Mur de paie. En tout cas la question mérite en effet de se poser : les médias devraient rapporter les informations et ils peut être intéressant d’entendre toutes les voix mais si l’une d’entre elle est une menteuse avérée est-ce toujours juste et objectif de l’écouter? J’aurai tendance à dire que non mais s’il n’est plus là les Russes en profiteront pour dire que les médias français manipulent l’information en refusant d’écouter le porte parole de leur ambassade. Ça ressemble à un dilemme, cette question un peu.
Je pense que non, il faut continuer à l’inviter. Ces informations ne sont pas diffusées sur RT et Spoutnik, chaînes heureusement désormais interdites.
On peut espérer que la contradiction sera apportée sur les chaînes françaises (avec un doute tout de même pour CNews), même si l’exercie est effectivement dfficile en temps réel.
Poutine a un doubleur ?
Dans une guerre la propagande se fait des deux côtés.
C’est le métier du journaliste de ne pas laisser l’autre s’exprimer dans le contredire s’il a tord.
Et si les médias arrêtaient d’inviter la voix de Poutine en France??
Jonathan Bouchet-Petersen
Le porte-parole de l’ambassade de Russie, Alexander Makogonov, est un redoutable agent d’influence dont le métier est de manier fake news et propagande. Continuer à lui offrir un micro dans les médias?? La question mérite d’être posée.
Il s’appelle Alexander Makogonov. Porte-parole de l’ambassade de Russie en France, il est la voix de Poutine dans notre pays. «Bon client» car doté d’une gueule et d’un cynisme glaçants, ce diffuseur professionnel de fake news est régulièrement invité dans les matinales radio et par les chaînes d’info en continu. S’il ne refuse aucune question, chacune de ses réponses est l’occasion pour lui de déverser sa propagande décomplexée. Et pour tout dire on ressent chaque fois un malaise. Faut-il continuer de lui offrir ainsi une tribune ?
Il y a deux manières d’aborder les choses. La première consiste à affirmer qu’en démocratie, c’est la fierté d’un média libre que d’inviter tous les protagonistes d’un conflit aussi majeur que celui déclenché par la Russie en Ukraine. Il serait même d’intérêt public d’entendre Alexander Makogonov. Mais on peut aussi se demander si offrir son audience à l’agent d’influence d’une puissance ennemie de l’Europe a un autre intérêt que la recherche de l’audimat. Son métier consiste en effet à déformer le réel autant que nécessaire pour imposer le narratif du Kremlin sur la lutte de Poutine contre ces «nazis» d’Ukrainiens. Un homme qui, à chaque crime de guerre [documenté par les reporters présents au plus près du terrain] explique froidement, sourire en coin, qu’il s’agit d’une manipulation fourbe de Zelensky pour salir la Russie et exciter les Occidentaux.
Se faire l’écho des déclarations officielles des dirigeants russes est une chose, légitime et peut-être nécessaire. Mais inviter en direct Alexander Makogonov, n’est-ce pas se tirer une balle dans le pied quand la guerre de l’information est une composante du conflit?? Au printemps dernier, [la diffusion de RT et Sputnik a ainsi été coupée dans l’Union européenne]() . Car pour un mensonge diffusé à des millions de personnes sur RTL, France Info ou BFM TV, combien de lecteurs pour les articles qui démontreront que ses propos sont un tissu de faussetés balancées à dessein?? La question se poserait autrement, bien sûr, s’il s’agissait d’interviewer en ce moment Vladimir Poutine. On se souvient pourtant que les interviews de Bachar al-Assad, il y a quelques années, n’ont jamais été des démarches saluées par ses opposants. Mais de là à faire de même avec l’un des sbires du président russe, professionnel de la désinformation qui trouve forcément son compte dans ce genre d’exercice qu’il maîtrise parfaitement, il y a un pas sur lequel il faudrait peut-être revenir. Ou au moins s’interroger.
Pour suivre le conflit d’assez près, je constate que l’Ukraine ment parfois (et on est souvent plus près de sur-jouer les infos positives / sous-jouer les trucs négatifs, que du mensonge tout court). La Russie ment quasiment tout le temps. En bloc et sans aucune forme de nuance. Les pro-russes vivent littéralement dans un monde parallèle.
Les “both side” qu’on voit déjà dans les commentaires ici sont bêtes et ridicules, et c’est un peu désespérant de continuer à croiser des gens qui s’imaginent que la vérité se trouve toujours quelque part au milieu. C’est pas le cas ici.
On peut tout à fait censurer les propagateurs de mensonges pro russes, puisqu’ils n’apportent strictement rien de valable, tout en étant un minimum critique avec ce qui est communiqué côté Ukrainien.
Faire du boulot de journalisme en arrêtant le centrisme éclairé à deux balles.
La question se pose avec certain politiques et intervenant. Quand ils repondent systematiquement a côté de la question pour pousser leurs idées, je vois pas l’intérêt de les inviter non plus.
