L’Association des entreprises privées rassemble PDG du CAC 40 et dirigeants de grands groupes familiaux. Ce lobby, qui fête ses 40 ans, défend, en coulisses, les intérêts du capitalisme hexagonal, de Bercy à Bruxelles en passant par l’Elysée. En cette période d’examen du budget à l’Assemblée nationale, il est très actif.
Tout est affaire de dosage. Versailles ? L’endroit aurait envoyé un mauvais signal. Sans parler d’un cuisant souvenir, celui du fastueux anniversaire de Carlos Ghosn, en 2014, auquel personne n’a envie d’être associé… Exit aussi l’Opéra Garnier et ses dorures. Pour représenter les grandes entreprises françaises, rassemblées dans un club très select qui fêtera mardi 18 octobre ses 40 ans d’existence, il fallait un lieu au-dessus de tout soupçon. Surtout, rien qui puisse donner l’impression d’une débauche d’argent. Ce sera donc Beaubourg. Le cinquième étage, celui des expositions, offre un écrin parfait. Dans l’assiette, même vigilance : les chefs étoilés sollicités pour les cocktails des grandes fondations françaises ont aussi été écartés au profit d’un traiteur renommé, mais moins tape-à-l’œil.
Les grands groupes tricolores sont riches, très riches même, mais savent qu’il vaut mieux éviter de le montrer. Car l’Association française des entreprises privées – prestigieux cénacle connu sous l’acronyme AFEP –, qui recevra le Tout-Paris des affaires ce soir-là, est érigée en symbole du grand capital. De fait, on y trouve tout le CAC 40, et même un peu plus : les grandes familles actionnaires, comme les Peugeot, les Mulliez, les Pinault, les Decaux, les Wendel, en sont aussi adhérentes, par l’intermédiaire de leurs holdings. En tout, une grosse centaine de groupes dont on pourrait dire qu’ils incarnent le capitalisme hexagonal.
Pour cet anniversaire, le premier à être officiellement célébré, plusieurs centaines d’invités sont attendus. Tous les grands patrons, bien sûr, mais aussi Emmanuel Macron, la première ministre Elisabeth Borne, les locataires de Bercy, Bruno Le Maire et Gabriel Attal en tête, ainsi que d’autres membres du gouvernement, comme Olivier Dussopt (travail), Clément Beaune (transports) ou Agnès Pannier-Runacher (transition énergétique). Ont aussi été conviés d’anciens ministres des finances et quantité de directeurs de Bercy, anciens et actuels.
Rien ne dit que les membres du gouvernement viendront. Pour autant, leur présence ne change pas grand-chose à la nature de la relation qu’ils entretiennent avec l’organisation. Tous ont des échanges réguliers avec elle, rarement mentionnés dans leur agenda. Nombre d’entre eux se sont déjà rendus à ses dîners ou à ses petits déjeuners où se retrouvent chaque mois une soixantaine de grands patrons pour deviser sur l’état du monde. « Le seul endroit où on en trouve une telle concentration », admet l’un d’eux. Certains ministres, comme Bruno Le Maire, demandent même à y être reçus. Ils ignorent peut-être qu’on ne demande pas à être invité à l’AFEP. C’est l’AFEP qui invite. Nuance.
En s’affichant publiquement, un homme politique s’exposerait à des accusations de connivence. Surtout en période d’examen du budget à l’Assemblée nationale. Les équipes de l’AFEP surveillent comme le lait sur le feu les discussions autour du projet de loi de finances 2023, dans l’Hémicycle depuis quelques jours. La tentation de relever les impôts est grande, tant la situation des finances publiques est tendue. Les députés veulent durcir la taxe sur les superprofits proposée par le gouvernement. Et dans une assemblée sans majorité absolue, tout peut arriver. C’est un travail de tous les instants.
A la fin de l’été, plusieurs grands patrons de l’AFEP avaient déjà dû appeler l’Elysée en urgence pour torpiller les velléités de taxation des jets privés. Mais voilà que le sujet revient dans la majorité. Il y a aussi ces députés prêts à rogner les niches fiscales, comme le précieux crédit d’impôt recherche, attaqué chaque année… Et ces 8 milliards d’euros de baisses d’impôts promises aux entreprises, que les oppositions pourraient annuler en s’alliant.
Alors, quand, fin septembre, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, a rappelé publiquement l’état désastreux des finances publiques, Bruno Le Maire a vu rouge et a immédiatement menacé de revenir sur cette promesse.
