Inquiétante chute de l’efficacité policière en France

8 comments
  1. **Inquiétante chute de l’efficacité policière en France**

    *Leclerc, Jean-Marc*

    **DÉCRYPTAGE – Le taux de réussite des services baisse dans toutes les catégories du crime et de la délinquance. Quelle sera la bonne réforme?**

    Les forces de l’ordre auraient-elles perdu la main? Détaillant l’évolution, tant pour la police que pour la gendarmerie, du taux de réussite dans les enquêtes, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMI) affirme que, en 2019 (dernière année pleine hors Covid), les services ne parvenaient plus à élucider, après un an d’investigation, que 72 % des homicides, quand le ratio atteignait 78 % l’année précédente.

    Il est pourtant plus facile d’identifier un suspect dans une affaire de meurtre que pour un cambriolage, où l’auteur et la victime ne se connaissent pas, la plupart du temps. Pour ces vols avec effraction au domicile ou en tout lieu, le taux de réussite demeure dramatiquement bas: 8 % seulement. Soit 92 % d’échec. C’est pire que pour les OQTF, ces ordres d’expulsion de clandestins quasi impossibles à exécuter et qui font tant parler d’eux, avec le ratage de l’éloignement de la meurtrière présumée de la petite Lola.

    Dans les unités de la sécurité publique (la police des commissariats qui gère la délinquance du quotidien), le taux d’identification des suspects pour les cambriolages était rigoureusement le même qu’aujourd’hui en 2005 ou en 2006. Et pourtant, l’on pouvait espérer que l’intervention fréquente de fonctionnaires formés aux techniques de la police technique et scientifique (pour prélever empreintes et ADN) allait améliorer le service dû au public. Mirage de la «PTS de proximité».

    L’efficacité de la police? «La question est à l’ordre du jour depuis toujours!» , aurait dit de Gaulle, l’homme qui unifia la police nationale. Pour la mesurer, on peut s’appuyer sur maints indicateurs: le taux de présence sur la voie publique des agents, par exemple (qui a tendance à baisser, selon la Cour des comptes) ou bien l’évolution des temps d’intervention des agents (qui, curieusement, ne sont plus mis en avant). Le critère phare demeure le taux d’élucidation. En clair: la capacité à identifier les auteurs présumés d’infractions. Et là, rien ne va plus.

    «L’élucidation est en baisse», constate navré le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Cela justifie largement, à ses yeux, la réforme de la «départementalisation» de la police nationale, qui suscite pourtant beaucoup d’inquiétudes dans les rangs de la police judiciaire (PJ), mais aussi chez les magistrats.

    **«Travail en silo»**

    Sentant la colère monter chez les héritiers des brigades du Tigre, le premier flic de France a fini par entrer dans l’arène. Le 8 octobre, il envoyait à l’ensemble de ses troupes un courrier où il expliquait ceci: « Dans chaque département, il existe plusieurs chefs de la police – jusqu’à quatre, un pour chaque service: la sécurité publique , la police aux frontières, le renseignement territorial et enfin la PJ. Cela conduit à ce que ces différents services travaillent trop souvent en silo, générant une perte d’efficacité.» Il ajoutait: «Les taux d’élucidation sont d’ailleurs en forte diminution. Ces taux en baisse ne sont pas de la responsabilité de nos policiers, qui font un travail remarquable partout sur le territoire, quels que soient leur service, mais bien à la mauvaise organisation de la police nationale.»

    Mais de quelle élucidation parle-t-on? Un fait de délinquance est considéré comme élucidé quand la police a pu identifier le ou les auteurs présumés et que le ou les mis en cause ont pu être auditionnés. Le taux d’élucidation est donc un indicateur de performance. Il s’agit du rapport entre le nombre de faits constatés et le nombre de faits élucidés sur une période donnée. Et il est très variable selon la nature des infractions.

    Le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, a révélé, lors de son audition du 28 septembre dernier, devant les sénateurs, des chiffres sur lesquels l’exécutif ne s’était guère appesanti jusqu’à présent: «Sur la période 2010-2019, les taux d’élucidation ont baissé de manière constante et significative, quel que soit l’agrégat concerné: atteintes aux biens, atteintes aux personnes ou délinquance économique et financière: – 12 points pour les violences non crapuleuses, – 15 points pour les violences sexuelles, – 2 points pour les atteintes aux biens, qui sont déjà très faiblement élucidées, – 16 points pour les infractions économiques et financières.» Alors que, sur la même période, le niveau de la délinquance traitée par la police «a varié assez peu, avec une moyenne de 2,4 millions de faits enregistrés par an» .