Cf damien abade hier par exemple. Tu lui poses une question sur les gens qui s’inquiètent des salaires qui suivent pas l’inflation , il te reponds “oui mais Sandrine Rousseau , LFI , les ecolos ils sont mechants. ”
A force de pas repondre au questions ou de mentir systematiquement ils devraient plus être invités sur les plateaux serieux. Juste cnews et bfm.
L’idée qu’un débat entre deux parties est utile pour que l’auditeur se fasse une opinion éclairée sur une question de société complexe est un principe très vertueux. Est-il sans limite ? Pour rappel, accessoirement, en France la liberté d’expression n’est pas sans limite. Et la limite commence d’ailleurs quand on en arrive à mettre des gens franchement en danger, grosso modo.
Il est clair qu’avec la Russie, on a affaire à un pays qui mène une guerre efficace dans l’espace informationnel. Ici, le principe que chaque partie doit s’exprimer est instrumentalisé, avec un objectif simple, atteint sans difficulté : semer le doute dans les esprits, autant que possible. Ça ne fera pas de la France un allié de la Russie, mais ça retardera des nouvelles sanctions, ou des nouvelles livraisons d’armes. Il faut voir ce que ces débats sont pour la Russie : au contraire d’être des opportunités de défendre sa position, ce sont des vecteurs pour conduire son offensive médiatique.
Autre rappel, un journaliste slovaque avait dit il y a quelque mois que si on voulait savoir quand les russes mentaient, il fallait demander aux pays qui ont vécu sous l’emprise soviétique. Eux le savent, et ce qu’ils disent, c’est que les russes mentent dès qu’ils ouvrent la bouche.
Ce n’est pas se rabaisser au niveau d’une dictature que de se protéger d’opérations de propagande intense. De la meme façon que ce nest pas etre un mauvais hôte que de refuser douvrir sa porte a quelqu’un animé sans l’ombre d’un doute d’intentions malhonnêtes ou violentes. Et il me semble que c’est un peu naïf que de placer au même plan la propagande de l’Ukraine et celle de la Russie.
cancel it !
Apparemment faut le répéter : la solution ce n’est pas moins de débat, c’est plus de débat.
Continuez à l’inviter, et invitez aussi séparément des russes critiquant la politique de Moscou, l’ambassadeur ukrainien, et des Ukrainiens critiquant la politique de Kiev.
Et critiquez ensuite les intervenants, et votre propre critique…en gros faites votre boulot de média.
11 comments
Ah bah oui tiens ! Ça serait une idée ça !
Mur de paie. En tout cas la question mérite en effet de se poser : les médias devraient rapporter les informations et ils peut être intéressant d’entendre toutes les voix mais si l’une d’entre elle est une menteuse avérée est-ce toujours juste et objectif de l’écouter? J’aurai tendance à dire que non mais s’il n’est plus là les Russes en profiteront pour dire que les médias français manipulent l’information en refusant d’écouter le porte parole de leur ambassade. Ça ressemble à un dilemme, cette question un peu.
Je pense que non, il faut continuer à l’inviter. Ces informations ne sont pas diffusées sur RT et Spoutnik, chaînes heureusement désormais interdites.
On peut espérer que la contradiction sera apportée sur les chaînes françaises (avec un doute tout de même pour CNews), même si l’exercie est effectivement dfficile en temps réel.
Poutine a un doubleur ?
Dans une guerre la propagande se fait des deux côtés.
C’est le métier du journaliste de ne pas laisser l’autre s’exprimer dans le contredire s’il a tord.
Et si les médias arrêtaient d’inviter la voix de Poutine en France??
Jonathan Bouchet-Petersen
Le porte-parole de l’ambassade de Russie, Alexander Makogonov, est un redoutable agent d’influence dont le métier est de manier fake news et propagande. Continuer à lui offrir un micro dans les médias?? La question mérite d’être posée.
Il s’appelle Alexander Makogonov. Porte-parole de l’ambassade de Russie en France, il est la voix de Poutine dans notre pays. «Bon client» car doté d’une gueule et d’un cynisme glaçants, ce diffuseur professionnel de fake news est régulièrement invité dans les matinales radio et par les chaînes d’info en continu. S’il ne refuse aucune question, chacune de ses réponses est l’occasion pour lui de déverser sa propagande décomplexée. Et pour tout dire on ressent chaque fois un malaise. Faut-il continuer de lui offrir ainsi une tribune ?
Il y a deux manières d’aborder les choses. La première consiste à affirmer qu’en démocratie, c’est la fierté d’un média libre que d’inviter tous les protagonistes d’un conflit aussi majeur que celui déclenché par la Russie en Ukraine. Il serait même d’intérêt public d’entendre Alexander Makogonov. Mais on peut aussi se demander si offrir son audience à l’agent d’influence d’une puissance ennemie de l’Europe a un autre intérêt que la recherche de l’audimat. Son métier consiste en effet à déformer le réel autant que nécessaire pour imposer le narratif du Kremlin sur la lutte de Poutine contre ces «nazis» d’Ukrainiens. Un homme qui, à chaque crime de guerre [documenté par les reporters présents au plus près du terrain] explique froidement, sourire en coin, qu’il s’agit d’une manipulation fourbe de Zelensky pour salir la Russie et exciter les Occidentaux.
