Guerre en Ukraine : des Français collaborent avec la « justice » de Poutine

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  1. >Le tribunal compte également deux autres « journalistes » français : Léo Nicolian et **Adrien Bocquet**.

    C’est pas le soit-disant ex-soldat qui témoignait de crimes de guerre alors qu’il n’a même pas mis un pied là où il disait les avoir vu ?

  2. L’article sans les liens car reddit le supprime autrement :

    **Depuis le lancement de l’invasion de l’Ukraine, plusieurs militants français d’extrême droite fabriquent des preuves de crimes de guerre ukrainiens pour un faux tribunal russe.**

    uelquesQuelques jours à peine après le début de l’invasion de l’Ukraine, Maxim Grigoriev, membre de la Chambre civile de la Fédération de Russie, créée en 2005 sur une idée de Poutine, annonçait la création à Moscou d’un « Tribunal public international pour l’Ukraine ». Son but : « Collecter des données et prouver la commission de crimes de guerre par le régime de Kyiv. »

    Le 11 mars, lors d’une conférence de presse, Maxim Grigoriev a révélé la liste des premiers membres de cette organisation composée d’« experts » venus du monde entier. Parmi eux, des propagandistes pro-Kremlin comme l’Américain Andrew Korybko ou la Canadienne Eva Bartlett, mais aussi deux citoyens français : Karine Bechet-Golovko et Nicolas Charras.

    Professeure de droit à l’université de Moscou, Karine Bechet-Golovko a souvent été vue sur la chaîne russe RT France et sur le site conspirationniste France Soir. Elle fait partie des contributeurs de Méthode, revue de propagande russe pilotée depuis le Donbass et qui accueille nombre de plumes de l’extrême droite française. Le 21 septembre, elle passait les filtres de BFMTV, accusant « les médias occidentaux » et « les dirigeants atlantistes » d’avoir menacé d’employer l’arme nucléaire contre la Russie.

    Nicolas Charras, diplômé de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou et ex-employé de l’ambassade de France en Russie régulièrement invité dans les médias russes, s’est quant à lui fait connaître en 2017 après un échange en public avec Vladimir Poutine à Sotchi au sujet du remplacement des populations chrétiennes blanches aux États-Unis.

    « J’ai décidé de dédier ma vie à l’amélioration des relations entre nos deux États traditionnellement amis », dit-il au président russe, qui le remercie alors pour sa « noble mission ». En 2018, il était en Crimée parmi les « observateurs » de l’élection présidentielle russe, se disant « surpris par la transparence » du scrutin. « Pour avoir une influence sur les médias occidentaux, vous devez d’abord créer une plateforme d’information qui représentera vos intérêts », a-t-il professé lors de la création du tribunal.

    **« Observateurs indépendants »**

    « Il s’agit d’un exercice de propagande visant à détourner l’attention des nombreuses preuves de crimes de guerre commis par les forces russes, résume Élise Thomas, enquêtrice et autrice d’un rapport sur ce tribunal pour le Center for Information Resilience, une organisation non lucrative qui travaille sur la désinformation et les violations des droits humains. Il vise d’abord une audience nationale, pour convaincre les Russes que le gouvernement ukrainien est diabolique, que le gouvernement russe est bon, et que l’invasion de l’Ukraine se justifie par la “protection” des civils. »

    Le tribunal compte également deux autres « journalistes » français : Léo Nicolian et Adrien Bocquet. Le premier a été filmé lors d’un dialogue lunaire avec une équipe de France Télévisions pendant une manifestation antivax où il se vantait d’en avoir « mis plein la gueule à Macron » sur une chaîne russe. Une semaine plus tard, il était en territoire occupé par la Russie pour observer le référendum illégal d’annexion.

    Adrien Bocquet, quant à lui, est déjà une figure connue de la propagande russe en France. Régulièrement invité par les médias d’extrême droite, il est désormais une attraction pour la télé en Russie. Dans une interview avec Maxim Grigoriev en août, il est précisé qu’il « recueille des preuves » pour le tribunal.

    Un dernier Français, Emmanuel Leroy, sans être nommé parmi les membres du tribunal, participe également aux activités de Grigoriev. Trois jours avant l’invasion, l’ex-conseiller géopolitique de Marine Le Pen, lui aussi invité régulier de RT France et auteur pour Méthode, intervenait à la Chambre civile à Moscou à l’invitation de Grigoriev, en compagnie de Daria Douguina, fille de l’idéologue néo-eurasiste russe Alexandre Douguine, assassinée en août. Il comptait aussi parmi les « observateurs » du référendum.

    **Des « enquêteurs » au service du Kremlin**

    Malgré les apparences, ce tribunal n’a rien d’une instance indépendante. Maxim Grigoriev préside également la Fondation pour l’étude de la démocratie, une ONG qui produit depuis des années des rapports parfois présentés par le Kremlin jusqu’aux Nations unies. « Grigoriev a joué un rôle clé dans la diffusion de la propagande du Kremlin aussi bien sur la guerre en Syrie que sur l’invasion de l’Ukraine », résume Élise Thomas.

    Maxim Grigoriev, qui prétend que Boutcha est une mise en scène, a annoncé avoir commencé ses « enquêtes » en avril dans les « territoires libérés » du Donbass. Les résultats sont transmis au Comité d’enquête de la Fédération de Russie, qui depuis 2011 ne répond plus qu’au président russe.

    « Le tribunal est d’abord un relais de propagande qui utilise le langage des droits humains pour légitimer la désinformation anti-ukrainienne et pro-russe. Il pourrait cependant être adapté pour donner cette même légitimité à autre chose, comme des procès publics de prisonniers de guerre ukrainiens », note Élise Thomas.

    En août dernier, Adrien Bocquet s’est ainsi rendu à Olenivka, où plus de 50 de ces prisonniers ont été tués dans une explosion imputée aux Russes. Pour la chaîne russe NTV, le « journaliste » français y a interrogé des captifs, une violation de la convention de Genève. Pour des faits similaires, le Royaume-Uni a déjà placé sur sa liste des sanctions un de ses propres citoyens qui fait également l’objet d’une enquête criminelle.

    En France, pourtant, ni Adrien Bocquet ni aucun membre du Tribunal public international pour l’Ukraine n’est officiellement concerné par une quelconque mesure. Ils n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

    Le 28 septembre, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a déclaré vouloir ajouter à la liste des sanctions « les propagandistes coupables d’atteintes à l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». Mardi 4 octobre, des eurodéputés emmenés par Nathalie Loiseau ont demandé que « tous ceux qui ont volontairement contribué de quelque façon que ce soit » à l’organisation du référendum d’annexion « soient individuellement ciblés et sanctionnés » par l’UE, pointant la blogueuse britannique pro-Assad Vanessa Beeley, qui a, elle aussi, joué les « observatrices » en Ukraine.

    Contacté par Mediapart, le ministère français des affaires étrangères n’a pas répondu.

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