Les mystères du Covid long : des millions de concernés, 2 000 articles scientifiques en 2021 et toujours pas d’explication

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  1. >la variété des symptômes en fait une maladie complexe

    Généralement quand t’as un fourre-tout de symptômes il n’y a pas une cause unique. Faut probablement pas chercher un seul phénomène biologique à tous les problèmes, surtout quand certains de ces symptômes ne datent pas du tout du covid mais étaient déjà présents avant. La perte / dégradation d’odorat sur un temps long après infection respiratoire ça ne date pas du covid.

    Il n’y a probablement pas une seule maladie du covid long mais plusieurs maladies longues post-infection / post-infection-respiratoires etc. qu’on avait mal étudié avant à cause du faible nombre de personnes concernées.

    Je pense que la recherche en médecine pourrait un peu plus se moderniser. On est encore sur des process très “humains” de publications de recherches, d’observations statistiques, qui sont une bonne base mais hormis les technologies d’analyse (IRM etc.) ça ressemble à ce qu’on faisait il y a 40 ans. Aujourd’hui avec l’informatique on doit pouvoir faire des simulations bien plus précises des mécanismes à l’intérieur d’un corps humain, et si on comprend l’ensemble de ces mécanismes (ce que chaque papier de la recherche tente et arrive à faire en partie, mais ce qui est très complexe à regrouper intégralement pour un humain seul dans sa tête), on doit pouvoir intégrer ces mécanismes dans une simulation et ça doit pouvoir profiter d’un aspect très collaboratif. Chaque chercheur rajoute son mécanisme et à la fin on a un corps humain simulé qui marche à peu près, hormis pour les systèmes qu’on ne sait pas simuler genre le cerveau mais on comprend le fonctionnement d’énormément de parties du corps aujourd’hui. Simplement c’est forcément difficile/impossible qu’un chercheur connaisse tout simultanément.

    C’est comme si t’avais 5000 ingénieurs qui travaillaient sur le même moteur et qu’aucun ne s’était dit “et si on faisait une simulation informatique du moteur pour être sûr qu’on parle tous de la même chose et pour que chacun puisse modifier ce moteur et tester ce que ça donne”. En avionique quand il y a un crash, ils font une simulation. C’est comme si t’avais 5000 informaticiens qui travaillaient sur le même code sans logiciel de gestion de version.

    Je pense qu’ils pourraient gagner en efficacité.

  2. Une infection peut entraîner des troubles prolongés, mais la variété des symptômes en fait une maladie complexe. Ce syndrome fait l’objet d’une intense activité de recherche, mais son origine et son ampleur ne sont pas encore pleinement compris.

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    Plus de deux ans après le début de la pandémie de Covid-19, des millions de personnes infectées par le SARS-CoV-2 présentent encore des symptômes persistants plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après avoir été infectées.

    Y voit-on plus clair sur ce qu’on appelle Covid long ? Olivier Robineau, infectiologue au centre hospitalier de Tourcoing (Nord), coordinateur de l’action Covid long à l’ANRS-Maladies infectieuses émergentes (MIE), répond sans ambages : _« On sait que ça existe, les données sont solides. Mais il y a des débats sur les mécanismes du Covid long, les causes, la prise en charge. »_ Il reste encore de nombreuses zones d’ombre.

    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a proposé, à partir de la méthode Delphi (la consultation d’un groupe d’experts), une définition en octobre 2021, et [parle plutôt d’un _« état post-Covid-19 »_,](https://www.who.int/news-room/questions-and-answers/item/coronavirus-disease-(covid-19)-post-covid-19-condition) défini comme des symptômes qui apparaissent généralement dans les trois mois suivant l’infection, et qui durent au moins deux mois. Ils ne peuvent pas être expliqués par un autre diagnostic. Souvent, cet état tranche avec l’état antérieur de la personne. Cette définition pourra évoluer en fonction de l’état des connaissances, précise l’organisation.

