# Une féministe seins nus dans une église : pour la CEDH, c’est de la politique, pas de l’exhibition
En 2013, la journaliste et militante Éloïse Bouton avait mené, seins nus, une action féministe dans une église. Elle avait été condamnée pour « exhibition sexuelle ». La Cour européenne des droits de l’homme vient de condamner la France pour « violation de la liberté d’expression ».
QuelquesQuelques jours avant Noël, le 20 décembre 2013, la journaliste et militante Éloïse Bouton, alors membre du collectif féministe Femen, était entrée dans l’église de la Madeleine, un lieu de culte emblématique de la religion catholique, situé dans le VIIIe arrondissement de Paris.
La tête [couverte d’un voile bleu](https://mobile.twitter.com/femen_france/status/413977069303783424?lang=ar-x-fm) et ceinte d’une couronne de fleurs, un morceau de foie de veau dans chaque main, elle s’était avancée devant l’autel. Elle avait la poitrine dénudée, couverte d’une inscription peinte en lettres rouges : *« 344e salope »*, une référence au [manifeste dit des « 343 salopes »](https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/5-avril-1971-le-manifeste-des-343), ces 343 femmes célèbres qui avaient déclaré avoir avorté à la une du *Nouvel Observateur* en avril 1971. Elle avait posé les mains jointes, puis les bras écartés, en silence.
Cette action, immortalisée et relayée par plusieurs médias, avait choqué certain·es catholiques. À commencer par le curé de la paroisse, qui avait déposé plainte. En 2014, Éloïse Bouton avait été condamnée à un mois de prison avec sursis pour *« exhibition sexuelle »*, un délit pénal, par le tribunal correctionnel de Paris. Une peine confirmée en appel, puis par la Cour de cassation.
En 2019, la militante avait décidé de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Ce jeudi 13 octobre, cette dernière vient de lui donner raison : [dans leur arrêt](https://hudoc.echr.coe.int/eng/#%7B%22itemid%22:%5B%22001-219707%22%5D%7D), les sept juges unanimes estiment que sa condamnation a bel et bien *« viol*[é] *»* l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme sur la liberté d’expression. Ils condamnent la France à lui verser 2 000 euros pour *« dommage moral »* et 7 800 euros de frais de justice.
Jointe par Mediapart, Éloïse Bouton se dit *« soulagée »* après neuf ans de combat judiciaire. *« La justice française n’a eu de cesse de vouloir dépolitiser mon acte. Elle a constamment estimé qu’il ne pouvait pas être politique, au prétexte que j’avais utilisé mon corps comme étendard. Si j’avais été un homme, on ne m’aurait pas poursuivie pour exhibition sexuelle. Dans notre société, le torse nu d’une femme est forcément érotisé, sexualisé. Quand des intermittents hommes se mettent nu pour protester, on ne dit pas qu’ils font de l’exhibition sexuelle ! L’arrêt de la CEDH, lui, reprend tous nos arguments : on a le droit d’être choqué, de ne pas aimer, mais c’était un acte politique. »*
*« Dans sa limpidité, l’arrêt de la CEDH est important pour les militants*, commente Tewfiq Bouzenoune, avocat d’Éloïse Bouton. *La CEDH affirme que leur action doit être protégée au titre de la liberté d’expression. Cet arrêt reconnaît par ailleurs le caractère dégradant de la condamnation de ma cliente : alors qu’elle a mené cette action pour défendre le droit des femmes à avorter, elle s’est retrouvée assimilée à une autrice d’un délit sexuel qui figure dans le Code pénal entre le viol et l’agression sexuelle… »*
Pour Tewfiq Bouzenoune, les magistrats français ont voulu punir la militante d’avoir organisé son action dans un lieu de culte. *« Éloïse Bouton*, dit-il, *a été condamnée de manière détournée pour un délit de blasphème qui n’existe pas dans notre droit. »* *« On ne pouvait pas me condamner pour blasphème, mais il fallait me faire payer. Alors la justice a trouvé ce moyen »*, estime Éloïse Bouton.
