de la Fédération de Russie. Ils affirment en effet que cela pourrait étayer le discours de Vladimir Poutine – lui qui disait mener une guerre défensive dans le but de protéger son pays contre les États-Unis et leurs alliés, dont l’Ukraine serait un instrument.
À première vue, ces recommandations paraissent sensées. Mais… n’existait-il pas déjà à l’époque soviétique, chez les Russes (ou plutôt chez les peuples de l’URSS), la psychose de la “forteresse encerclée” ? Cette psychose a-t-elle cessé avec la disparition de l’Union ? N’aurait-elle pas ressurgi dès les premiers jours de la présidence de Poutine, avec son chauvinisme impérial déclaré ? Le Kremlin ne contrôle-t-il pas seulement l’espace d’information, mais aussi le contenu des crânes de la majorité des Russes ? Cette même majorité n’est-elle pas convaincue de la véracité des absurdités les plus incroyables sur les “actions agressives de l’Occident” ? Le Soviétique moyen n’était-il pas convaincu qu’en 1939 la petite Finlande agressive avait attaqué une URSS pacifique ?
Or, aujourd’hui encore, beaucoup de gens en Fédération de Russie ont foi dans cette absurdité. Par conséquent, de quelque côté qu’on l’aborde, le débat qui a lieu en Ukraine sur la nécessité et les moyens de “démonter” la Fédération de Russie en tant qu’empire colonial agressif ne fournit pas tant des munitions au Kremlin qu’il fait peur à une partie des Russes, ce qui pourrait les inciter à agir pour éliminer Poutine.
## L’arme russe des “référendums”
Dans quatre régions de l’Ukraine – Louhansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson – l’occupant [a organisé] des “référendums” sur le “rattachement” de ces régions – la “Nouvelle-Russie historique” – à la Fédération de Russie [le 27 septembre, les forces séparatistes prorusses ont annoncé une victoire écrasante du “oui”].
Ces référendums [n’ont] aucune valeur légale internationale, ne serait-ce que parce que la plupart des habitants de ces régions sont réfugiés ailleurs et ne prendront pas part au vote (sans parler de l’atmosphère de terreur qui règne dans ces régions), mais du point de vue du pouvoir russe, ce sera l’expression de “la volonté du peuple de Nouvelle-Russie”. De plus, Moscou a déjà déclaré que le “rattachement à la Fédération de Russie” concernera l’ensemble de ces quatre régions dans leurs frontières administratives, alors qu’aucune d’entre elles n’est totalement aux mains de la Fédération de Russie.
Et ce n’est pas tout : Snihourivka et Oleksandrivka, villes occupées de la région de Mykolaïv, ont déjà été “rattachées” à la région de Kherson, et elles vont donc elles aussi “devenir” partie intégrante de la Russie. Les Russes prétendent également intégrer à la composition de leur empire la centrale nucléaire de Zaporijjia, qu’ils ont prises avec la ville d’Enerhodar. Et après les “référendums” ils vont, c’est évident, exiger que l’“occupant ukrainien” quitte immédiatement le “territoire russe”, sinon ils auront recours à l’arme nucléaire pour avoir “attaqué la Russie”…
## L’exemple de l’Allemagne
Dès lors, les Ukrainiens ne sont-ils pas en droit de discuter des moyens de démanteler la Fédération de Russie, elle qui, déjà, pratiquement, a annoncé que quatre régions ukrainiennes faisaient partie de son territoire ? Faut-il l’éviter au seul prétexte que, aux yeux tant du pouvoir russe que de bien des Russes de la rue, cette discussion serait la preuve d’un désir occidental de “démembrer la mère Russie”, de lui prendre ses “terres ancestrales” ?
Pourtant, à l’Ouest, les discussions sur le “démontage” de la Russie susciteront toujours des réactions négatives. Si l’Occident est à ce point inconscient de sa propre histoire, alors il est utile de lui rappeler ce qui s’est passé avec le prédécesseur idéologique de la Russie – l’Allemagne totalitaire et agressive.
En 1945, cet empire avait été effectivement démantelé. La France avait récupéré l’Alsace-Lorraine, la Belgique Eupen-Malmédy, le Luxembourg avait retrouvé son indépendance, tout comme l’Autriche, le protectorat de Bohême-Moravie était redevenu la République tchèque en reprenant les terres des Sudètes, le Danemark avait lui aussi remis la main sur les territoires qui lui avaient été annexés. La Sarre, elle, avait été détachée comme une entité spécifique.