Se faire l’écho des déclarations officielles des dirigeants russes est une chose, légitime et peut-être nécessaire. Mais inviter en direct Alexander Makogonov, n’est-ce pas se tirer une balle dans le pied quand la guerre de l’information est une composante du conflit?? Au printemps dernier, [la diffusion de RT et Sputnik a ainsi été coupée dans l’Union européenne]() . Car pour un mensonge diffusé à des millions de personnes sur RTL, France Info ou BFM TV, combien de lecteurs pour les articles qui démontreront que ses propos sont un tissu de faussetés balancées à dessein?? La question se poserait autrement, bien sûr, s’il s’agissait d’interviewer en ce moment Vladimir Poutine. On se souvient pourtant que les interviews de Bachar al-Assad, il y a quelques années, n’ont jamais été des démarches saluées par ses opposants. Mais de là à faire de même avec l’un des sbires du président russe, professionnel de la désinformation qui trouve forcément son compte dans ce genre d’exercice qu’il maîtrise parfaitement, il y a un pas sur lequel il faudrait peut-être revenir. Ou au moins s’interroger.
Pour suivre le conflit d’assez près, je constate que l’Ukraine ment parfois (et on est souvent plus près de sur-jouer les infos positives / sous-jouer les trucs négatifs, que du mensonge tout court). La Russie ment quasiment tout le temps. En bloc et sans aucune forme de nuance. Les pro-russes vivent littéralement dans un monde parallèle.
Les “both side” qu’on voit déjà dans les commentaires ici sont bêtes et ridicules, et c’est un peu désespérant de continuer à croiser des gens qui s’imaginent que la vérité se trouve toujours quelque part au milieu. C’est pas le cas ici.
On peut tout à fait censurer les propagateurs de mensonges pro russes, puisqu’ils n’apportent strictement rien de valable, tout en étant un minimum critique avec ce qui est communiqué côté Ukrainien.
Faire du boulot de journalisme en arrêtant le centrisme éclairé à deux balles.
La question se pose avec certain politiques et intervenant. Quand ils repondent systematiquement a côté de la question pour pousser leurs idées, je vois pas l’intérêt de les inviter non plus.
Cf damien abade hier par exemple. Tu lui poses une question sur les gens qui s’inquiètent des salaires qui suivent pas l’inflation , il te reponds “oui mais Sandrine Rousseau , LFI , les ecolos ils sont mechants. ”
A force de pas repondre au questions ou de mentir systematiquement ils devraient plus être invités sur les plateaux serieux. Juste cnews et bfm.
L’idée qu’un débat entre deux parties est utile pour que l’auditeur se fasse une opinion éclairée sur une question de société complexe est un principe très vertueux. Est-il sans limite ? Pour rappel, accessoirement, en France la liberté d’expression n’est pas sans limite. Et la limite commence d’ailleurs quand on en arrive à mettre des gens franchement en danger, grosso modo.
Il est clair qu’avec la Russie, on a affaire à un pays qui mène une guerre efficace dans l’espace informationnel. Ici, le principe que chaque partie doit s’exprimer est instrumentalisé, avec un objectif simple, atteint sans difficulté : semer le doute dans les esprits, autant que possible. Ça ne fera pas de la France un allié de la Russie, mais ça retardera des nouvelles sanctions, ou des nouvelles livraisons d’armes. Il faut voir ce que ces débats sont pour la Russie : au contraire d’être des opportunités de défendre sa position, ce sont des vecteurs pour conduire son offensive médiatique.
Autre rappel, un journaliste slovaque avait dit il y a quelque mois que si on voulait savoir quand les russes mentaient, il fallait demander aux pays qui ont vécu sous l’emprise soviétique. Eux le savent, et ce qu’ils disent, c’est que les russes mentent dès qu’ils ouvrent la bouche.
Ce n’est pas se rabaisser au niveau d’une dictature que de se protéger d’opérations de propagande intense. De la meme façon que ce nest pas etre un mauvais hôte que de refuser douvrir sa porte a quelqu’un animé sans l’ombre d’un doute d’intentions malhonnêtes ou violentes. Et il me semble que c’est un peu naïf que de placer au même plan la propagande de l’Ukraine et celle de la Russie.
cancel it !
Apparemment faut le répéter : la solution ce n’est pas moins de débat, c’est plus de débat.
Continuez à l’inviter, et invitez aussi séparément des russes critiquant la politique de Moscou, l’ambassadeur ukrainien, et des Ukrainiens critiquant la politique de Kiev.
Et critiquez ensuite les intervenants, et votre propre critique…en gros faites votre boulot de média.