**DÉCRYPTAGE – Les spécialistes sont unanimes sur les conséquences psychologiques potentiellement graves engendrées par la prise quotidienne des transports en commun.**
19h07, un jeudi d’octobre. Un bip lancinant indique que les portes à doubles vantaux vont bientôt se refermer comme tombe un couperet. Sur le quai de la station de métro Place de Clichy, à Paris, des passagers refoulés restent massés devant les portes, poussant pour certains comme en pleine mêlée, apostrophant les passagers à l’intérieur de la rame. Le métro déborde de monde ; les corps sont comprimés, tandis que les visages, mentons relevés, impriment une détresse affligeante. Le bip expire, les portes claquent, le train repart.
La scène, qui se déroule tous les jours à Paris comme dans beaucoup de grandes villes, a de quoi rendre fou. Au sens figuré, mais aussi au sens strict. Une étude du très sérieux Office for National Statistics – l’équivalent de l’Insee outre-Manche – montre que les salariés qui se rendent au travail en transport en commun développent davantage de stress que les autres, qui viennent en voiture ou à vélo, et jusqu’à trois fois plus de stress que ceux qui s’y rendent à pied. Plus le trajet dure et plus «l’anxiété» supplante «le bien-être», conclut l’étude britannique menée sur un échantillon conséquent de 60.000 personnes, ajoutant que le bus est particulièrement anxiogène.
Thomas, ingénieur informatique d’une petite trentaine d’années, met une heure pour parcourir en RER (réseau express régional d’Île-de-France, NDLR) le trajet qui sépare son logement de son bureau. «Ce n’est pas énorme, beaucoup de Franciliens sont le même cas que moi», commente-t-il. À raison, puisque plus de la moitié des personnes qui travaillent à Paris ont un temps de trajet domicile-travail supérieur à 50 minutes, d’après l’Insee. Thomas reconnaît sans détour que ses trajets quotidiens sont générateurs d’«anxiété», de «fatigue» ou encore de «charge mentale», dit-il. «J’arrive à la gare avec la peur que mon train soit supprimé, ou bien que d’autres galères arrivent sur mon trajet», décrit l’ingénieur.
**Conséquences sur le système immunitaire**
Toutes les études s’accordent sur cette corrélation entre transports en commun et accroissement du stress. «Ce n’est pas le transport en commun qui est en lui-même facteur de stress, mais plutôt les conditions dans lesquelles bien souvent ce service s’exerce», discerne le professeur de psychologie Jérôme Dinet. Et d’énumérer : la densité de population, l’incertitude, le sentiment d’insécurité… «Un trajet dans un train ou un bus bondé, où l’on peut à tout moment vous informer d’un retard sans vous en préciser la durée, c’est très angoissant», reconnaît le psychologue.
Un mot également employé par Martin*, 24 ans, qui se refuse à prendre les transports en commun, même s’il habite en banlieue parisienne. «Pour moi, c’est très angoissant, très stressant. On se retrouve collés aux gens et il peut y avoir des mouvements de foule, sans compter les odeurs, la chaleur et le manque de propreté», confie le jeune homme, qui s’en remet au vélo et à la marche à pieds, «plus agréables», quitte à rallonger la durée de ses trajets. «Les conditions de transport présentent des facteurs anxiogènes qui peuvent constituer pour les voyageurs une réelle pénibilité et les conduire à l’usure», abonde le psychiatre Antoine Pelissolo, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil.
Au-delà du mal-être, le stress provoque de graves troubles sur la santé mentale et physique, préviennent les médecins. «Le stress agit sur le système immunitaire. Il rend l’organisme plus sensible aux maladies cardiovasculaires et aux infections », explique Antoine Pelissolo. Selon le psychiatre, « le stress favorise également la dépression et d’autres troubles psychiques». Le psychologue Jérôme Dinet ajoute que les trajets domicile-travail, en particulier s’ils s’effectuent en transport en commun, «sont devenus un facteur important du burn-out», le syndrome d’épuisement professionnel. «Les transports en ville génèrent tellement de stress qu’ils ont souvent déclenché les envies de changer de vie professionnelle lors des confinements», note Jérôme Dinet.