Branle-bas de combat à l’AFEP. Son président, Laurent Burelle, a profité, le 28 septembre, d’une visite d’Elisabeth Borne dans une de ses usines, chez Plastic Omnium, pour se désolidariser sur-le-champ du patron du Medef et sauver leurs baisses d’impôt…
Les deux organisations ont beau entretenir de bons rapports, elles ne veulent pas être confondues. Contrairement au Medef, qui revendique 123 000 adhérents, l’AFEP n’est pas une organisation représentative tenue de négocier avec les syndicats et ne veut surtout pas le devenir. Pour défendre ses intérêts, le jeu des partenaires sociaux, avec ce qu’il implique de postures, lui semble parfaitement inefficace.
Si l’AFEP est méconnue du grand public, c’est qu’elle déploie depuis sa naissance une énergie folle à le rester. Créée en réaction aux nationalisations de 1981, elle demeure pourtant l’un des groupes d’intérêt les plus écoutés en France. Plusieurs dirigeants de grandes entreprises ont d’ailleurs demandé à son président l’autorisation avant de parler à M. Y compris Geoffroy Roux de Bézieux, censé être le « patron des patrons ». Et toutes les personnes, une trentaine, interrogées pour cette enquête ont requis l’anonymat. « Il y a des solidarités même là où il n’y en a pas besoin », avait prévenu un dirigeant.
Car, depuis toujours, le secret de l’influence de ce lobby patronal qui refuse d’être considéré comme tel, c’est sa discrétion. Sa capacité à peser sur l’action publique sans le faire savoir. Son siège lui-même dit la volonté de ne pas se montrer : un étage anonyme au sommet d’un immeuble partagé de l’avenue Delcassé, dans le 8e arrondissement de Paris. Pas de plaque au pied du bâtiment. Un principe posé par le fondateur, Ambroise Roux, emblématique patron de la Compagnie générale d’électricité (CGE) et premier à avoir théorisé en France la notion de capitalisme d’influence. « La capacité pour les entreprises privées à jouer avec l’Etat pour mieux le manipuler », comme le résumait, il y a quelques années sur BFM-TV, l’économiste Jean-Marc Daniel à propos de celui qui fut longtemps présenté comme le « parrain » des affaires. Donner aux pouvoirs publics « l’impression [qu’on est] à la fois leur complice, leur partenaire, leur ami, tout en ayant comme objectif d’assurer un maximum de profits », poursuit l’économiste.
Dès l’origine, la méthode se montre redoutablement efficace. On prête à l’AFEP la paternité de la première loi sur les stock-options, dans les années 1980, et, à la même époque, l’invention du carry back, qui permet aux entreprises de reporter les pertes pendant plusieurs années pour ne pas payer d’impôts. Pourtant, difficile d’imaginer pire émissaire, pour le patronat, qu’Ambroise Roux. Ce conservateur, hostile au port du pantalon pour les femmes, cultive un style provocateur, ouvertement monarchiste. Presque une caricature.
Mais l’AFEP n’a jamais renié cet héritage. Mieux, elle le revendique. Laurent Burelle, 73 ans, qui préside l’organisation depuis 2017 et dirige donc le groupe industriel Plastic Omnium, a précieusement conservé dans son bureau le fauteuil en cuir du fondateur, sur lequel il a fait poser une plaque à sa mémoire. « Je suis un dynaste », lâche ce patron très vieille France que peu de gens osent contredire.
Lui-même est membre du Club des cent, interdit aux femmes, et ne tolère pas l’absence de cravate dans son entreprise. Comme Ambroise Roux, il fuit la lumière, apparaissant rarement dans les médias, mais lit tout ce qui s’écrit à son sujet. Comme lui, il entretient sa réputation de visiteur du soir du pouvoir.
« Nous ne sommes pas un syndicat, nous ne prenons pas part aux négociations, insiste Laurent Burelle. Nous sommes une association. Un peu comme le Golf de Saint-Cloud. Un club chic. » Des sept patrons qui l’ont présidée, un seul a tenté d’en faire évoluer le fonctionnement : Maurice Lévy, patron de Publicis, qui y a effectué un bref passage entre 2010 et 2012. Mais la greffe n’a pas pris. Appelé pour redorer l’image des grands patrons français, Maurice Lévy a publié, en 2011, une tribune appelant les pouvoirs publics à taxer davantage les riches. Malaise au conseil de l’association, dont l’ISF est l’un des combats existentiels. L’affaire s’est soldée par un départ fracassant du dirigeant autour d’une polémique sur sa rémunération. Publicis n’est depuis plus membre de l’AFEP.
quoi ? le patronat et le CAC 40 influenceraient et manipuleraient les politiques ? et feraient meme elire l’un des leurs ? le tout grâce a des media independants ?
