Mort de Kim Jung-gi, «extraterrestre» de la bande dessinée

2 comments
  1. # Mort de Kim Jung-gi, «extraterrestre» de la bande dessinée.

    L’artiste coréen, auteur de BD, notamment avec le scénariste Jean-David Morvan, et incroyable créateur-performeur de «drawing shows» magnétiques, a succombé à une crise cardiaque lundi à Paris, où sa galerie lui consacrait une exposition. Il avait 47 ans.

    ​

    De l’exercice solitaire et claustrophobe du dessin, Kim Jung-gi a tiré une pratique presque nouvelle, un exercice de prestidigitation. Plutôt que de s’enfermer dans un studio ou un appartement pour dessiner dans son coin, créer des bandes dessinées comme les autres (enfin pas tout à fait comme les autres, vu son niveau de virtuosité), le Coréen s’y adonnait en public, devant des foules larges et toujours envoûtées. La référence aux spectacles de magie est choisie à dessein tant ses «drawing shows» exerçaient le même pouvoir de fascination nourrie d’incompréhension. Comment un type muni d’un simple pinceau pouvait s’installer devant une longue toile blanche et la transformer en fresque cyberpunk, dense et frappadingue, sans le moindre crayonné, presque sans intention ? Comme si cette main droite était devenue si habile qu’elle pouvait se passer de tout guide, laissant les formes advenir d’elles-mêmes, dans une poésie où chaque ligne en convoquait une autre. Sous ses doigts légers, [un angle](https://www.youtube.com/watch?v=MGbvhyTZXfs) pas tout à fait droit se change en pare-brise, avant de révéler une voiture désossée sur laquelle s’affairent des mécanos, eux-mêmes perdus dans une foule sur le point d’entamer une grande migration collective sur une feuille de plusieurs mètres de long. Le dessin transformé en spectacle, en communion autour d’un artiste sans filet.

    **Une renommée internationale malgré lui**

    ​

    Le truc le plus dingue étant qu’il n’y a pas de truc. Pas de truc dissimulé en coulisses, pas de brouillon si fin qu’il échappe au spectateur. Cet artiste au visage de bonze s’en remettait seulement à sa grande maîtrise et à sa concentration. «Un extraterrestre, c’est les deux mots que j’ai le plus entendus dire de la part de jeunes dessinateurs ou d’artistes confirmés lorsqu’ils regardaient Kim Jung-gi dessiner, sans crayonné, sur une feuille de plusieurs mètres de long», écrit Olivier Souillé, directeur de la galerie Daniel Maghen, qui expose l’artiste. Kim Jung-gi est mort lundi soir à Paris, emporté par une crise cardiaque. Il avait 47 ans.

    ​

    Né en 1975 dans la banlieue de Séoul, il suit un parcours académique classique et s’illustre en publiant très tôt dans les pages du Young Jump, populaire revue japonaise à destination des jeunes adultes. Quand d’autres se seraient lancés corps et âme dans cette voie, Kim Jung-gi se distingue en ne s’enfermant pas. Il enseigne, signe un autre livre avec son compatriote Seung-jin Park, avant de découvrir le «live drawing». En 2011, alors qu’il prépare une exposition pour le festival de Busan, son meilleur ami et futur manager lui suggère plutôt de dessiner en direct devant le public. Il le filme, puis met la vidéo en ligne, qui devient virale. En dix ans de carrière, celui que les éditeurs coréens refusaient de publier parce qu’il n’avait pas un style «assez coréen» accède, presque contraint et forcé, à une renommée internationale. Déjouant les frontières, il travaille aussi bien pour le Japon que pour les Américains d’Image ou de DC Comics.

    ​

    Avec le scénariste français Jean-David Morvan, lui-même grand caméléon de la bande dessinée, il débute la série Spy Games (Glénat) en 2014, thriller en forme de grande compétition de barbouzerie. «On a une trentaine de planches du second tome, mais il était tellement pris par ses illustrations que la BD passait un peu après, nous explique Jean-David Morvan. C’était vraiment ce qu’il adorait, la bande dessinée, mais c’était difficile de rivaliser avec ses drawing shows où il pouvait gagner plus d’argent en quelques jours que ce qu’on touche en un an pour un album…» Ils parviennent toutefois à se retrouver pour signer en 2016 McCurry, NY 11 septembre 2001, pour Dupuis, ouvrage composé à partir des souvenirs du photojournaliste star de l’agence Magnum. Au prix de quelques acrobaties, lorsque leur traductrice doit s’absenter deux semaines et laisse le scénariste mimer des cases à son ami qui maîtrise mal l’anglais…

Leave a Reply