**Information voyageur**
Le stress dans les transports en commun est également alimenté par ce que les psychologues appellent «le sentiment d’insécurité». «Les transports en commun ne constituent pas un environnement rassurant, bien au contraire», selon le professeur de psychologie. Pour Julie*, le métro peut même s’avérer infréquentable passée une certaine heure. « La nuit, je ne me sens pas rassurée, ce n’est pas un endroit très sûr », confie-t-elle. Plus que l’insécurité, Thomas s’indigne, lui, des incivilités qu’il constate «en permanence» lors de ses trajets quotidiens. Il cite, pêle-mêle : «des gens qui hurlent au téléphone, d’autres qui regardent des vidéos sans écouteurs avec le volume à fond, certains qui mettent leurs pieds sur les sièges ou qui laissent leurs déchets». Autant de petites impolitesses qui agacent et finissent par peser lourd sur le moral.
Le diagnostic implacable des psychologues et des psychiatres ne date pas d’hier. «Depuis plusieurs années, les opérateurs de transports en commun agissent pour améliorer les conditions de trajet de leurs clients», estime le psychiatre Antoine Pelissolo, également premier adjoint au maire socialiste de Créteil. Le médecin insiste sur «l’information voyageur», facteur clé pour réduire le stress dans les transports. Une piste investie par le cabinet de conseil spécialisé Egis, qui accompagne certaines régies de transports. «Sur les lignes de TER (transport express régional, NDLR), les usagers sont désormais avertis dès l’achat de leur billet de la typologie de la rame qu’ils emprunteront : train récent ou ancien, court ou long», rapporte Noémie Bercoff, directrice générale adjointe de l’activité conseil chez Egis. Un changement qui n’a l’air de rien, mais qui participe selon la spécialiste à «réduire le stress au quotidien».
Plus globalement, le psychologue Jérôme Dinet invite les professionnels à centrer leur approche sur l’usager. «Il ne suffit pas d’encourager les gens à prendre le bus ou le train pour sauver la planète», tance-t-il, estimant même que cette injonction peut exacerber l’anxiété. Noémie Bercoff renchérit en expliquant que, pour baisser la jauge de stress, l’approche des sociétés de transport doit être centrée sur les usagers les plus vulnérables. Tous ceux que Jérôme Dinet appelle les «empêchés», au premier rang desquels les personnes à mobilité réduite et celles «qui souffrent de déficiences intellectuelles». Pour elles, «les difficultés sont démultipliées», rappelle le psychologue.
Le bullshit job au bout dudit trajet infernal peut aussi être une cause d’anxiété.
Bé faut dire qu’entre les gens qui entrent tout bourrés dans le bus et manquent de renverser des passagers parce qu’ils tiennent pas debout en criant I WUNNA SIT pour ensuite passer le trajet à gueuler de la merde et chanter Bob Marley comme un âne et de finir par jeter leur épis de maïs par terre en lâchant I DONT EAT THIS SHIT (d’ailleurs il parlait français le gonze), ceux qui manquent de te foutre un gnon parce qu’ils galèrent avec leurs sacs parce qu’ils sont pas foutus de mettre leur téléphone dans la poche, les tocards qui n’utilisent pas d’écouteurs, qui se gueulent dessus pour rien, qui gueulent sur les conducteurs pour rien, qui bourrent pour entrer dans l’bus alors qu’il n’y a plus de place (“oh non les portes se ferment sur ma gueule”), ceux qui laissent leur merde sur les sièges, ceux qui vomissent dans le métro parce qu’ils savent pas boire, les harceleurs, les toucheurs, et j’en passe…
Ajouter le service qui laisse à désirer (malgré les conducteurs qui en chient autant que nous), les longs couloirs tristes et froids du métro parisien, et les problèmes sur les lignes RER et TER.
Donc ouais, rien d’étonnant à ce que les gens qui vivent tout ça tous les jours pètent les plombs.
