Je soumets à votre sagacité les implications de cette phrase issue de l'[interview de ce matin](https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/vaccin/covid-19-le-plan-blanc-sera-probablement-national-d-ici-a-quelques-jours-affirme-olivier-veran_4874825.html) sur France-2.

>Sur le déplacement des patients atteints du Covid-19, Olivier Véran a estimé qu’il était “*difficile de transférer des malades d’une région à une autre puisqu’à l’inverse de ce qui s’était passé pendant la première vague, l’épidémie ne touche pas en particulier une région, elle est nationale, tous les territoires sont touchés*”. 
Si le ministre a avancé “*un ralentissement de la croissance épidémique*”, il a admis que la France avait “*dépassé le nombre record de diagnostics sur 24 heures : 72 000 par date de prélèvement*”.
>
>”*Nous n’avions pas connu ça depuis le début de la pandémie*”, a-t-il ajouté, avant de souligner que la mise en place de nouvelles mesures de restriction n’était pas d’actualité : “***Nous n’avons pas besoin d’imposer de restrictions puisque les Français savent comment se prémunir du virus*****.**”

Je note une différence préalable notoire entre *savoir*, et *pouvoir*. Si beaucoup *savent*, en théorie, comment se prémunir, qu’en est-il de vos moyens d’action, en dehors de votre vaccination, de votre respect de gestes barrières, qui ne font pas tout?

Quels lieux ou circonstances professionnelles, privées, se présentent, où précisément vous *sauriez* comment, mais où il vous est difficile de *pouvoir* vous prémunir, autant que vous le souhaiteriez?

Ce curieux glissement sémantique pose d’autant plus question, qu’il est assez flagrant dans les écoles, les collèges, les lycées, que l’information sur la situation dans l’établissement n’est pas formellement communiquée aux jeunes, aux professionnels, aux parents, et se lit seulement en creux à travers les absences ou les fermetures de classes, ou des bruits de couloirs.

Mes interrogations ne portent pas sur le bien-fondé de prononcer des restrictions ou pas en ce moment-même (ce serait un autre sujet), mais bien sur ce que vous inspire cette rhétorique qui permet de mon point de vue, et à bon compte, de s’exonérer de ce qui relève pourtant *aussi* de la *responsabilité* et du *rôle* de l’État, de les faire intégralement porter l’une et l’autre, de les défausser collectivement sur “*les Français*”.

Au sujet “des Français”, le ministère d’Olivier Véran, et le gouvernement en général est parfaitement informé à chaque instant du taux de respect estimé desdits gestes barrières, dans le privé comme dans le public, de l’avancée de la vaccination, des rappels, tout en étant au fait de la relative faiblesse annoncée des vaccins face à Omicron, du niveau de télétravail en entreprise et dans la fonction publique, et in fine responsables de l’assouplissement des règles dans les lieux d’enseignement (malgré le passage du protocole au niveau 3 —mais seulement en primaire).

10 comments
  1. >où précisément vous sauriez comment, mais où il vous est difficile de pouvoir vous prémunir, autant que vous le souhaiteriez?

    À peu près partout…

    Je me retrouve toujours avec quelqu’un qui s’en fout complètement du masque et des distances…

    La dernière fois j’ai du m’énerver pour que le mec sans masque derrière moi en caisse arrête d’avancer et de me coller. Je pouvais l’entendre respirer et sentir son haleine.

  2. Ils veulent pas prendre de mesures contraignantes, trop proche des élections et naturellement pas populaire.

    Donc ils font semblant de faire un truc pour pas être la cible de critiques et font appel au “bon sens commun”…

    Et au final cela servira à dire que c’est la faute des français (si on doit en arriver là). Le tout en ayant rien foutu.

    C’est la même arnaque que pour l’écologie : on dit que c’est aux gens de trier et de faire attention, alors que fondamentalement c’est sur la gueule des industriels qu’il faut taper pour leur faire changer leurs pratiques (et nous on suivra naturellement, bien entendu).

    Bref rien de nouveau sous le soleil, la bonne vieille technique de l’évitement.

  3. >Je note une différence préalable notoire entre savoir, et pouvoir. Si beaucoup savent, en théorie, comment se prémunir, qu’en est-il de vos moyens d’action, en dehors de votre vaccination, de votre respect de gestes barrières, qui ne font pas tout?

    T’encules pas un peu les mouches là? Les français savent, ils peuvent, mais ils veulent pas. Ya personne qui les empêche de garder leur masque et leurs distances, ni d’aérer les locaux. Ça les fait chier c’est tout!

  4. Il a raison : *la plupart* sait se prémunir du Covid en recevant 2 ou 3 doses de vaccin. Quant aux autres, ils ont choisi de vivre dans le risque, à ce stade on ne peut plus rien pour eux.

  5. >Quels lieux ou circonstances professionnelles, privées, se présentent, où précisément vous sauriez comment, mais où il vous est difficile de pouvoir vous prémunir, autant que vous le souhaiteriez?

    Je suis prof dans le supérieur. Au vu du taux d’incidence par tranche d’âge dans ma région, je *sais* que pour prémunir mes étudiants et moi, en ce moment, je devrais faire cours à distance.

    Mais sans une décision de ma ministre en ce sens, je *ne peux pas* passer en distanciel de ma propre initiative.

  6. « Nous n’avons pas besoin d’imposer des restrictions puisque les français savent comment prévenir le réchauffement climatique »

    C’est une vaste blague, on voit bien depuis le début de l’épidémie que la responsabilité individuelle va ne fonctionne pas.

  7. C’est surtout la différence entre savoir et vouloir qui est importante. Beaucoup de français n’en ont rien à foutre.

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