Affaire Garrido-Corbière : derrière la fausse employée maltraitée, les coulisses d’un incroyable complot politique

6 comments
  1. > **Affaire Garrido-Corbière : derrière la fausse employée maltraitée, les coulisses d’un incroyable complot politique**
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    > EXCLUSIF. L’enquête sur les fausses accusations contre le couple de députés LFI a révélé l’existence d’un coup monté visant à fausser le scrutin des législatives. L’un des proches collaborateurs de Jean-Christophe Lagarde a reconnu être celui qui se cachait derrière la pseudo-femme de ménage sans-papiers.
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    > Par Jérémie Pham-Lê et Jean-Michel Décugis 
    > Le 19 octobre 2022 à 18h46, modifié le 19 octobre 2022 à 19h16
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    > Les fausses révélations visant Raquel Garrido et Alexis Corbière cachaient bel et bien une opération politique. Une machination diabolique, mûrement réfléchie et organisée, dont l’objectif était de tromper [un journaliste du Point, Aziz Zemouri,](https://www.leparisien.fr/politique/fausses-accusations-contre-garrido-et-corbiere-le-point-met-a-pied-son-journaliste-qui-sexcuse-25-06-2022-G5EHO4U5LZFTTFUJSCTFLJ5VJU.php) pour qu’il éclabousse le couple de députés La France Insoumise (LFI) en les présentant comme d’odieux exploiteurs de la misère humaine. Avec pour but ultime : influer sur le cours des dernières élections législatives. C’est ce qui ressort des investigations réalisées par les policiers de la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), chargés de l’enquête ouverte pour « escroquerie en bande organisée », « faux et usage de faux » et « usurpation d’identité ».
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    > S’il conteste toute implication, le baron centriste Jean-Christophe Lagarde, battu en juin par Raquel Garrido dans la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis après vingt ans de règne, apparaît comme l’unique bénéficiaire de la manipulation. Les enquêteurs le soupçonnent même d’avoir eu une « position centrale » dans cette affaire, selon les termes d’un rapport d’enquête auquel nous avons eu accès. À ce stade, le patron de l’UDI n’a pas été mis en examen et reste présumé innocent. En revanche, l’un de ses plus proches collaborateurs a été formellement identifié comme l’un des artisans de la barbouzerie. En garde à vue, Rudy Succar a reconnu être celui qui se cachait derrière la pseudo-femme de ménage maltraitée par le couple LFI, dépeinte dans l’article du Point, et avoir agi à des fins politiques… Il est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire depuis le 8 septembre.
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    > **Plus qu’une « fake news » ou une erreur journalistique**
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    > Cette affaire digne d’un [kompromat](https://www.leparisien.fr/faits-divers/affaire-griveaux-cinq-minutes-pour-comprendre-la-technique-du-kompromat-16-02-2020-8260875.php) — complot visant à discréditer une personnalité — trouve son origine lorsque l’hebdomadaire Le Point publie sur son site Internet, le 22 juin dernier, un article intitulé « L’employée sans papiers de Raquel Garrido et Alexis Corbière ».[ L’auteur de l’article, Aziz Zemouri](https://www.leparisien.fr/faits-divers/fausses-accusations-contre-garrido-et-corbiere-le-journaliste-du-point-porte-plainte-contre-lagarde-et-lex-policier-noam-anouar-28-06-2022-X4Y62HSXJFHAJPK2EFLCPWXRQ4.php), spécialiste des questions de police, assure que le couple emploie une Algérienne sans papiers de 36 ans comme femme de ménage dans des conditions indignes. Soumise « à des cadences infernales », dixit l’article, cette employée appelée « Sana » aurait été contrôlée par la police quelques semaines auparavant alors qu’elle promenait les enfants du couple et aurait été contrainte de justifier sa situation administrative.
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    > Dans des messages prétendument adressés par Raquel Garrido à cette « Sana », publiés par le journal, on peut lire que celle-ci se fait réprimander lorsqu’elle réclame son salaire : « On te met un toit sur la tête, on te fait travailler donc sois t’es reconnaissante, soir, je prends quelqu’un d’autre, maintenant stop (sic) ». L’article est accablant pour des élus se disant du côté des plus faibles. Ils y sont présentés comme des « Thénardier »…
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    > Mais, très vite après la publication, le couple Garrido-Corbière dément absolument tout le contenu de l’article, y compris l’emploi de cette femme de ménage. Dans la foulée, le journaliste est contraint de reconnaître que ses informations étaient fausses. [La direction du Point](https://www.leparisien.fr/politique/fausses-accusations-contre-garrido-et-corbiere-le-directeur-du-point-evoque-un-double-enfumage-27-06-2022-M4NHTTCLSBG2BBYM5TYKFIOEJQ.php) présente ses excuses au couple et entame une procédure de licenciement d’Aziz Zemouri, lui reprochant sur le plan déontologique un manque de vérifications et de prudence.
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    > https://twitter.com/gernelle/status/1539934209892093955
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    > Mais l’enquête judiciaire va révéler que l’affaire dépasse de loin le cadre de la simple « fake news » et de l’erreur journalistique. Le 27 juin, les députés LFI déposent plainte contre « X » pour « faux et usage de faux » et contre le journaliste du Point pour « diffamation ». Situation peu orthodoxe, Aziz Zemouri va lui aussi déposer plainte contre sa source, pour « abus de confiance », expliquant avoir été manipulé par celle-ci. Et le journaliste de livrer des indices qui vont aider les enquêteurs à mettre au jour un complot qui semble avoir été ourdi par des proches de [Jean-Christophe Lagarde](https://www.leparisien.fr/faits-divers/jean-christophe-lagarde-place-en-garde-a-vue-dans-laffaire-des-fausses-accusations-contre-corbiere-et-garrido-07-09-2022-ZIDMI6JEZ5EZTILPOX4CSHWSIU.php).