Ah bah oui prendre la voiture c’est vachement mieux! /s
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**DÉCRYPTAGE – Les spécialistes sont unanimes sur les conséquences psychologiques potentiellement graves engendrées par la prise quotidienne des transports en commun.**
19h07, un jeudi d’octobre. Un bip lancinant indique que les portes à doubles vantaux vont bientôt se refermer comme tombe un couperet. Sur le quai de la station de métro Place de Clichy, à Paris, des passagers refoulés restent massés devant les portes, poussant pour certains comme en pleine mêlée, apostrophant les passagers à l’intérieur de la rame. Le métro déborde de monde ; les corps sont comprimés, tandis que les visages, mentons relevés, impriment une détresse affligeante. Le bip expire, les portes claquent, le train repart.
La scène, qui se déroule tous les jours à Paris comme dans beaucoup de grandes villes, a de quoi rendre fou. Au sens figuré, mais aussi au sens strict. Une étude du très sérieux Office for National Statistics – l’équivalent de l’Insee outre-Manche – montre que les salariés qui se rendent au travail en transport en commun développent davantage de stress que les autres, qui viennent en voiture ou à vélo, et jusqu’à trois fois plus de stress que ceux qui s’y rendent à pied. Plus le trajet dure et plus «l’anxiété» supplante «le bien-être», conclut l’étude britannique menée sur un échantillon conséquent de 60.000 personnes, ajoutant que le bus est particulièrement anxiogène.
Thomas, ingénieur informatique d’une petite trentaine d’années, met une heure pour parcourir en RER (réseau express régional d’Île-de-France, NDLR) le trajet qui sépare son logement de son bureau. «Ce n’est pas énorme, beaucoup de Franciliens sont le même cas que moi», commente-t-il. À raison, puisque plus de la moitié des personnes qui travaillent à Paris ont un temps de trajet domicile-travail supérieur à 50 minutes, d’après l’Insee. Thomas reconnaît sans détour que ses trajets quotidiens sont générateurs d’«anxiété», de «fatigue» ou encore de «charge mentale», dit-il. «J’arrive à la gare avec la peur que mon train soit supprimé, ou bien que d’autres galères arrivent sur mon trajet», décrit l’ingénieur.
**Conséquences sur le système immunitaire**
Toutes les études s’accordent sur cette corrélation entre transports en commun et accroissement du stress. «Ce n’est pas le transport en commun qui est en lui-même facteur de stress, mais plutôt les conditions dans lesquelles bien souvent ce service s’exerce», discerne le professeur de psychologie Jérôme Dinet. Et d’énumérer : la densité de population, l’incertitude, le sentiment d’insécurité… «Un trajet dans un train ou un bus bondé, où l’on peut à tout moment vous informer d’un retard sans vous en préciser la durée, c’est très angoissant», reconnaît le psychologue.
Un mot également employé par Martin*, 24 ans, qui se refuse à prendre les transports en commun, même s’il habite en banlieue parisienne. «Pour moi, c’est très angoissant, très stressant. On se retrouve collés aux gens et il peut y avoir des mouvements de foule, sans compter les odeurs, la chaleur et le manque de propreté», confie le jeune homme, qui s’en remet au vélo et à la marche à pieds, «plus agréables», quitte à rallonger la durée de ses trajets. «Les conditions de transport présentent des facteurs anxiogènes qui peuvent constituer pour les voyageurs une réelle pénibilité et les conduire à l’usure», abonde le psychiatre Antoine Pelissolo, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil.
Au-delà du mal-être, le stress provoque de graves troubles sur la santé mentale et physique, préviennent les médecins. «Le stress agit sur le système immunitaire. Il rend l’organisme plus sensible aux maladies cardiovasculaires et aux infections », explique Antoine Pelissolo. Selon le psychiatre, « le stress favorise également la dépression et d’autres troubles psychiques». Le psychologue Jérôme Dinet ajoute que les trajets domicile-travail, en particulier s’ils s’effectuent en transport en commun, «sont devenus un facteur important du burn-out», le syndrome d’épuisement professionnel. «Les transports en ville génèrent tellement de stress qu’ils ont souvent déclenché les envies de changer de vie professionnelle lors des confinements», note Jérôme Dinet.