Les trois alliés occidentaux – les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France – avaient partagé l’ouest de l’Allemagne en zones d’occupation. Et ce n’est qu’après, quand dans cette zone avaient eu lieu la dénazification et la démilitarisation, quand des partis démocratiques s’étaient établis, quand les Allemands étaient sortis de l’envoûtement impérial, ce n’est que là qu’a commencé le renouvellement des structures de l’État – sous le contrôle sévère des Alliés.
_ Serhiy Hrabovskiy
Il y a plusieurs pays qui ont des territoire à récupérer (Finlande, Pologne, Japon), mais le problème, c’est qu’il y a un voisin méridional qui aurait peut-être un peu trop à y gagner.
Le sujet le plus urgent a traiter restera sa dénucléarisation
Poutine a quand même ouvert une belle boîte de Pandore : si une région peut demander son indépendance ou son rattachement à un autre pays en organisant un “référendum” éventuellement truqué, tout en s’y prenant à peine 8 jours à l’avance, toutes les régions de Russie peuvent le faire. Surtout que l’armée Russe est occupée ailleurs.
Et si elles déclenchaient ça toutes en même temps, l’armée s’en sortirait encore moins.
L’Europe ne peut que bénéficier d’un démantèlement de l’état Russe, mais soyons honnête un tel démantèlement proviendra d’un éclatement interne. La fédération Russe a des fondations fragiles et le chauvinisme ne peut pas nourrir un peuple. Attendons de voir comment la situation politique évolue.
Et si on parlait apocalypse nucléaire ?
Putain mais c’est pas possible, les gens ont besoin d’une session de docu sur Hiroshima.
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*Vendredi 30 septembre, Vladimir Poutine a officialisé, lors d’une cérémonie à Moscou, l’annexion de territoires ukrainiens occupés. Quelques jours plus tôt, ce journaliste et historien ukrainien plaidait, lui, pour la dislocation de la Russie. Une perspective qui, selon lui, fait si peur à Moscou qu’il en a fait un motif d’invasion de son voisin.*
En Occident, des historiens, philosophes et analystes politiques sérieux recommandent avec insistance aux Ukrainiens de ne pas soulever publiquement la question du démantèlement ou de la dislocation de la Fédération de Russie. Ils affirment en effet que cela pourrait étayer le discours de Vladimir Poutine – lui qui disait mener une guerre défensive dans le but de protéger son pays contre les États-Unis et leurs alliés, dont l’Ukraine serait un instrument.
À première vue, ces recommandations paraissent sensées. Mais… n’existait-il pas déjà à l’époque soviétique, chez les Russes (ou plutôt chez les peuples de l’URSS), la psychose de la “forteresse encerclée” ? Cette psychose a-t-elle cessé avec la disparition de l’Union ? N’aurait-elle pas ressurgi dès les premiers jours de la présidence de Poutine, avec son chauvinisme impérial déclaré ? Le Kremlin ne contrôle-t-il pas seulement l’espace d’information, mais aussi le contenu des crânes de la majorité des Russes ? Cette même majorité n’est-elle pas convaincue de la véracité des absurdités les plus incroyables sur les “actions agressives de l’Occident” ? Le Soviétique moyen n’était-il pas convaincu qu’en 1939 la petite Finlande agressive avait attaqué une URSS pacifique ?
Or, aujourd’hui encore, beaucoup de gens en Fédération de Russie ont foi dans cette absurdité. Par conséquent, de quelque côté qu’on l’aborde, le débat qui a lieu en Ukraine sur la nécessité et les moyens de “démonter” la Fédération de Russie en tant qu’empire colonial agressif ne fournit pas tant des munitions au Kremlin qu’il fait peur à une partie des Russes, ce qui pourrait les inciter à agir pour éliminer Poutine.
## L’arme russe des “référendums”
Dans quatre régions de l’Ukraine – Louhansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson – l’occupant [a organisé] des “référendums” sur le “rattachement” de ces régions – la “Nouvelle-Russie historique” – à la Fédération de Russie [le 27 septembre, les forces séparatistes prorusses ont annoncé une victoire écrasante du “oui”].
