Laïcité: dialogue de sourds entre Pap Ndiaye et des élèves de Terminale

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  1. Timides au début, les questions se succèdent. Un des (peu nombreux) garçons de la classe : « En quoi ça dérange si chacun met son signe religieux ? » Une élève enchaîne : « Ils parlaient des abayas aux informations . Mais ce n’est pas un vêtement religieux ! » Patiemment, avec conviction, la professeure de philosophie répète les fondamentaux de la laïcité, « valeur essentielle de la République », la nécessité de protéger des influences religieuses l’école, qui doit rester un « sanctuaire », le droit de critiquer une religion, voire de l’insulter, le droit au blasphème.

    Les rangs de cette classe de Terminale d’un lycée technique parisien restent sceptiques. Signe de l’appréhension que déclenchent ces sujets, le lycée où le ministre de l’Education est venu ce vendredi matin, demande expressément à ne pouvoir être identifié. L’enseignante explique « se méfier des réseaux sociaux ». L’hommage à Samuel Paty se fera donc dans un lieu anonyme. Ce qui en dit long sur le traumatisme qu’a provoqué son assassinat.

    Un bras se lève à nouveau : « Vous nous dites qu’on a le droit de critiquer une religion mais (contre cela) on a le droit de s’énerver aussi, non ? » On évoque rapidement Charlie Hebdo, les attentats. Une élève va plus loin : « Plus vous allez continuer (avec la laïcité), plus il y aura des morts. » Assis face à la classe, Pap Ndiaye réagit :« Rien ne dit que ça va continuer. On se bat contre. Et il ne faut pas reculer car sinon ce sera la victoire de ceux qui veulent la fin de la démocratie. »

    Une jeune fille reprend, sans aucune agressivité : « Je peux dire ce que je pense ? Faut pas être optimiste. » Sous-entendu, vous avez déjà perdu. Le ministre répond, cédant parfois à ses habitudes professorales : « Dans l’histoire, la République a dû faire face à des attaques d’une très grande violence. » Silence en face de lui, sa réflexion ne semble susciter aucun écho.

    *« On n’est pas très loin de l’idée que, pour les élèves, la laïcité est une injustice qui leur est faite, que c’est une contrainte »*

    « Scepticisme ». Sur la dizaine d’interventions des élèves, pas une seule pour, si ce n’est défendre, du moins partager le concept de laïcité. Le fossé est immense entre les principes, que l’enseignante, la proviseure, le recteur de l’Académie de Paris, Christophe Kerrero ou les élus présents, tentent de rappeler et la réalité de ces jeunes.

    Le cours terminé et le temps d’une pause-café, Pap Ndiaye constate ce « scepticisme » d’élèves qui n’ont « pas été entièrement convaincus ». Puis, moins euphémiste : « On n’est pas très loin de l’idée que, pour eux, la laïcité est une injustice qui leur est faite, que c’est une contrainte qui va à l’encontre de leur individualisme. » Après quatre mois au gouvernement, le ministre, qui a d’abord semblé prendre ce phénomène des atteintes à la laïcité avec distance, reconnaît « avoir évolué, notamment en raison des réseaux sociaux et des “défis” qui y sont lancés ». « J’étais plus préoccupé par les contestations des enseignements et le refus de participer à certains cours, atteintes qui, elles, sont en baisse alors que les abayas sont l’ordinaire de beaucoup d’établissements, certes concentrés dans quelques secteurs », poursuit-il.

    Bien conscient que son arrivée rue de Grenelle a été perçue comme un virage anti-Blanquer, Pap Ndiaye rectifie le tir aujourd’hui : « Je n’aurai pas la main qui tremble pour faire appliquer la loi. » Samedi, il participe à l’hommage rendu à la Sorbonne par les professeurs d’histoire-géographie à leur collègue Samuel Paty. Lundi il sera présent à l’Ecole Boulle pour une nouvelle minute de silence. « On n’avancera pas seulement avec des commémorations. C’est un travail de longue haleine. Il faut inlassablement enfoncer le clou », soupire-t-il, en aparté.

  2. Laïcité: dialogue de sourds entre Pap Ndiaye et des élèves de Terminale

    L’Opinion a assisté vendredi à la visite du ministre de l’Education nationale dans un lycée parisien où était rendu un hommage à Samuel Paty

    Par Marie-Amélie Lombard-Latune
    14 octobre 2022 à 16h4

    Timides au début, les questions se succèdent. Un des (peu nombreux) garçons de la classe : « En quoi ça dérange si chacun met son signe religieux ? » Une élève enchaîne : « Ils parlaient des abayas aux informations . Mais ce n’est pas un vêtement religieux ! » Patiemment, avec conviction, la professeure de philosophie répète les fondamentaux de la laïcité, « valeur essentielle de la République », la nécessité de protéger des influences religieuses l’école, qui doit rester un « sanctuaire », le droit de critiquer une religion, voire de l’insulter, le droit au blasphème.