Dans leur arrêt, les juges de la CEDH se disent *« frappé*[s] *de la sévérité »* de la peine de prison avec sursis dont Éloïse Bouton a écopé. Ils estiment que la justice française n’a pas *« expos*[é] *en quoi une peine d’emprisonnement s’imposait pour garantir la protection de l’ordre public, de la morale et des droits d’autrui ».*
C’est précisément cet argument de l’*« ordre public »* que le tribunal correctionnel avait retenu contre la militante en 2014 : il avait en effet estimé que sa liberté d’expression était limitée par *« le besoin social impérieux de protéger autrui de la vue, dans un lieu de culte, d’une action exécutée à moitié dénudée que d’aucuns peuvent considérer comme choquante ».*
Cette interprétation est balayée par les juges de la CEDH : *« Une peine de prison infligée dans le cadre d’un débat politique ou d’intérêt général*, disent-ils, *n’est compatible avec la liberté d’expression* […] *que dans des circonstances exceptionnelles »*, relevant du *« discours de haine »* ou de l’*« incitation à la violence »*. Et donc pas dans le cas d’une action politique, même si elle peut être *« provocante »*.
Selon les juges de la CEDH, l’action d’Éloïse Bouton avait un *« caractère militant »*, et doit donc *« être regardée comme* […] *une performance »*, qui relève *« pleinement »* de la liberté d’expression.
*« La mise en scène* […], écrivent-ils, *avait pour but de véhiculer, dans un lieu de culte symbolique, un message relatif à un débat public et sociétal »*, en l’occurrence le recours à l’avortement et les positions de l’Église catholique. Une dimension politique dont la justice française a *« refusé de tenir compte »*, martèlent les juges de la Cour européenne.
L’arrêt de la CEDH se conclut d’ailleurs par une *« opinion »* d’une des juges, la Tchèque Katerina Šimáčková, qui, tout en se déclarant solidaire de la décision de ses collègues, va plus loin qu’eux et rejoint les arguments d’Éloïse Bouton et des féministes qui la soutiennent depuis neuf ans.
*« La vraie raison pour laquelle* [Éloïse Bouton] *a été punie était la protection des croyants et de leur liberté de conscience et de religion*, écrit-elle. *Or* […] *le droit français ne contient plus aucune interdiction de blasphème. »* À ses yeux, la punir pour *« exhibition sexuelle »*, comme l’a fait la justice française, était donc *« une sanction illégale ».* Il s’agissait bien, écrit Šimáčková, de la *« punir »* d’avoir montré ses seins nus *« à l’église ».*
Et la juge de conclure : *« La société*, écrit-elle, *admet, voire exige que le législateur discipline les femmes quant à ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas exhiber, et utilise même les outils du droit pénal pour ce faire. En effet, les femmes n’ont pas le droit d’être habillées ni trop, ni trop peu. Tout le monde est libre, mais les femmes doivent faire attention à ce qu’elles révèlent et ce qu’elles cachent. »* Au bas d’un arrêt de la CEDH, c’est un véritable plaidoyer féministe en faveur de la liberté des femmes à disposer de leur corps.
Encore heureux… je l’aime bien ma CEDH, ya pas à dire elle fait le taf
S’il on considère qu’une église est un lieu comme un autre et qu’une poitrine d’homme et de femme sont équivalentes …. La décision est normale.
Ca me semble un bon jugement.
Sauf erreur de ma part, la cours de cassation était allé dans le même sens en 2020.
Pourquoi il faut la CEDH pour faire un tel rappel à la justice de notre pays, pays des droits de l’homme ?
Vraiment pathétique.
C’est du blasphème elle est certainement possédée ! Le prêtre a même dit :
>Satan l’habite !
/s
L’exhibition sexuelle c’est pas pour les organes génitaux ? Bon je me doute que ça en a choqué certains mais je trouve ça un peu fort.
r/UpvotedBecauseBoobs
Non perso je crois que c’est pas une bonne décision. Le problème n’est pas de savoir si c’est exhibitionniste, le problème c’est qu’elle rentre dans un endroits dont elle est adverse et cherche à troubler leur activité.
Même la nudité c’est limite que ce ne soit pas un problème. Si on se pointe au travail où dans une administration à moitié nue, on risque d’avoir de sérieux ennuis.
Je me demande comment c’est passé l’affaire pour en arriver là… J’imagine que la CEDH ne traite que de points très spécifiques et que ce verdict n’est pas représentatif de toute l’affaire ?
Après, tant mieux si elle(s) ne sont pas inquiétées. Pas besoin d’envoyer des gens en prison pour leur convictions politiques.
Non, c’est plutôt de la c*nnerie…
Je ne crois pas que montrer ses seins soit de l’exhibition tout court.
