Au Musée-mémorial du terrorisme, le dilemme sur la mise en ligne des caricatures de « Charlie Hebdo »

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  1. >> Le Musée-mémorial du terrorisme (MMT) n’a pas encore de locaux, mais il a inauguré, samedi 15 octobre, sa première exposition numérique : « Faire face au terrorisme, l’exposition des collégiens et des lycéens ».

    >> « En l’état actuel des choses, nous avons privilégié la sécurité », assume le président de la mission de préfiguration du musée.

    En clair on veut bien prendre l’argent public pour un musée bidon sur le terrorisme, mais faut pas nous demander un véritable engagement, faut pas déconner!

    Un tel niveau de lâcheté et de cynisme est confondant

  2. Au Musée-mémorial du terrorisme, le dilemme sur la mise en ligne des caricatures de « Charlie Hebdo »

    Pour sa première exposition numérique réalisée en partenariat avec des collèges et des lycées, la direction a choisi, « pour raison de sécurité », de ne pas publier les dessins sur lesquels avaient travaillé des élèves.

    Le Musée-mémorial du terrorisme (MMT) n’a pas encore de locaux, mais il a inauguré, samedi 15 octobre, sa première exposition numérique : « Faire face au terrorisme, l’exposition des collégiens et des lycéens ». Les visiteurs virtuels peuvent y retrouver le fruit d’un travail collaboratif entre le MMT, qui doit ouvrir ses portes en 2027 à Suresnes (Hauts-de-Seine), l’école du Louvre et une dizaine de collèges et lycées d’Ile-de-France. Podcast, chorégraphie, musique, recueil de textes… Le site du musée expose toutes les productions d’environ 300 élèves qui ont travaillé sur des projets pédagogiques autour du terrorisme durant l’année scolaire 2021-2022.

    Toutes, à l’exception de celles qui incluaient des caricatures de Charlie Hebdo. Pour des « raisons de sécurité pour les élèves et les enseignants », explique Henry Rousso, historien et président de la mission de préfiguration du musée, le MMT a décidé de ne pas mettre en ligne sur son site les dessins sur lesquels avaient travaillé certains élèves. Deux établissements étaient concernés, selon les informations du Monde.

    Dans le premier, un lycée de l’académie de Versailles, les élèves avaient rencontré des victimes et chacun d’eux avait sélectionné un objet qui lui évoquait le terrorisme. Parmi les objets choisis : la « une » de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015, sur laquelle figure le dessin de Luz, Tout est pardonné, représentant le prophète Mahomet. Dans le second, situé à Paris, les professeurs et élèves proposaient au musée une collection imaginaire intitulée « Les arts face au terrorisme » dans laquelle ils avaient travaillé sur le dessin de Cabu Peut-on rire de tout ?

    Il leur a été annoncé, au mois de mai, alors que les productions étaient terminées et en phase de restitution, que tout ce qui concernait les caricatures ne pourrait pas faire l’objet d’une publication – possibilité qui n’avait pas été évoquée au lancement du projet. Les enseignants concernés se sont opposés, en vain, à la décision. Ils ont notamment dénoncé une excessive frilosité en contradiction avec l’esprit du musée et d’une exposition qui veut « faire face au terrorisme ».

    Complexité vertigineuse

    « Nous sommes une mission de préfiguration, nous expérimentons les problèmes au fur et à mesure qu’ils arrivent et un dilemme s’est posé à nous une fois que nous avons eu à réfléchir à la mise en ligne des caricatures », explique Henry Rousso. Faut-il publier ces projets, réalisés dans une démarche de « résilience et de résistance » au terrorisme, qui s’est attaqué par deux fois depuis 2015 – lors de l’attentat à Charlie Hebdo, puis avec l’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020 – à la liberté d’expression incarnée par les caricatures, au risque d’exposer les élèves et les enseignants aux menaces ? « En l’état actuel des choses, nous avons privilégié la sécurité », assume le président de la mission de préfiguration du musée.

    Le MMT justifie sa décision par « le risque important », au regard des « menaces qui pèsent sur le monde enseignant », d’associer les noms des établissements et des professeurs à des caricatures sur un site aussi « visible » que celui du musée. Dans l’exposition numérique, le projet altoséquanais a ainsi été mis en ligne amputé de la partie contenant la caricature. Le lycée parisien a, lui, décidé de se retirer de l’exposition.

    Aucun professeur ou partie prenante au projet ne nie la complexité vertigineuse du problème qui s’est posé. Mais « c’est une terrible illustration de ce qu’est le terrorisme », déplore Simon Fieschi, membre de l’observatoire d’orientation du MMT et rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo. Invité à rencontrer les deux classes qui travaillaient sur les caricatures, et donc partie prenante des projets au sein desquels il témoignait, il a demandé, à la suite de la décision du musée, que tout ce qui le concerne soit retiré de l’exposition. « Le travail des classes était remarquable mais la décision du musée est en contradiction avec ce contre quoi je me bats, explique-t-il. Ce n’était plus possible pour moi d’être associé à ce projet, ni à titre personnel, ni en tant que représentant de Charlie Hebdo. »

    Henry Rousso assure que le choix du musée pour cette première exposition ne présage en rien de ses décisions futures quant à l’exposition de caricatures, lorsqu’il disposera de ses propres locaux protégés, en 2027, et ne « fera pas prendre de risques à ses partenaires ».

    A la veille des commémorations des deux ans de la mort de Samuel Paty, enseignant assassiné pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression, le signal envoyé aux professeurs et à leurs élèves risque d’être lourd de symboles.

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