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L’Association des entreprises privées rassemble PDG du CAC 40 et dirigeants de grands groupes familiaux. Ce lobby, qui fête ses 40 ans, défend, en coulisses, les intérêts du capitalisme hexagonal, de Bercy à Bruxelles en passant par l’Elysée. En cette période d’examen du budget à l’Assemblée nationale, il est très actif.
Tout est affaire de dosage. Versailles ? L’endroit aurait envoyé un mauvais signal. Sans parler d’un cuisant souvenir, celui du fastueux anniversaire de Carlos Ghosn, en 2014, auquel personne n’a envie d’être associé… Exit aussi l’Opéra Garnier et ses dorures. Pour représenter les grandes entreprises françaises, rassemblées dans un club très select qui fêtera mardi 18 octobre ses 40 ans d’existence, il fallait un lieu au-dessus de tout soupçon. Surtout, rien qui puisse donner l’impression d’une débauche d’argent. Ce sera donc Beaubourg. Le cinquième étage, celui des expositions, offre un écrin parfait. Dans l’assiette, même vigilance : les chefs étoilés sollicités pour les cocktails des grandes fondations françaises ont aussi été écartés au profit d’un traiteur renommé, mais moins tape-à-l’œil.
Les grands groupes tricolores sont riches, très riches même, mais savent qu’il vaut mieux éviter de le montrer. Car l’Association française des entreprises privées – prestigieux cénacle connu sous l’acronyme AFEP –, qui recevra le Tout-Paris des affaires ce soir-là, est érigée en symbole du grand capital. De fait, on y trouve tout le CAC 40, et même un peu plus : les grandes familles actionnaires, comme les Peugeot, les Mulliez, les Pinault, les Decaux, les Wendel, en sont aussi adhérentes, par l’intermédiaire de leurs holdings. En tout, une grosse centaine de groupes dont on pourrait dire qu’ils incarnent le capitalisme hexagonal.
Pour cet anniversaire, le premier à être officiellement célébré, plusieurs centaines d’invités sont attendus. Tous les grands patrons, bien sûr, mais aussi Emmanuel Macron, la première ministre Elisabeth Borne, les locataires de Bercy, Bruno Le Maire et Gabriel Attal en tête, ainsi que d’autres membres du gouvernement, comme Olivier Dussopt (travail), Clément Beaune (transports) ou Agnès Pannier-Runacher (transition énergétique). Ont aussi été conviés d’anciens ministres des finances et quantité de directeurs de Bercy, anciens et actuels.
Rien ne dit que les membres du gouvernement viendront. Pour autant, leur présence ne change pas grand-chose à la nature de la relation qu’ils entretiennent avec l’organisation. Tous ont des échanges réguliers avec elle, rarement mentionnés dans leur agenda. Nombre d’entre eux se sont déjà rendus à ses dîners ou à ses petits déjeuners où se retrouvent chaque mois une soixantaine de grands patrons pour deviser sur l’état du monde. « Le seul endroit où on en trouve une telle concentration », admet l’un d’eux. Certains ministres, comme Bruno Le Maire, demandent même à y être reçus. Ils ignorent peut-être qu’on ne demande pas à être invité à l’AFEP. C’est l’AFEP qui invite. Nuance.
En s’affichant publiquement, un homme politique s’exposerait à des accusations de connivence. Surtout en période d’examen du budget à l’Assemblée nationale. Les équipes de l’AFEP surveillent comme le lait sur le feu les discussions autour du projet de loi de finances 2023, dans l’Hémicycle depuis quelques jours. La tentation de relever les impôts est grande, tant la situation des finances publiques est tendue. Les députés veulent durcir la taxe sur les superprofits proposée par le gouvernement. Et dans une assemblée sans majorité absolue, tout peut arriver. C’est un travail de tous les instants.
A la fin de l’été, plusieurs grands patrons de l’AFEP avaient déjà dû appeler l’Elysée en urgence pour torpiller les velléités de taxation des jets privés. Mais voilà que le sujet revient dans la majorité. Il y a aussi ces députés prêts à rogner les niches fiscales, comme le précieux crédit d’impôt recherche, attaqué chaque année… Et ces 8 milliards d’euros de baisses d’impôts promises aux entreprises, que les oppositions pourraient annuler en s’alliant.
Alors, quand, fin septembre, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, a rappelé publiquement l’état désastreux des finances publiques, Bruno Le Maire a vu rouge et a immédiatement menacé de revenir sur cette promesse.