    _« Un champ de recherche est en train d’émerger sur les syndromes postinfectieux comme ceux qu’on peut trouver après une mononucléose ou des infections de type SRAS ou Ebola, voire certains cas de grippe. Les symptômes se recoupent »_, souligne Lisa Chakrabarti, directrice de recherche au sein de l’unité Virus et Immunité à l’Institut Pasteur.

    « Un apport rapide de connaissances »
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    La variété des symptômes en fait une maladie complexe. C’est devenu un sujet de recherche en soi. Depuis la première publication sur le sujet en septembre 2020, pas moins de 2 000 articles scientifiques ont été publiés, selon la base de données Scopus. _« Tout le monde a ressenti cette urgence de pouvoir travailler sur ce sujet. Avec le Covid, on n’a jamais vu dans la science un apport aussi rapide de connaissances, de nouveaux traitements, de vaccins. On espère que ce sera la même chose pour le Covid long, même si c’est un peu plus compliqué car nous sommes toujours à la recherche des causes physiopathologiques sous-jacentes »_, explique Mayssam Nehme, médecin cheffe de clinique dans le service de [médecine de premier recours des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)](http://www.rafael-postcovid.ch/ “Nouvelle fenêtre”).

    Pas si simple d’estimer la prévalence. Entre 10 % et 30 % des personnes ayant présenté un Covid-19 seraient concernées. Une fourchette large qui peut s’expliquer par les types de populations étudiées et la définition de la maladie, qui varie selon les travaux.

    En 2020 et 2021, dix-sept millions d’Européens ont souffert de troubles dus à un Covid long – et 145 millions dans le monde –, selon [une estimation publiée à la mi-septembre](https://www.who.int/europe/fr/news/item/13-09-2022-at-least-17-million-people-in-the-who-european-region-experienced-long-covid-in-the-first-two-years-of-the-pandemic–millions-may-have-to-live-with-it-for-years-to-come) par le bureau européen de l’OMS s’appuyant sur une analyse de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) (université de Washington). Cela représente plus de 16 % des 102,4 millions de personnes contaminées par le virus en 2020 et 2021 en Europe, précise l’OMS, qui appelle à plus de recherche. Les enfants et les adolescents sont également touchés, même si les données les concernant sont imprécises.

    L’agence Santé publique France (SpF) [a annoncé début septembre le lancement d’une étude](https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/apcovid-19-etude-nationale-sur-la-prevalence-et-l-impact-de-l-affection-post-covid-19) afin d’estimer _« la prévalence de l’affection post-Covid-19 et son impact sur le recours aux soins, la qualité de vie et la santé mentale »_. Les limites méthodologiques d’une première enquête menée auprès d’un panel de volontaires – elle mentionnait que 4 % des répondants présentaient l’affection post-Covid, _« nécessitent que ces résultats soient confirmés »_, précise SpF. Selon cette étude, plus de deux millions de personnes seraient concernées par le Covid long.

    Point positif : _« la plupart de ces symptômes se résolvent dans l’année qui suit »_, observe Olivier Robineau ; 5 % à 10 % souffriraient encore de symptômes persistants un an après l’infection aiguë, parfois très invalidants dans la vie personnelle et professionnelle, ce qui en fait pour beaucoup d’observateurs un enjeu de santé publique. Ces symptômes à long terme peuvent s’apparenter aux critères du syndrome de fatigue chronique.

    L’expression « Covid long » est d’abord apparue sur les réseaux sociaux, à travers le témoignage de patients, dans les premiers mois de 2020. Le terme _« long haulers »_ (longs courriers) est aussi utilisé, certains préférant celui de « syndrome prolongé ».

    Les facteurs de risque semblent l’âge, le fait d’être une femme, les comorbidités comme l’obésité… même si là aussi le tableau n’est pas définitif. Avoir été hospitalisé semble aussi renforcer le risque d’avoir des symptômes qui durent. Mais, selon les spécialistes, ceux-ci doivent être distingués des séquelles après une hospitalisation, notamment en réanimation.

