« Le budget 2023 est le deuxième budget le plus austéritaire des vingt dernières années »

2 comments
  1. **Collectif Nos services publics**

    **Le collectif Nos services publics dénonce, dans une tribune au « Monde », une loi de finances qui non seulement diminue les services rendus à la population à court terme, mais grève aussi notre capacité à préparer l’avenir.**

    *Publié hier à 11h30, mis à jour hier à 12h13 Temps deLecture 3 min*

    Avons-nous la mémoire courte ou avons-nous perdu tout sens des priorités ? Il n’est pourtant pas si loin, cet été de sécheresse à la fin duquel 62 000 hectares de forêt française sont partis en fumée. Ce mois de mai pendant lequel on écarquillait les yeux devant un « job dating » de contractuels dans l’éducation nationale censé pallier le déficit d’attractivité du métier. Ces mois de juillet et août d’inquiétudes devant les fermetures des urgences, les délestages dans les maternités et l’aggravation, encore, de la crise de l’hôpital public.

    Mais la rentrée est finalement arrivée et, puisque nous avons survécu, il semble que nous ayons décidé d’avoir la vue aussi courte que la mémoire. A peine les orientations du budget de l’Etat pour 2023 étaient-elles esquissées qu’une question quasi unique a escamoté les autres : quand donc tombera l’inévitable couperet du 49.3 ? Comme si le débat public devait se réduire à la procédure parlementaire, et que les budgets votés n’avaient d’autres conséquences que des polémiques ponctuelles ou la variation des cotes de popularité.

    Nous commençons pourtant à le savoir : les transitions qui s’annoncent nécessiteront des investissements massifs et des réorientations profondes de nos modes de vie, de consommation et de production.

    Ces transitions n’auront pas lieu si elles ne sont pas organisées par la puissance publique à une vitesse et une ampleur autrement plus importantes que celles que nous avons connues par le passé. Il est temps de ne plus uniquement « accompagner » ces transitions lorsque des tensions se font jour, mais de les penser de manière que les dimensions économique, sociale, environnementale et démocratique soient étroitement imbriquées.

    **Le coût de l’inflation tout juste couvert**

    C’est à cette aune que le budget de l’Etat 2023 devrait être jugé.

    Ce budget aura un impact à court terme sur la vie de la population : si, comme le prévoit le gouvernement, vingt mille places d’hébergement d’urgence sont fermées par rapport à 2022 ; si le nombre de bénéficiaires des bourses scolaires diminue pour « compenser » budgétairement leur indexation sur l’inflation ; ou si les crédits dévolus aux emplois aidés pour les personnes les plus éloignées de l’emploi sont réduits de 65 millions d’euros.

    Il aura un impact si les fonds alloués à MaPrimeRénov’pour la rénovation thermique des bâtiments – à laquelle la Défenseure des droits a récemment dénoncé un accès extrêmement complexe – augmentent moins vite que l’inflation, alors même que les études montrent que le rythme de rénovations annuelles devrait être doublé. Il aura un impact si le point d’indice était de nouveau gelé en période d’inflation, tout comme le seraient les dotations aux collectivités qui portent la restauration scolaire, les services sociaux ou les transports en commun.

    Il faut bien considérer cette loi de finances pour ce qu’elle est : le deuxième budget le plus austéritaire des vingt dernières années. Car, une fois neutralisé l’impact de la fin des mesures exceptionnelles liées au Covid-19, les 65 milliards d’euros de dépenses supplémentaires prévues suffisent tout juste à couvrir le coût de l’inflation.

    **Quelques mois avant la crise des « gilets jaunes »**

    Une seule fois dans les deux dernières décennies, le budget des services publics aura connu restriction plus importante par rapport à l’année précédente : en 2018, quelques mois avant la crise des « gilets jaunes ».

    Alors que l’on attendait une prise de conscience, un rattrapage par rapport aux augmentations budgétaires insuffisantes des dernières années (+ 1,2 % par an en moyenne sur le dernier quinquennat), la loi de finances prévoit une augmentation douze fois moindre (+ 0,1 %), équivalente au budget le plus restrictif du mandat de Nicolas Sarkozy.

    Ce budget d’austérité aura un impact sur des tensions sociales déjà substantielles, tout comme il aura un impact à court terme sur l’état de nos services publics et donc sur la réponse aux besoins de la population, mais pas uniquement : c’est notre capacité à préparer collectivement l’avenir qui est en jeu.

    Car, et la crise d’attractivité des emplois publics en est un révélateur, les services publics connaissent aujourd’hui un cercle vicieux de départs, qui aggravent les conditions de travail, qui provoquent des départs, etc. Ils n’ont plus besoin de nouvelles coupes pour voir leur situation détériorée.

    **Les services publics menacés**

    C’est pourtant bien ces nouvelles coupes que prépare la loi de finances, autant par la stagnation historique des dépenses, qui entraînera mécaniquement un coup de rabot en cours d’exécution, que par les suppressions ou diminutions de recettes qu’il prévoit.

    Supprimer des impôts sur les entreprises – comme la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), 4,1 milliards d’euros – ou sur les ménages les plus aisés – comme la dernière tranche de la taxe d’habitation, 2,8 milliards d’euros – aura une conséquence indirecte mais néanmoins automatique : une diminution pérenne de la capacité de l’Etat à financer les services publics.

    Ce serait une erreur de considérer que les services publics ne connaissent qu’une crise passagère. Les réponses ne viendront pas d’une gestion de court terme, ni même uniquement des moyens qui leur sont alloués. L’urgence est de retrouver collectivement une vision de long terme de leur place dans notre société. A l’évidence, ce budget échoue à la dessiner.

    *Les signataires, Arnaud Bontemps, Lucie Castets et Prune Helfter-Noah, sont porte-parole du collectif Nos services publics.*

    **La préférence pour la récession**

    En faisant grimper les taux de base pour combattre l’inflation, les banques centrales prennent le risque de ralentir la croissance. L’économie française se serait bien passée d’un tel choc.

    * [« Les banques centrales organisent la récession, c’est la stratégie du pire »](https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/14/inflation-les-banques-centrales-organisent-la-recession-c-est-la-strategie-du-pire_6145834_3232.html), par Christophe Ramaux, professeur au Centre d’économie de la Sorbonne (université Paris-I), membre des Economistes atterrés.

    * [« Les efforts budgétaires considérables visant à réduire les coûts de production n’ont pas permis une réindustrialisation de la France »](https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/14/les-efforts-budgetaires-considerables-visant-a-reduire-les-couts-de-production-n-ont-pas-permis-une-reindustrialisation-de-la-france_6145838_3232.html), par Pierre-André Buigues, professeur d’économie à l’université de Toulouse, et Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS.

    * [ « L’économie française ne dispose pas des compétences nécessaires à l’accroissement de sa productivité »,](https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/14/l-economie-francaise-ne-dispose-pas-des-competences-necessaires-a-l-accroissement-de-sa-productivite_6145847_3232.html) par Xavier Jaravel, professeur d’économie à la London School of Economics.

    * [ « La décision de relever les taux d’intérêt semble d’abord dictée par le souci de tout changer pour ne pas changer »](https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/14/la-decision-de-relever-les-taux-d-interet-semble-d-abord-dictee-par-le-souci-de-tout-changer-pour-ne-pas-changer_6145826_3232.html), par Gabriel Colletis, professeur de sciences économiques à l’université Toulouse-I-Capitole.

Leave a Reply