    Les rangs de cette classe de Terminale d’un lycée technique parisien restent sceptiques. Signe de l’appréhension que déclenchent ces sujets, le lycée où le ministre de l’Education est venu ce vendredi matin, demande expressément à ne pouvoir être identifié. L’enseignante explique « se méfier des réseaux sociaux ». L’hommage à Samuel Paty se fera donc dans un lieu anonyme. Ce qui en dit long sur le traumatisme qu’a provoqué son assassinat.

    Un bras se lève à nouveau : « Vous nous dites qu’on a le droit de critiquer une religion mais (contre cela) on a le droit de s’énerver aussi, non ? » On évoque rapidement Charlie Hebdo, les attentats. Une élève va plus loin : « Plus vous allez continuer (avec la laïcité), plus il y aura des morts. » Assis face à la classe, Pap Ndiaye réagit :« Rien ne dit que ça va continuer. On se bat contre. Et il ne faut pas reculer car sinon ce sera la victoire de ceux qui veulent la fin de la démocratie. »

    Une jeune fille reprend, sans aucune agressivité : « Je peux dire ce que je pense ? Faut pas être optimiste. » Sous-entendu, vous avez déjà perdu. Le ministre répond, cédant parfois à ses habitudes professorales : « Dans l’histoire, la République a dû faire face à des attaques d’une très grande violence. » Silence en face de lui, sa réflexion ne semble susciter aucun écho.

    « Scepticisme ». Sur la dizaine d’interventions des élèves, pas une seule pour, si ce n’est défendre, du moins partager le concept de laïcité . Le fossé est immense entre les principes, que l’enseignante, la proviseure, le recteur de l’Académie de Paris, Christophe Kerrero ou les élus présents, tentent de rappeler et la réalité de ces jeunes.

    Le cours terminé et le temps d’une pause-café, Pap Ndiaye constate ce « scepticisme » d’élèves qui n’ont « pas été entièrement convaincus ». Puis, moins euphémiste : « On n’est pas très loin de l’idée que, pour eux, la laïcité est une injustice qui leur est faite, que c’est une contrainte qui va à l’encontre de leur individualisme. » Après quatre mois au gouvernement, le ministre, qui a d’abord semblé prendre ce phénomène des atteintes à la laïcité avec distance, reconnaît « avoir évolué, notamment en raison des réseaux sociaux et des “défis” qui y sont lancés ». « J’étais plus préoccupé par les contestations des enseignements et le refus de participer à certains cours, atteintes qui, elles, sont en baisse alors que les abayas sont l’ordinaire de beaucoup d’établissements, certes concentrés dans quelques secteurs », poursuit-il.

    Bien conscient que son arrivée rue de Grenelle a été perçue comme un virage anti-Blanquer, Pap Ndiaye rectifie le tir aujourd’hui : « Je n’aurai pas la main qui tremble pour faire appliquer la loi. » Samedi, il participe à l’hommage rendu à la Sorbonne par les professeurs d’histoire-géographie à leur collègue Samuel Paty. Lundi il sera présent à l’Ecole Boulle pour une nouvelle minute de silence. « On n’avancera pas seulement avec des commémorations. C’est un travail de longue haleine. Il faut inlassablement enfoncer le clou », soupire-t-il, en aparté.

  3. Tu lis ces articles tu as l’impression que 80% des lycéens sont croyants et notamment musulmans, c’est assez ridicule

  4. >Une élève va plus loin : « Plus vous allez continuer (avec la laïcité), plus il y aura des morts. »

    Allez hop, fichez moi tout ça

  5. Les amateurs qui pensent que parler de laïcité c’est simplement une question de conviction et que ça peut s’improviser entre le fromage et le dessert.

    Ça demande du temps, ça demande a ce que les élèves se sentent en confiance de notre jugement, ça demande de la communication pour anticiper les sujets sensibles et les aborder avec un vocabulaire qui va être compris dans sur-interprétation.

    J’aurai envie de mettre le meme du pendu : First Time?

    Bref, moi on me demande d’en parler lundi, en collège rep… Et ça va être touchy…

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