11 comments
# Une féministe seins nus dans une église : pour la CEDH, c’est de la politique, pas de l’exhibition
En 2013, la journaliste et militante Éloïse Bouton avait mené, seins nus, une action féministe dans une église. Elle avait été condamnée pour « exhibition sexuelle ». La Cour européenne des droits de l’homme vient de condamner la France pour « violation de la liberté d’expression ».
QuelquesQuelques jours avant Noël, le 20 décembre 2013, la journaliste et militante Éloïse Bouton, alors membre du collectif féministe Femen, était entrée dans l’église de la Madeleine, un lieu de culte emblématique de la religion catholique, situé dans le VIIIe arrondissement de Paris.
La tête [couverte d’un voile bleu](https://mobile.twitter.com/femen_france/status/413977069303783424?lang=ar-x-fm) et ceinte d’une couronne de fleurs, un morceau de foie de veau dans chaque main, elle s’était avancée devant l’autel. Elle avait la poitrine dénudée, couverte d’une inscription peinte en lettres rouges : *« 344e salope »*, une référence au [manifeste dit des « 343 salopes »](https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/5-avril-1971-le-manifeste-des-343), ces 343 femmes célèbres qui avaient déclaré avoir avorté à la une du *Nouvel Observateur* en avril 1971. Elle avait posé les mains jointes, puis les bras écartés, en silence.
Cette action, immortalisée et relayée par plusieurs médias, avait choqué certain·es catholiques. À commencer par le curé de la paroisse, qui avait déposé plainte. En 2014, Éloïse Bouton avait été condamnée à un mois de prison avec sursis pour *« exhibition sexuelle »*, un délit pénal, par le tribunal correctionnel de Paris. Une peine confirmée en appel, puis par la Cour de cassation.
En 2019, la militante avait décidé de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Ce jeudi 13 octobre, cette dernière vient de lui donner raison : [dans leur arrêt](https://hudoc.echr.coe.int/eng/#%7B%22itemid%22:%5B%22001-219707%22%5D%7D), les sept juges unanimes estiment que sa condamnation a bel et bien *« viol*[é] *»* l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme sur la liberté d’expression. Ils condamnent la France à lui verser 2 000 euros pour *« dommage moral »* et 7 800 euros de frais de justice.
Jointe par Mediapart, Éloïse Bouton se dit *« soulagée »* après neuf ans de combat judiciaire. *« La justice française n’a eu de cesse de vouloir dépolitiser mon acte. Elle a constamment estimé qu’il ne pouvait pas être politique, au prétexte que j’avais utilisé mon corps comme étendard. Si j’avais été un homme, on ne m’aurait pas poursuivie pour exhibition sexuelle. Dans notre société, le torse nu d’une femme est forcément érotisé, sexualisé. Quand des intermittents hommes se mettent nu pour protester, on ne dit pas qu’ils font de l’exhibition sexuelle ! L’arrêt de la CEDH, lui, reprend tous nos arguments : on a le droit d’être choqué, de ne pas aimer, mais c’était un acte politique. »*
*« Dans sa limpidité, l’arrêt de la CEDH est important pour les militants*, commente Tewfiq Bouzenoune, avocat d’Éloïse Bouton. *La CEDH affirme que leur action doit être protégée au titre de la liberté d’expression. Cet arrêt reconnaît par ailleurs le caractère dégradant de la condamnation de ma cliente : alors qu’elle a mené cette action pour défendre le droit des femmes à avorter, elle s’est retrouvée assimilée à une autrice d’un délit sexuel qui figure dans le Code pénal entre le viol et l’agression sexuelle… »*
Pour Tewfiq Bouzenoune, les magistrats français ont voulu punir la militante d’avoir organisé son action dans un lieu de culte. *« Éloïse Bouton*, dit-il, *a été condamnée de manière détournée pour un délit de blasphème qui n’existe pas dans notre droit. »* *« On ne pouvait pas me condamner pour blasphème, mais il fallait me faire payer. Alors la justice a trouvé ce moyen »*, estime Éloïse Bouton.