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    > **Les suspicions des enquêteurs**
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    > La source en question d’Aziz Zemouri est un certain Anouar Bouhadjela, alias « Noam Anouar ». Bien connu du milieu journalistique, où sa soif de notoriété et ses prises de position polémiques suscitent parfois des méfiances, il est policier, placé en disponibilité. Longtemps en arrêt maladie, en conflit ouvert avec le ministère de l’Intérieur, ce flic au franc-parler a écrit un livre dans lequel il raconte son passé d’ancien agent du renseignement territorial et son infiltration dans les milieux islamistes. Surtout, sa reconversion professionnelle intéresse les enquêteurs : après avoir fréquenté les Insoumis via le syndicat policier Vigi, dans lequel il militait, Noam Anouar s’est rapproché de l’UDI. Au point d’être aujourd’hui détaché comme salarié de la mairie de Drancy, tenue par… Aude Lagarde, l’épouse du patron de l’UDI. Elle a succédé à Jean-Christophe Lagarde lui-même, lequel a dirigé Drancy durant seize ans avant d’être élu, pas plus tard que samedi dernier, maire adjoint.
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    > Noam Anouar a-t-il été chargé par le baron centriste de déstabiliser par voie de presse Raquel Garrido, [une rivale qui menaçait de lui ravir sa circonscription](https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/legislatives-en-seine-saint-denis-duel-sous-tension-a-drancy-ou-raquel-garrido-defie-jean-christophe-lagarde-17-06-2022-U63UDJQMVBE2PNPKOQSBCVETCM.php) ? C’est en tout cas lui qui a transmis les premières informations frelatées à Aziz Zemouri : le pseudo-contrôle de police d’une pseudo-femme de ménage exploitée par les Garrido-Corbière. Placé en garde à vue le 6 septembre à la BRDP, Noam Anouar fait usage de son droit au silence lorsque les policiers l’interrogent sur son rôle dans le cheminement de la « fake news ». De manière plus rocambolesque, le policier se retranche derrière un soi-disant statut de… journaliste pour revendiquer le droit au secret des sources et ainsi ne pas révéler aux enquêteurs de qui il détenait la fausse information. En réalité, il est chroniqueur pour Le Media, le site d’actualité fondé par l’Insoumise Sophia Chikirou…
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    > Sur un enregistrement audio aux mains des policiers, Noam Anouar assure à Aziz Zemouri qu’il ignorait que son « tuyau » était vérolé, se présentant comme un simple intermédiaire du montage. Il laisse entendre qu’il connaît la source originelle de l’information, tout en voulant protéger son identité. « On pouvait comprendre assez explicitement dans cette conversation que monsieur Bouhadjela tenait ses informations de monsieur Lagarde, écrivent les enquêteurs dans leur rapport. (…) Monsieur Lagarde semblait être la seule personne qui avait le plus grand intérêt à ce que cet article soit publié [entre les deux tours des législatives](https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/legislatives-en-seine-saint-denis-jean-christophe-lagarde-en-danger-face-a-raquel-garrido-dans-la-5e-circonscription-13-06-2022-YJHR445QVNAC3ECXNFG3DCJYLE.php) (l’article a finalement été publié après les élections). »
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    > En enquêtant sur la ligne téléphonique de Sana, la fausse femme de ménage, les policiers de la PJ vont faire une curieuse découverte. Ce numéro avait été transmis à Aziz Zemouri par le biais de Noam Anouar. Dans le cadre de la préparation de son article, le journaliste du Point n’avait jamais rencontré la fameuse employée martyre – elle avait toujours décliné les propositions de rendez-vous, se retranchant derrière sa « peur » de ses employeurs. En revanche, il avait longuement échangé avec elle par la messagerie WhatsApp. Son interlocutrice lui narrait alors sa vie chaotique chez les Garrido-Corbière, appuyant ses propos par des captures écrans d’échanges véhéments avec la députée insoumise — il s’agissait en réalité de montages grossiers remplis de fautes d’orthographe. Tout était fait pour crédibiliser l’affabulation et emporter la conviction du journaliste.
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    > « Sana » avait ainsi également transmis à Aziz Zemouri une adresse rue Léon, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où elle disait vivre et où le journaliste s’était rendu. En fait, son nom avait été inscrit au feutre sur l’une des boîtes aux lettres de l’immeuble quelques jours avant puis avait été effacé. Elle lui avait aussi envoyé une photo prise depuis l’appartement du couple Garrido-Corbière où elle disait vivre un calvaire : il s’agissait d’une ancienne image trouvée sur Internet et réalisée lors d’un shooting de l’agence de presse Sipa.

  2. >Aziz Zemouri est la première victime de ce coup monté médiatique, selon son avocat

    Hum si seulement il existait une profession qui a pour mission de se renseigner sur ses sources en vue de trier les rumeurs mensongères et les vraies info…

    D’ailleurs selon l’article il a porté plainte pour “abus de confiance”. Sauf que l’abus de confiance c’est “le fait pour une personne à qui a été remis de l’argent ou un bien, de détourner l’usage de ce bien à son profit ou pour un usage frauduleux”. Il doit y avoir un truc qui m’échappe parce que ça n’a rien à voir avec les faits.

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