Ces référendums [n’ont] aucune valeur légale internationale, ne serait-ce que parce que la plupart des habitants de ces régions sont réfugiés ailleurs et ne prendront pas part au vote (sans parler de l’atmosphère de terreur qui règne dans ces régions), mais du point de vue du pouvoir russe, ce sera l’expression de “la volonté du peuple de Nouvelle-Russie”. De plus, Moscou a déjà déclaré que le “rattachement à la Fédération de Russie” concernera l’ensemble de ces quatre régions dans leurs frontières administratives, alors qu’aucune d’entre elles n’est totalement aux mains de la Fédération de Russie.
Et ce n’est pas tout : Snihourivka et Oleksandrivka, villes occupées de la région de Mykolaïv, ont déjà été “rattachées” à la région de Kherson, et elles vont donc elles aussi “devenir” partie intégrante de la Russie. Les Russes prétendent également intégrer à la composition de leur empire la centrale nucléaire de Zaporijjia, qu’ils ont prises avec la ville d’Enerhodar. Et après les “référendums” ils vont, c’est évident, exiger que l’“occupant ukrainien” quitte immédiatement le “territoire russe”, sinon ils auront recours à l’arme nucléaire pour avoir “attaqué la Russie”…
## L’exemple de l’Allemagne
Dès lors, les Ukrainiens ne sont-ils pas en droit de discuter des moyens de démanteler la Fédération de Russie, elle qui, déjà, pratiquement, a annoncé que quatre régions ukrainiennes faisaient partie de son territoire ? Faut-il l’éviter au seul prétexte que, aux yeux tant du pouvoir russe que de bien des Russes de la rue, cette discussion serait la preuve d’un désir occidental de “démembrer la mère Russie”, de lui prendre ses “terres ancestrales” ?
Pourtant, à l’Ouest, les discussions sur le “démontage” de la Russie susciteront toujours des réactions négatives. Si l’Occident est à ce point inconscient de sa propre histoire, alors il est utile de lui rappeler ce qui s’est passé avec le prédécesseur idéologique de la Russie – l’Allemagne totalitaire et agressive.
En 1945, cet empire avait été effectivement démantelé. La France avait récupéré l’Alsace-Lorraine, la Belgique Eupen-Malmédy, le Luxembourg avait retrouvé son indépendance, tout comme l’Autriche, le protectorat de Bohême-Moravie était redevenu la République tchèque en reprenant les terres des Sudètes, le Danemark avait lui aussi remis la main sur les territoires qui lui avaient été annexés. La Sarre, elle, avait été détachée comme une entité spécifique.
Les trois alliés occidentaux – les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France – avaient partagé l’ouest de l’Allemagne en zones d’occupation. Et ce n’est qu’après, quand dans cette zone avaient eu lieu la dénazification et la démilitarisation, quand des partis démocratiques s’étaient établis, quand les Allemands étaient sortis de l’envoûtement impérial, ce n’est que là qu’a commencé le renouvellement des structures de l’État – sous le contrôle sévère des Alliés.
_ Serhiy Hrabovskiy
Il y a plusieurs pays qui ont des territoire à récupérer (Finlande, Pologne, Japon), mais le problème, c’est qu’il y a un voisin méridional qui aurait peut-être un peu trop à y gagner.
Le sujet le plus urgent a traiter restera sa dénucléarisation
Poutine a quand même ouvert une belle boîte de Pandore : si une région peut demander son indépendance ou son rattachement à un autre pays en organisant un “référendum” éventuellement truqué, tout en s’y prenant à peine 8 jours à l’avance, toutes les régions de Russie peuvent le faire. Surtout que l’armée Russe est occupée ailleurs.
Et si elles déclenchaient ça toutes en même temps, l’armée s’en sortirait encore moins.
L’Europe ne peut que bénéficier d’un démantèlement de l’état Russe, mais soyons honnête un tel démantèlement proviendra d’un éclatement interne. La fédération Russe a des fondations fragiles et le chauvinisme ne peut pas nourrir un peuple. Attendons de voir comment la situation politique évolue.
Et si on parlait apocalypse nucléaire ?
Putain mais c’est pas possible, les gens ont besoin d’une session de docu sur Hiroshima.