**Information voyageur**
Le stress dans les transports en commun est également alimenté par ce que les psychologues appellent «le sentiment d’insécurité». «Les transports en commun ne constituent pas un environnement rassurant, bien au contraire», selon le professeur de psychologie. Pour Julie*, le métro peut même s’avérer infréquentable passée une certaine heure. « La nuit, je ne me sens pas rassurée, ce n’est pas un endroit très sûr », confie-t-elle. Plus que l’insécurité, Thomas s’indigne, lui, des incivilités qu’il constate «en permanence» lors de ses trajets quotidiens. Il cite, pêle-mêle : «des gens qui hurlent au téléphone, d’autres qui regardent des vidéos sans écouteurs avec le volume à fond, certains qui mettent leurs pieds sur les sièges ou qui laissent leurs déchets». Autant de petites impolitesses qui agacent et finissent par peser lourd sur le moral.
Le diagnostic implacable des psychologues et des psychiatres ne date pas d’hier. «Depuis plusieurs années, les opérateurs de transports en commun agissent pour améliorer les conditions de trajet de leurs clients», estime le psychiatre Antoine Pelissolo, également premier adjoint au maire socialiste de Créteil. Le médecin insiste sur «l’information voyageur», facteur clé pour réduire le stress dans les transports. Une piste investie par le cabinet de conseil spécialisé Egis, qui accompagne certaines régies de transports. «Sur les lignes de TER (transport express régional, NDLR), les usagers sont désormais avertis dès l’achat de leur billet de la typologie de la rame qu’ils emprunteront : train récent ou ancien, court ou long», rapporte Noémie Bercoff, directrice générale adjointe de l’activité conseil chez Egis. Un changement qui n’a l’air de rien, mais qui participe selon la spécialiste à «réduire le stress au quotidien».
Plus globalement, le psychologue Jérôme Dinet invite les professionnels à centrer leur approche sur l’usager. «Il ne suffit pas d’encourager les gens à prendre le bus ou le train pour sauver la planète», tance-t-il, estimant même que cette injonction peut exacerber l’anxiété. Noémie Bercoff renchérit en expliquant que, pour baisser la jauge de stress, l’approche des sociétés de transport doit être centrée sur les usagers les plus vulnérables. Tous ceux que Jérôme Dinet appelle les «empêchés», au premier rang desquels les personnes à mobilité réduite et celles «qui souffrent de déficiences intellectuelles». Pour elles, «les difficultés sont démultipliées», rappelle le psychologue.
Le bullshit job au bout dudit trajet infernal peut aussi être une cause d’anxiété.
Bé faut dire qu’entre les gens qui entrent tout bourrés dans le bus et manquent de renverser des passagers parce qu’ils tiennent pas debout en criant I WUNNA SIT pour ensuite passer le trajet à gueuler de la merde et chanter Bob Marley comme un âne et de finir par jeter leur épis de maïs par terre en lâchant I DONT EAT THIS SHIT (d’ailleurs il parlait français le gonze), ceux qui manquent de te foutre un gnon parce qu’ils galèrent avec leurs sacs parce qu’ils sont pas foutus de mettre leur téléphone dans la poche, les tocards qui n’utilisent pas d’écouteurs, qui se gueulent dessus pour rien, qui gueulent sur les conducteurs pour rien, qui bourrent pour entrer dans l’bus alors qu’il n’y a plus de place (“oh non les portes se ferment sur ma gueule”), ceux qui laissent leur merde sur les sièges, ceux qui vomissent dans le métro parce qu’ils savent pas boire, les harceleurs, les toucheurs, et j’en passe…
Ajouter le service qui laisse à désirer (malgré les conducteurs qui en chient autant que nous), les longs couloirs tristes et froids du métro parisien, et les problèmes sur les lignes RER et TER.
Donc ouais, rien d’étonnant à ce que les gens qui vivent tout ça tous les jours pètent les plombs.
Ah bah oui prendre la voiture c’est vachement mieux! /s