“Lobby LGBT” : Un terme d’extrême droite sur France Télévisions

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  1. “Deux de nos visages ont utilisé cette expression donc, oui, le sujet est pris avec sérieux”

    **Deux personnalités de France Télévisions, Anne-Sophie Lapix et Anne-Élisabeth Lemoine, ont utilisé l’expression “lobby LGBT” dans leurs émissions en reprenant à leur compte un terme employé par l’extrême droite, en l’occurrence l’italienne Giorgia Meloni. Suscitant une levée de boucliers hors et dans France Télévisions.**

    Lundi 26 septembre, Anne-Sophie Lapix introduit, dans le journal de 20 heures de France 2, un reportage sur la victoire de la candidate italienne d’extrême droite Giorgia Meloni aux élections législatives. “Giorgia Meloni est une anti immigration anti avortement également, hostile au lobby LGBT. À quoi va ressembler l’Italie de Meloni ?”, lance-t-elle.

    Ces quelques secondes ne passent pas inaperçues. “Anne-Sophie Lapix qui balance : «Giorgia Meloni est contre le lobby LGBT» au JT de France 2. Une expression de l’extrême droite et des cathos intégristes… Ce serait bien de leur laisser”, tweete ainsi le journaliste Nils Wilke en direct.

    Le rédacteur en chef en charge du numérique de France 3 Hauts-de-France Nord Daniel Ielli découvre ainsi ce qu’il vient de se passer à l’antenne ce 26 septembre. “De suite, j’écoute le lancement d’Anne-Sophie et j’alerte le conseil d’administration de l’association”, explique à Arrêt sur images le cofondateur de l’association France·TV pour tout·e·s, créée en juin 2019 au sein du groupe audiovisuel public. Le lendemain 27 septembre, il envoie un courriel d’alerte à Laurent Guimier, le directeur de l’information de France Télévisions. “Dix minutes après, Laurent Guimier nous répondait qu’il s’était déjà saisi de l’affaire et que le dossier allait être instruit”, ajoute Daniel Ielli. L’association a également contacté Elsa Margout, la directrice des magazines. Daniel Ielli en fait ensuite part sur le compte Twitter de l’association, regrettant la “banalisation” de cette formule…

    Le reproche ne concerne pas qu’Anne-Sophie Lapix, mais aussi Anne-Elisabeth Lemoine, l’animatrice de C à vous.

    Contactée par ASI, France Télévisions confirme les échanges avec France·TV pour tout·e·s. “Deux de nos visages ont utilisé cette expression donc, oui, le sujet est pris avec sérieux”. Le groupe public, qui se dit “très attentif à l’égalité des droits” auprès d’ASI, affirme avoir fait un “rappel à la rédaction” pour “redoubler de vigilance”. Mais nuance aussi la portée de l’usage de ce “lobby LGBT” à l’antenne : “Ce sont des verbatim de la candidate italienne, il y a un effort de contextualisation à faire.”

    **UNE EXPRESSION “HOMOPHOBE” ISSUE DE L’EXTRÊME DROITE**

    Le terme “lobby LGBT” est cependant lourd de symboles. C’est “homophobe”, tranche auprès d’ASI Sylvie Tissot, professeure de science politique à l’université Paris 8. “Ça renvoie à une représentation des LGBT comme un groupe qui agirait de façon souterraine, qui mettrait en danger les principes de la démocratie, de l’ordre social et familial. C’est une vision phobique et complètement fausse”, réagit-elle vivement. “Quand on parle de lobby, on pense au lobby de la chasse, des armes, du tabac, ça renvoie à des intérêts économiques, ici on parle d’un groupe minoritaire”, ajoute-t-elle. “En convoquant l’idée que les personnes LGBTQI+, et les mouvements sociaux qu’iels animent, formeraient un groupuscule puissant, agissant dans les coulisses du pouvoir pour la mise en place d’un dangereux agenda politique, le syntagme a pour fonction d’opérer un renversement victimaire”, détaille à ASI Sara Garbagnoli, sociologue au Laboratoire d’études de genre et de sexualité. Si l’expression est stigmatisante, elle relève d’une “maladresse” dans le journal télévisé, estime de son côté auprès d’ASI le rédacteur en chef de Têtu Thomas Vampouille, plus compréhensif.

    À l’image de l’usage qu’en fait Giorgia Meloni en Italie, l’expression est très lourdement teintée politiquement. “Historiquement, quand on parle de lobby portant sur une population, comme le «lobby juif», le «lobby gay», le «lobby trans», le «lobby lgbt», cela émane d’un espace politique marqué à droite ou à l’extrême droite”, explique à ASI le sociologue du genre, de la santé et des discriminations Arnaud Alessandrin. Il estime que la reprise de ce terme dans les médias a des effets délétères sur les personnes lesbienne, gay, bi ou trans. “Cela ne crée pas seulement de la méfiance, ça inaugure un phénomène de stigmatisation, ça crée de la discrimination quand on met à l’écart un groupe, on le traite différemment. Or on assiste à un phénomène de banalisation de ces termes. On a déjà vécu cette situation avec l’islamogauchisme, avec la théorie du genre, alors qu’ils n’ont aucune véracité scientifique.”

