Jeux vidéo : l’âge d’or des studios français

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  1. Jeux vidéo : l’âge d’or des studios français

    Ces derniers mois, plusieurs jeux de studios de développement tricolores ont brillé à l’international. Depuis deux ans, les levées de fonds et rachats d’entreprises françaises du secteur se sont aussi démultipliés, tout particulièrement en ce qui concerne les studios. Et ce alors que l’écosystème tricolore ne cesse de se densifier.

    Par Nicolas Richaud
    Publié le 2 nov. 2022 à 07:45, Mis à jour le 2 nov. 2022 à 07:55

    C’est l’histoire d’un jeu vidéo développé par des Français (Asobo), édité par des Français (Focus Entertainment), se déroulant dans la France rurale et médiévale et qui était très attendu à l’international. A lui seul, « A Plague Tale Requiem » , sorti mi-octobre, illustre tout à la fois l’allant du jeu vidéo tricolore – à l’instar du succès surprise et colossal de « Stray » (Blue Twelve) et dans une moindre mesure de « Sifu » (Sloclap) -, et ce qui le caractérise : c’est par les studios de développement que tout commence.

    « En dix ans, on est passé de quelques milliers de personnes directement employées en France à plus de 15.000 et le nombre d’entreprises du secteur a quasiment doublé, à plus de 1.300 acteurs économiques, dont plus de 700 font du développement, souligne Julien Villedieu, délégué général du Syndicat national du jeu vidéo (SNJV). Cette hyper représentativité des studios de création est vraiment une spécificité de la France ». Asobo , Don’tnod , Shiro Games : les levées de fonds à huit chiffres de studios tricolores de développement se sont d’ailleurs multipliées ces deux dernières années, preuve de leur attrait auprès des investisseurs ou des géants de l’industrie vidéoludique.

    « Avant, le jeu vidéo français peinait à s’exporter, mais la montée en gamme des jeux et la distribution digitale leur ont fait traverser les frontières. On a aujourd’hui un large bassin de PME implantées en France qui sont rentables et font 95 % de leur chiffre d’affaires à l’étranger », expose Cédric Lagarrigue, senior advisor pour la banque d’affaires Alantra. Une attractivité qui se traduit aussi par des rachats en cascade de ces studios.
    « On découvre de nouveaux studios toutes les semaines »

    Très actif sur le front des acquisitions, l’éditeur tricolore Nacon – à la peine en Bourse actuellement -, a réalisé la majorité de ses emplettes en France ces dernières années : Cyanide, Eko Software, Spiders, Kylotonn, Midgar, Passtech, Ishtar. « On découvre de nouveaux studios toutes les semaines, confie Alain Falc, patron de Nacon. Il y a beaucoup de talents en France mais on n’est pas les seuls à les démarcher ».

    A l’été 2021, le géant européen Embracer a ainsi mis la main sur le studio DigixArt. Au printemps, le « roi » du jeu vidéo web3, Animoca Brands , a racheté Eden Games et Darewise . Il y a quelques semaines, Quantic Dream (qui réalise des blockbusters à l’instar du studio lyonnais Arkane, propriété de Microsoft) a été acquis par le chinois NetEase .

    Cette maturité de l’industrie vidéoludique tricolore se traduit aussi par la densité sans cesse accrue de l’écosystème alors que cette semaine, la Paris Games Week – l’un des grands salons du secteur dans le monde -, fait son retour, après trois ans d’absence pour cause de Covid. En 2019, les Pégase, équivalent des César du cinéma avaient vu le jour et l’an prochain, le tout nouveau Cannes Gaming Festival, à l’ambition plus internationale, se déroulera sur les plages de la Croisette. A l’autre bout du spectre, la France est aussi reconnue pour la qualité de ses développeurs-créateurs formés dans des établissements comme Isart, Rubika, Cnam-Enjmin, ou encore Gobelins.
    Ubisoft « a fait des petits »

    « La bonne santé du secteur français n’aurait pas été possible, dans ces proportions, sans Ubisoft, pointe Charles-Louis Planade, analyste financier jeu vidéo chez TP ICAP. Cela reste l’un des grands acteurs mondiaux qui a placé la France sur la carte du monde et demeure la locomotive de l’industrie tricolore ». En perte de vitesse en Bourse, où son cours est au plus bas depuis six ans, le groupe fait aussi office de centre de formation tant ses effectifs ont ruisselé aux quatre coins de la France. « C’est un peu une maison-mère qui a fait des petits », compare Yoan Fanise, ancien d’Ubisoft et PDG de DigixArt dont le jeu « Road 96 » s’est vendu à plus d’un million d’unités et a été primé cinq fois lors des derniers Pégase.

    Entre le poids lourd Ubisoft, et la flopée de studios de développement, deux éditeurs de taille intermédiaire jouent aussi un rôle pivot pour les studios français : Focus Entertainment et Nacon. « La richesse du secteur français est unique à l’échelle de l’Europe. En Italie, en Allemagne, en Espagne, c’est quasiment vide. Il n’y a que le Royaume-Uni qui donne le change avec un volume colossal de studios, relève Charles-Louis Planade. Quand Tencent fait savoir qu’il compte prendre des participations majoritaires au sein de groupes européens du secteur, cela vise essentiellement des firmes françaises ». En septembre, le numéro un mondial du secteur a d’ailleurs encore renforcé ses liens avec Ubisoft.

    La reconnaissance des studios français à l’échelle mondiale provient aussi d’une identification forte et d’une forme de « French Touch », de « A Plague Tale : Requiem » à « Steelrising » (Spiders) en passant par « Life is Strange » (Don’tnod) ou « Road 96 ». « Ce sont des jeux avec des graphisme léchés où il y a un mélange des arts et où le contenu et l’univers sont denses avec un vrai parti pris artistique et une structure narrative complexe », énumère Yoan Fanise. Un dynamisme qui a des bases solides pour perdurer. « On voit des anciens de certains grands studios français lancer leur propre structure, expose Cédric Lagarrigue. Comme Ubisoft avant eux, ces studios commencent à faire des petits ».

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