Branle-bas de combat à l’AFEP. Son président, Laurent Burelle, a profité, le 28 septembre, d’une visite d’Elisabeth Borne dans une de ses usines, chez Plastic Omnium, pour se désolidariser sur-le-champ du patron du Medef et sauver leurs baisses d’impôt…
Les deux organisations ont beau entretenir de bons rapports, elles ne veulent pas être confondues. Contrairement au Medef, qui revendique 123 000 adhérents, l’AFEP n’est pas une organisation représentative tenue de négocier avec les syndicats et ne veut surtout pas le devenir. Pour défendre ses intérêts, le jeu des partenaires sociaux, avec ce qu’il implique de postures, lui semble parfaitement inefficace.
Si l’AFEP est méconnue du grand public, c’est qu’elle déploie depuis sa naissance une énergie folle à le rester. Créée en réaction aux nationalisations de 1981, elle demeure pourtant l’un des groupes d’intérêt les plus écoutés en France. Plusieurs dirigeants de grandes entreprises ont d’ailleurs demandé à son président l’autorisation avant de parler à M. Y compris Geoffroy Roux de Bézieux, censé être le « patron des patrons ». Et toutes les personnes, une trentaine, interrogées pour cette enquête ont requis l’anonymat. « Il y a des solidarités même là où il n’y en a pas besoin », avait prévenu un dirigeant.
Car, depuis toujours, le secret de l’influence de ce lobby patronal qui refuse d’être considéré comme tel, c’est sa discrétion. Sa capacité à peser sur l’action publique sans le faire savoir. Son siège lui-même dit la volonté de ne pas se montrer : un étage anonyme au sommet d’un immeuble partagé de l’avenue Delcassé, dans le 8e arrondissement de Paris. Pas de plaque au pied du bâtiment. Un principe posé par le fondateur, Ambroise Roux, emblématique patron de la Compagnie générale d’électricité (CGE) et premier à avoir théorisé en France la notion de capitalisme d’influence. « La capacité pour les entreprises privées à jouer avec l’Etat pour mieux le manipuler », comme le résumait, il y a quelques années sur BFM-TV, l’économiste Jean-Marc Daniel à propos de celui qui fut longtemps présenté comme le « parrain » des affaires. Donner aux pouvoirs publics « l’impression [qu’on est] à la fois leur complice, leur partenaire, leur ami, tout en ayant comme objectif d’assurer un maximum de profits », poursuit l’économiste.
Dès l’origine, la méthode se montre redoutablement efficace. On prête à l’AFEP la paternité de la première loi sur les stock-options, dans les années 1980, et, à la même époque, l’invention du carry back, qui permet aux entreprises de reporter les pertes pendant plusieurs années pour ne pas payer d’impôts. Pourtant, difficile d’imaginer pire émissaire, pour le patronat, qu’Ambroise Roux. Ce conservateur, hostile au port du pantalon pour les femmes, cultive un style provocateur, ouvertement monarchiste. Presque une caricature.
Mais l’AFEP n’a jamais renié cet héritage. Mieux, elle le revendique. Laurent Burelle, 73 ans, qui préside l’organisation depuis 2017 et dirige donc le groupe industriel Plastic Omnium, a précieusement conservé dans son bureau le fauteuil en cuir du fondateur, sur lequel il a fait poser une plaque à sa mémoire. « Je suis un dynaste », lâche ce patron très vieille France que peu de gens osent contredire.
Lui-même est membre du Club des cent, interdit aux femmes, et ne tolère pas l’absence de cravate dans son entreprise. Comme Ambroise Roux, il fuit la lumière, apparaissant rarement dans les médias, mais lit tout ce qui s’écrit à son sujet. Comme lui, il entretient sa réputation de visiteur du soir du pouvoir.
« Nous ne sommes pas un syndicat, nous ne prenons pas part aux négociations, insiste Laurent Burelle. Nous sommes une association. Un peu comme le Golf de Saint-Cloud. Un club chic. » Des sept patrons qui l’ont présidée, un seul a tenté d’en faire évoluer le fonctionnement : Maurice Lévy, patron de Publicis, qui y a effectué un bref passage entre 2010 et 2012. Mais la greffe n’a pas pris. Appelé pour redorer l’image des grands patrons français, Maurice Lévy a publié, en 2011, une tribune appelant les pouvoirs publics à taxer davantage les riches. Malaise au conseil de l’association, dont l’ISF est l’un des combats existentiels. L’affaire s’est soldée par un départ fracassant du dirigeant autour d’une polémique sur sa rémunération. Publicis n’est depuis plus membre de l’AFEP.
quoi ? le patronat et le CAC 40 influenceraient et manipuleraient les politiques ? et feraient meme elire l’un des leurs ? le tout grâce a des media independants ?
c’est complotiste ça…