    **«104 procédures par enquêteur»**

    La conclusion du «DG» est sans appel: «Cette évolution n’est donc pas la conséquence d’une augmentation du volume des faits à traiter.» Il y a bien, selon sa propre expression, «baisse de la performance» . Et cela «contribue aussi en partie à la constitution de stocks de procédures dans les services généralistes. Au mois de juin 2022, le total des procédures en portefeuille pour les services de la Direction centrale de la sécurité publique s’élevait à 1,5 million, soit une moyenne de 104 procédures par enquêteur, avec de fortes disparités selon les départements.»

    Selon l’étude du SSMSI, entre 2018 et 2019, l’élucidation des coups et blessures volontaires est passée de 67 % à 65 %. Taux qui tombe même à 58 % si l’on retire les affaires intrafamiliales, où l’auteur est forcément connu de la victime.

    Par ailleurs, l’élucidation à un an des violences sexuelles est passée de 60 % en 2018 à 56 % en 2019, très probablement à cause de l’augmentation des plaintes due à l’effet #MeToo. À l’inverse, les vols avec violence ont vu leur taux passer de 13 % à 14 %, évolution très certainement due au fait que le nombre global de ces infractions diminue tendanciellement.

    Les taux de réussite policière les plus bas demeurent ceux des vols liés aux véhicules et ceux des cambriolages, donc qui stagnent respectivement à 7 % et 8 %. Les taux des vols sans violence contre des personnes sont passés, quant à eux, de 8 % à 7 % entre 2018 et 2019. Et la résolution des affaires d’escroquerie passe de 28 % à 23 %. Pas brillant, en effet.

    Mais quelles conclusions en tirer? Gérald Darmanin estime que son projet de départementalisation de la police va vivifier la filière de l’investigation en conjuguant les talents de la PJ (5 600 spécialistes de la lutte contre la grande délinquance) avec ceux des unités d’enquête de la sécurité publique (en charge de la petite et de la moyenne délinquance). Pour un total de quelque 21 300 enquêteurs (hors préfecture de police de Paris, celle-ci échappant à ce grand mouvement).

    Difficile de savoir si la réponse est la bonne ou si elle va aggraver les choses dans le haut du spectre, en cassant une filière PJ qui fonctionnait bien, comme le redoutent les magistrats. Une chose est certaine: il va falloir se mettre autour de la table – et vite! – pour trouver la martingale. Car les chicayas du monde judiciaire ne satisfont que les voyous.

  2. Quand on voit qu’on amène des plantes dans les commissariats pour cacher la misère 3j avant qu’un ministre ne s’y déplace et qu’on rembarque les plantes après…les effectifs quand ils sont suffisamment (jamais) font ce qu’ils peuvent avec rien et de toute façon à quoi bon élucider quoi que ce soit quand de toute façon la justice ne peut pas incarcérer faute de place…

  3. Quand quelqu’un dit que la police manque de moyens, on lui rétorque souvent que le budget policier augmente. C’est vrai, mais ça ne suffit pas. On peut pomper autant de thunes et d’équipement qu’on veut dans un service, s’il est mal organisé, on n’ira nulle part.

    Surtout que je suis prêt à parier que l’augmentation du budget de la police va plutôt dans des trucs qui servent à casser du manifestant qu’à résoudre des affaires. J’ai cherché des infos dans le rapport du sénat sur le PLF l’autre jour, mais je suis pas un financier, donc je ne peux que spéculer, mais quand on voit qu’il a fallu les gilets jaunes pour que les poulets récupèrent plus d’argent…

  4. >Pour ces vols avec effraction au domicile ou en tout lieu, le taux de réussite demeure dramatiquement bas: 8 % seulement. Soit 92 % d’échec. C’est pire que pour les OQTF, ces ordres d’expulsion de clandestins quasi impossibles à exécuter et qui font tant parler d’eux, avec le ratage de l’éloignement de la meurtrière présumée de la petite Lola.

    Bande de fils de putes au figaro c’est dingue.

  5. La police délaisse ses missions utiles au profit du harcèlement des minorités, manifestants et autres activistes.

    L’efficacité c’est subjectif.

  6. 104 procédures en moyenne par policiers et on s’étonne que les enquêtes soient mal élucidées. Il y a effectivement des choses à rectifier.

    Ce dont l’article ne parle pas, ce sont :
    – des moyens limités de la police scientifique avec un nombre de prélèvements quibest restreint (https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/194000195.pdf)
    – le caractère inconstitutionnel des interceptions téléphoniques (PNIJ) depuis le 01/01/2022 (https://www.actu-juridique.fr/constitutionnel/inconstitutionnalite-des-requisitions-de-donnees-informatiques-effectuees-dans-le-cadre-des-enquetes-preliminaires-une-diffusion-contrariee-de-la-jurisprudence-europeenne/).

    Sans ADN et sans recours systématique à la téléphonie, pas étonnant que le taux d’élucidation soit bas.

  7. Mon commissariat m’a affirmé qu’ils ne font plus d’enquêtes pour les vols sans violence. Tout va bien…

Leave a Reply