    Ce qui renvoie à la définition de la maladie, multiforme. Fatigue, essoufflement, troubles cognitifs (perte de mémoire, difficulté de concentration, etc.) ou psychiatriques, douleurs musculaires… ces symptômes variés et plus ou moins invalidants peuvent fluctuer dans le temps. [La cohorte de patients ComPaRe](https://compare.aphp.fr/covid-long/ ) (AP-HP, université Paris-Cité), qui compte 2 500 personnes ayant des symptômes persistants après une infection par le SARS-CoV-2, a recensé plus de cinquante symptômes fin 2020, dont la plupart ne sont pas spécifiques, à part l’anosmie et l’agueusie. Les signes semblent se majorer énormément après un effort, physique ou intellectuel, certains évoquent un malaise post-effort, comme si la personne avait un niveau d’énergie limité.

    Persistance virale et inflammation
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    Bonne nouvelle, les variants BA1 et BA2 seraient moins pourvoyeurs de troubles persistants, sans certitude à ce jour sur BA5. _« Cela pourrait être lié à la vaccination, au virus qui a changé, au contexte de la pandémie moins anxiogène, reste que cette baisse est difficile à quantifier »_, explique Olivier Robineau.

    Au chapitre des causes, la persistance virale et l’inflammation sont souvent citées. _« De nombreux travaux récents démontrent parfaitement aujourd’hui que de l’ARN viral ou des fragments viraux peuvent également persister dans de très nombreux organes »_, comme indiqué dans une tribune écrite par des spécialistes, dont l’infectiologue Dominique Salmon-Ceron, parue dans [_The Conversation_](https://theconversation.com/covid-long-quen-savent-les-scientifiques-aujourdhui-179817) le 22 septembre. Des chercheurs de Harvard ont retrouvé la protéine spike du SARS-CoV-2 dans le plasma de patients et d’autres chercheurs des fragments dans l’intestin, sans que le virus soit répliqué.

    _« L’une des pistes est que la réponse immunitaire antivirale ne s’installerait pas bien lors de la primo-infection, ce qui permettrait au virus de persister à bas bruit dans des réservoirs, comme le tube digestif, ou peut-être le cerveau, ce qui reste toutefois à éclaircir »_, explique Lisa Chakrabarti. La présence de ce pathogène étranger conduirait à l’activation du système immunitaire, mais pas assez pour éliminer le virus, provoquant une sorte d’inflammation chronique qui serait délétère, à l’origine de divers symptômes.

    [L’équipe de Lisa Chakrabarti mène une recherche](https://www.anrs.fr/fr/presse/communiques-de-presse/1110/covid-long-19-projets-de-recherche-selectionnes-lors-de-la “Nouvelle fenêtre”), financée par l’ANRS et la Fondation pour la recherche médicale, qui _« explore l’hypothèse selon laquelle les lymphocytes T n’élimineraient pas assez les cellules infectées »_.

    _« Cette inflammation chronique peut toucher des organes et des tissus, avec des effets pas forcément élucidés. Cela peut affecter le système respiratoire, cardiaque, digestif, les nerfs, les capillaires sanguins, etc. »_, résume Olivier Robineau. Il a démarré un projet, appelé Coper, qui va comparer des Covids longs, des Covid sans symptômes persistants, et des témoins, en scrutant un grand nombre de protéines dans le sang.

    A la recherche d’une signature biologique, plusieurs équipes du CHU d’Angers, menées par le professeur Vincent Dubée, vont commencer des travaux avec une approche métabolomique, qui consiste à mesurer par des techniques chimiques la quantité de plusieurs centaines de substances reflétant l’activité des voies métaboliques. _« Les chercheurs vont comparer le sang des patients atteints de Covid long avec celui de patients ayant eu le Covid qui en ont guéri sans le développer, en excluant les sujets ayant des symptômes dépressifs ou anxieux marqués, dont on sait qu’ils peuvent avoir une métabolomique perturbée »_, précise Vincent Dubée.

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