    En France, Éric Zemmour s’est employé à banaliser ce terme, y compris lors de sa campagne présidentielle. Interpellé sur le sort qu’il réserve aux personnes LGBT sur BFMTV le 10 mars dernier, il répondait ainsi : “Nous avons un seul désaccord, qui est politique. Je considère que les LGBT sont un lobby et des gens qui essayent d’influencer la politique nationale au détriment de la majorité, qui veulent imposer leur vision du monde, au détriment de la majorité.”

    “Quand il dit ça , il explicite, il montre les ficelles de l’entourloupe, c’est bien ça qu’il cherche à insinuer dans l’esprit des gens : que les LGBT défendent des intérêts au détriment de la majorité. On est dans une accusation”, décrypte Thomas Vampouille. “C’est lui qui a le plus utilisé cette expression pendant la campagne présidentielle. Et cette expression vient de Viktor Orban en Hongrie, qui lui-même la tient de Vladimir Poutine en Russie”, complète le rédacteur en chef de Têtu. “L’expression «lobby lgbt», ainsi que ses synonymes («lobby gay», «lobby homosexualiste») ou ses retraductions exacerbées («Gaystapo», «Gayropa») sont utilisées au cours des années 2000 par une vaste galaxie hétéroclite d’acteurs, notamment anti-avortement ou d’extrême droite, qui s’opposent aux droits des personnes lgbtqi+”, précise la sociologue Sara Garbagnoli.

    **UN TERME LÉGITIMÉ PAR DES MÉDIAS**

    Comment expliquer qu’Anne-Sophie Lapix et Elisabeth Lemoine n’aient pas anticipé ces questions au moment d’évoquer la croisade anti-LGBT de Giorgia Meloni ? “On est en direct, à l’oral, c’est plus difficile de mettre des guillemets. C’est problématique mais je ne vois pas d’orchestration de quoi que ce soit derrière cette utilisation”, relativise auprès d’ASI Frédérique-Marie Lamouret, directrice de la stratégie numérique de France Télévisions… et co-présidente de France·TV pour tout·e·s. Dans la presse écrite, les guillemets sont en effet systématiquement de sortie, par exemple dans cet article du Parisien dédié aux “thèmes chers à Giorgia Meloni”.

    Concernant l’actualité liée à Meloni, seul un texte parmi ceux recensés par ASI se passe de guillemets, il a été publié dans tous les quotidiens locaux du groupe la Montagne (ici l’Yonne Républicaine) Son autrice, dont le ton est sévère envers la filiation fasciste du parti de Giorgia Meloni, n’a pour l’instant pas répondu aux sollicitations d’ASI. Jusqu’ici, le terme est surtout utilisé sans guillemets par des médias d’extrême droite comme Valeurs actuelles – interrogé sur l’utilisation de ce terme par Slate en 2018, le directeur de la rédaction Geoffroy Lejeune estimait l’expression “fourre-tout et assez pratique” en défendant “un terme neutre”.

    Est-il possible de se passer de guillemets, ou de distance, avec une telle expression, même employée afin de critiquer Meloni ? “Il y a des formules faciles à utiliser à l’oral comme le «prétendu lobby LGBT». Certes les effets sont involontaires mais on peut pousser à la discrimination de manière involontaire”, rétorque le chercheur Arnaud Alessandrin. “Véhiculer ces clivages et les notions qui les constituent veut dire contribuer, même inconsciemment, à légitimer le discours de ces acteurs et la vision du monde foncièrement anti-démocratique qui est au cœur de leur projet politique”, renchérit Sara Garbagnoli. “À force d’être répété, on a oublié l’origine de cette expression, on la banalise et c’est grave”, conclut Alessandrin.

  2. Le terme lobby est devenu pejoratif à ce point ?

    C’est ridicule, un lobby X c’est juste une organisation qui défend les intérêts X…

    Le lobby LGBT existe evidemment, et c’est une bonne chose, pas besoin de s’en offusquer.

  3. Lobby n’est pas un mot péjoratif. C’est juste un groupe de pression. Dire qu’il y a un lobby LGBT est tout à fait normal. Si en revanche ils rajoutent que ce dernier veut couper le kiki de toutes nos petites têtes blondes, là ça serait de l’extrémisme.

  4. “Lobby LGBT” est évidemment un terme péjoratif issu de l’extrême droite. Je ne comprends pas qu’il y ait débat?

  5. Le journal de France 2 s’est vachement TF1-ifié depuis quelques années, ce genre de derapage toxique c’est la consequence logique du fait de courir apres le 3eme age, public ”noyau” de la chaine

  6. mais du coup, il y a un lobby lgbt ou pas?

    on a encore le droit d’énoncer des faits dans ce pays?

    je pose juste ces questons

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