Dans leur arrêt, les juges de la CEDH se disent *« frappé*[s] *de la sévérité »* de la peine de prison avec sursis dont Éloïse Bouton a écopé. Ils estiment que la justice française n’a pas *« expos*[é] *en quoi une peine d’emprisonnement s’imposait pour garantir la protection de l’ordre public, de la morale et des droits d’autrui ».*
C’est précisément cet argument de l’*« ordre public »* que le tribunal correctionnel avait retenu contre la militante en 2014 : il avait en effet estimé que sa liberté d’expression était limitée par *« le besoin social impérieux de protéger autrui de la vue, dans un lieu de culte, d’une action exécutée à moitié dénudée que d’aucuns peuvent considérer comme choquante ».*
Cette interprétation est balayée par les juges de la CEDH : *« Une peine de prison infligée dans le cadre d’un débat politique ou d’intérêt général*, disent-ils, *n’est compatible avec la liberté d’expression* […] *que dans des circonstances exceptionnelles »*, relevant du *« discours de haine »* ou de l’*« incitation à la violence »*. Et donc pas dans le cas d’une action politique, même si elle peut être *« provocante »*.
Selon les juges de la CEDH, l’action d’Éloïse Bouton avait un *« caractère militant »*, et doit donc *« être regardée comme* […] *une performance »*, qui relève *« pleinement »* de la liberté d’expression.
*« La mise en scène* […], écrivent-ils, *avait pour but de véhiculer, dans un lieu de culte symbolique, un message relatif à un débat public et sociétal »*, en l’occurrence le recours à l’avortement et les positions de l’Église catholique. Une dimension politique dont la justice française a *« refusé de tenir compte »*, martèlent les juges de la Cour européenne.
L’arrêt de la CEDH se conclut d’ailleurs par une *« opinion »* d’une des juges, la Tchèque Katerina Šimáčková, qui, tout en se déclarant solidaire de la décision de ses collègues, va plus loin qu’eux et rejoint les arguments d’Éloïse Bouton et des féministes qui la soutiennent depuis neuf ans.
*« La vraie raison pour laquelle* [Éloïse Bouton] *a été punie était la protection des croyants et de leur liberté de conscience et de religion*, écrit-elle. *Or* […] *le droit français ne contient plus aucune interdiction de blasphème. »* À ses yeux, la punir pour *« exhibition sexuelle »*, comme l’a fait la justice française, était donc *« une sanction illégale ».* Il s’agissait bien, écrit Šimáčková, de la *« punir »* d’avoir montré ses seins nus *« à l’église ».*
Et la juge de conclure : *« La société*, écrit-elle, *admet, voire exige que le législateur discipline les femmes quant à ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas exhiber, et utilise même les outils du droit pénal pour ce faire. En effet, les femmes n’ont pas le droit d’être habillées ni trop, ni trop peu. Tout le monde est libre, mais les femmes doivent faire attention à ce qu’elles révèlent et ce qu’elles cachent. »* Au bas d’un arrêt de la CEDH, c’est un véritable plaidoyer féministe en faveur de la liberté des femmes à disposer de leur corps.
[Mathieu Magnaudeix](https://www.mediapart.fr/biographie/mathieu-magnaudeix)
Ça paraît évident.
Encore heureux… je l’aime bien ma CEDH, ya pas à dire elle fait le taf
S’il on considère qu’une église est un lieu comme un autre et qu’une poitrine d’homme et de femme sont équivalentes …. La décision est normale.
Ca me semble un bon jugement.
Sauf erreur de ma part, la cours de cassation était allé dans le même sens en 2020.
Pourquoi il faut la CEDH pour faire un tel rappel à la justice de notre pays, pays des droits de l’homme ?
Vraiment pathétique.
C’est du blasphème elle est certainement possédée ! Le prêtre a même dit :
>Satan l’habite !
/s
L’exhibition sexuelle c’est pas pour les organes génitaux ? Bon je me doute que ça en a choqué certains mais je trouve ça un peu fort.
r/UpvotedBecauseBoobs
Non perso je crois que c’est pas une bonne décision. Le problème n’est pas de savoir si c’est exhibitionniste, le problème c’est qu’elle rentre dans un endroits dont elle est adverse et cherche à troubler leur activité.
Même la nudité c’est limite que ce ne soit pas un problème. Si on se pointe au travail où dans une administration à moitié nue, on risque d’avoir de sérieux ennuis.
Je me demande comment c’est passé l’affaire pour en arriver là… J’imagine que la CEDH ne traite que de points très spécifiques et que ce verdict n’est pas représentatif de toute l’affaire ?
Après, tant mieux si elle(s) ne sont pas inquiétées. Pas besoin d’envoyer des gens en prison pour leur convictions politiques.
Non, c’est plutôt de la c*nnerie…
Je ne crois pas que montrer ses seins soit de l’exhibition tout court.