Poids des stéréotypes, autocensure, retour en arrière… Comment la réforme du lycée a creusé les disparités entre filles et garçons dans les enseignements scientifiques

5 comments
  1. Je travaille en lycée général et je constate cette évolution. C’est incroyable le nombre de secondes filles rencontrant des difficultés en maths pour lesquelles j’ai fais du soutien scolaire avant de les voir abandonner toutes mathématiques lors du choix des spécialités en première, même lorsqu’elles se destinent à des cursus scientifiques (avec des assemblages assez étranges comme SVT / SES / Géopolitique ; Physique-Chimie / SVT / Littérature Anglaise…).

    Et pour celles qui prennent Maths en spécialité de première, la quasi-totalité abandonne l’option en terminale en faveur des Maths Complémentaires, sans épreuve finale.

    Je ne parle même pas du stress des élèves qui a explosé depuis la réforme. Le nombre d’élèves paniqués devant le choix de spécialités proposés, les éventuels changements d’établissements, l’enjeu de choisir ses bonnes études, le tri de Parcoursup…

    Tout ça me fait penser au décrié [Paradoxe de l’égalité des sexes](https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_l%27%C3%A9galit%C3%A9_des_sexes). Sans trop aller dans ce sens-là, je trouve en fait que cette surabondance des choix de spécialité incite surtout les gens, dans l’hésitation, à favoriser l’itinéraire de moindre résistance ; c’est-à-dire in fine à renforcer les stéréotypes.

    De même, car je côtoie aussi des classes préparatoires, le nombre de boursiers, filles et enfants d’ouvriers a dégringolé dans cette filière. Déjà que c’était marginal avant, là c’est exceptionnel. Autre corrélation que j’ai constaté récemment : quasiment TOUS les élèves de prépas ont des parents mariés dont l’épouse a pris le nom du mari. Tu regardes du côté des lycées, c’est pas du tout le même constat.

    L’auto-tri social pour aller en prépa, paradoxalement l’un des parcours post-bac les plus accessibles économiquement (avec souvent un hébergement en internat), a énormément augmenté.

    Et puis les élèves sont globalement plus rares à choisir cette voie, et moins bons en sciences et surtout en maths. Le constat des enseignants de prépa est unanime sur ce point.

    En définitive je trouvais cette idée des choix de spécialité pas forcément mauvaise. Au départ. Aujourd’hui je pense vraiment qu’il faudrait revenir aux sections L, ES et S. On leur trouvait un sacré lot de défauts, mais face à ceux du système actuel ça ne fonctionnait pas si mal j’ai l’impression : écroulement du niveau (j’ai eu une fois une terminale en soutien qui ne savait pas soustraire deux nombres entiers sans calculette – le calcul en question, à la fin d’un exercice de chimie, consistait à faire 120-60) ; petits lycées handicapés par le faible nombre de spés qu’ils peuvent proposer ; stress incroyable ; renforcement des inégalités et stéréotypes, on l’a vu ; triche endémique ; calendriers des épreuves complexe qui, vu le nombre de spés, oblige de multiplier le nombre d’épreuves pour une même spé et de virtuellement fermer les établissements pendant une voire deux semaine en mars ; obsolescence de la notion de classe en première et terminale, rendant entre autres le taf des professeurs principaux difficile ; emplois du temps éclatés rendant impossible d’ouvrir des clubs ou autres projets extra-scolaire à tous les élèves car il y en a toujours un quart qui a court de quelque chose quelque part, même sur le créneau du repas (en tout cas dans mon lycée de campagne contraint par les horaires des bus scolaires), etc.

  2. Dis-donc, cette réforme ça aura vraiment été une cata de bout en bout…

    Au-delà de la responsabilité de ce nouveaux fonctionnement par option, je me demande où on en est, actuellement, des modèles féminins scientifiques dans la culture populaire des jeunes. Il y en a ?

    A l’époque de mon adolescence, qui semblait pourtant peu éveillée sur ces questions, il y avait eu le fameux “effet Scully” qui avait déclenché d’innombrables carrières scientifiques chez les femmes.

    Ca avait été documenté (certes sur appel de la chaîne ayant lancé la série, qui voulait profiter de cette pub à rebours) :

    > Les femmes qui ont regardé la série ont 50% plus de chance de travailler en STIM. Par ailleurs, deux tiers des femmes interrogées –et qui travaillent dans ce domaine– ont déclaré que Scully avaient été un modèle pour elles. ([source](https://www.slate.fr/story/160579/effet-scully-x-files-carrieres-femmes))

  3. Je ne suis pas du tout de l’avis de cet article, qui sert plus de pamphlet idéologique que d’un véritable travail de fond.

    La disparité selon les sexes dans l’enseignement des sciences existe depuis bien plus longtemps que n’importe quelle réforme merdique qu’a pu pondre n’importe quel gouvernement. Et ça, c’est largement plus de la faute de la société (française, pour les autres, je connais moins bien. J’ai que des infos sur certains systèmes asiatiques.)

    Chez nous, navré mesdames, mais le poids du sexisme, c’est davantage dans la vie de tous les jours qu’en cours au collège/lycée. Une jeune fille/femme, sera toujours plus estimée en étant jolie qu’en ayant de vraies compétences, ou en ayant accompli de grandes choses. Ce genre de schéma est omniprésent dans nos vies de tous les jours (regardez nos journalistEs, nos actrices, nos artistes…). Si, à l’adolescence, on vous bombarde de cette idéologie où un beau cul prime sur une cervelle bien pleine, comment ne pas comprendre ce désamour…qui en vrai, ne dure que le temps de l’adolescence.

    Parce que justement, les jeunes femmes adultes, elles, comprennent bien vite que n’être qu’un bout de viande que se repassent les mâles, c’est pas épanouissant. Mes étudiantes, qui sont plus que les 51% dans notre fac, n’ont jamais été “découragées” d’aller dans les sciences, tout simplement parce qu’elles n’y ont jamais crû à ce mythe de la courtisane ou de la promotion canapé.

    Il y a déjà plus de femmes chez les nouveaux avocats que d’hommes (et si, le droit se rapproche nettement plus d’une science que du romantisme littéraire), chez les nouveaux médecins et on en voit de plus en plus dans tout ce qui touche au secteur bancaire (c’est pas Beaudelaire qui va aider pour les calculs de rentabilité, et autres estimations à 10 ans sur la hausse du taux d’intérêt).

    Enfin bref, c’est plus profond les causes de cette inégalité, et ce n’est sûrement pas de la faute de Blanquer (que je classe au niveau du cancrelas sur mon échelle de valeur perso). Mais quand des pseudos scientifiques s’insurgent “qu’aucun théorème ne porte le nom d’une femme”, c’est de la connerie pure et simple. Y’a pas non plus de théorème portant de nom chinois ou indien. Est ce pour autant qu’ils délaissent les maths et les sciences eux?

    On peut discuter de la pertinence des dernières réformes (que je trouve stupides), mais dire que ce sont elles qui éloignent les jeunes filles des maths, c’est n’importe quoi.

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