Les soldats français déployés en Roumanie ont « froid » et « faim »

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  1. **Le ministre des armées Sébastien Lecornu a rendu visite, jeudi 3 novembre, aux troupes françaises déployées en Roumanie dans le cadre de l’opération Aigle. Derrière les belles images, des soldats déplorent une logistique défaillante et des conditions de vie indignes.**

    Une visite éclair et millimétrée. Le ministre français des armées, Sébastien Lecornu, s’est rendu, jeudi 3 novembre au matin, dans le camp militaire de Cincu, en Roumanie, où des soldats français sont déployés depuis février dans le cadre de l’Otan. Arrivée saluée par les honneurs militaires, visite ponctuée par l’inauguration de quelques infrastructures et soldats priés de ne pas se montrer, à l’exception d’une poignée triée sur le volet : rien n’est venu écorner la belle image du ministre au plus près du terrain.

    Le quotidien des plus de 700 soldat·es français·es qui vivent dans le camp de Cincu est en réalité bien moins glorieux que les discours officiels – qui répètent à l’envi l’engagement sans faille de la France – ne le laissent penser. Nourriture insuffisante, locaux en partie insalubres, chauffage aléatoire… Les conditions de vie y sont jugées indignes par nombre de militaires pourtant habitué·es aux opérations extérieures (« opex »). Ils et elles craignent que l’hiver qui vient n’empire encore les choses.

    L’état-major français des armées assure de son côté que les conditions de vie de ses militaires sont une « préoccupation permanente » et met en avant les améliorations intervenues depuis le déploiement français. Il renvoie, implicitement, la responsabilité des dysfonctionnements aux militaires roumains qui mettent le camp de Cincu à disposition des Français·es. « La projection inopinée d’une force importante induit le plus souvent des conditions de soutien rustiques dans sa phase initiale de déploiement, a-t-il ainsi répondu à nos questions. Elle nécessite généralement de s’appuyer sur les capacités existantes de la nation-hôte avant de gagner progressivement en autonomie dans l’optique d’un détachement qui s’inscrit dans la durée, assorti d’infrastructures adaptées. »

    **Omelette et pain de la veille**

    La mission Aigle a été lancée le 28 février, quatre jours après l’invasion russe de l’Ukraine, avec pour rôle de « renforcer la posture défensive et dissuasive de l’Otan » et de « consolider la protection du flanc est de l’Europe ». L’état-major français assure le commandement de l’opération, qui s’appuie également sur la présence de militaires belges et néerlandais.

    Cela fait donc huit mois que la France a investi ce camp d’instruction appartenant à l’armée roumaine. Les conditions de vie y sont pourtant toujours précaires.

    Premier sujet de préoccupation : la nourriture. Les repas, fournis par les alliés roumains, sont réduits à la portion congrue : soupe et tomate pour un dîner, omelette et morceau de pain de la veille pour un autre… Ils ne comportent parfois ni entrée ni dessert, alors que les soldats sont affamés par l’exercice physique et le froid. « J’ai faim », se plaignent deux militaires dans des messages échangés avec des proches et des collègues que nous avons pu consulter.

    Les familles sont contraintes de compléter avec des colis envoyés à leurs frais. Les soldats et soldates festoient à l’arrivée de quelques saucissons et paquets de chips. Depuis quelques jours, les repas sont composés de « rations de combat » collectives (repas préparés destinés en principe aux situations d’urgence). « En temps normal, c’est vu comme une sorte de punition, là on est tous heureux », confie un militaire.

    Plusieurs auraient tenté de demander à leur hiérarchie d’obtenir des repas plus substantiels, sans succès. Interrogé, l’état-major des armées ne nie pas le problème mais assure que « les repas gagnent en amélioration qualitativement et quantitativement avec notamment l’ajout de compléments alimentaires, davantage de laitages et de fruits ».

    La cuisine du réfectoire français est dans un état d’hygiène peu engageant et une partie de l’eau et des vivres est stockée dehors par manque de place – des emballages, cartons et palettes jonchent le sol à côté du réfectoire –, peut-on constater sur d’autres photos. Les coupures d’électricité obligent parfois les militaires à manger à la lumière de leur téléphone portable.

    Interrogé, l’état-major français admet « quelques coupures d’eau » mais qui ont « été rapidement prises en compte », et « quelques dysfonctionnements » de la fourniture d’électricité mais assure qu’il « est déjà prévu de rénover le système électrique ».

    Les conditions de logement ressemblent davantage à un bivouac de quelques jours ou semaines qu’à une mission qui sera sans doute amenée à rester plusieurs années sur place (sans doute « quatre à cinq ans », selon un haut gradé français interrogé en juin par Le Figaro).

    Environ 450 militaires français, majoritairement les cadres et les derniers arrivants, sont logés dans des préfabriqués. Ils étaient utilisés jusqu’il y a peu au Sahel par l’opération Barkhane. Des militaires déployés à Cincu assurent qu’ils n’ont pas été lavés ni désinfectés avant d’être envoyés en Roumanie (ce que conteste l’état-major), et qu’ils ne disposent pas du matériel nécessaire pour les récurer convenablement. Des traces de boue, de moisissure et des poils et cheveux restés dans les bacs de douche, visibles sur des photos, semblent le confirmer. Certains ne sont plus complètement étanches et prennent l’eau lors des fortes pluies. Faute de lits de camp (dits « lits picot ») à installer à l’intérieur, il a fallu commander d’urgence plus de 200 lits auprès d’une entreprise civile.

    Les autres militaires français·es, soit 250 personnes, sont logés dans des tentes collectives. « Chaque tente est équipée en électricité et en chauffage avec un groupe à air chaud alimenté en fuel », assure l’état-major. Des témoignages de résidents de Cincu assurent au contraire qu’elles ne sont pas toujours correctement chauffées, en raison d’un ravitaillement en fuel parfois aléatoire. Un problème lorsqu’on sait qu’il fait en moyenne − 2 °C à Cincu au mois de novembre – et les températures peuvent descendre jusqu’à − 19 °C.

  2. Même pas besoin d’être en guerre pour avoir des problèmes logistiques, j’ose pas imaginer si ça venait à arriver. Avec tout les articles qui parlent de la russie ça fait bizarre d’entendre parler de l’autre camp.

  3. Parmi les derniers appelés au service national, j’ai fait 1 mois de camp de manœuvres dans la Marne, en janvier 98, avec des températures jusqu’à -15c.
    C était supportable même si usant. Au moins, on n’a pas eu faim.
    Je les plains sur une situation qui dure depuis 6 mois au moins. Incompétence de l’état major et hypocrisie du ministère des armées qui vante son professionnalisme auprès des jeunes.

  4. Quel scandale. Ramenez moi ces jeunes en France, construisez un truc digne de ce nom et ramenez-les y. Ou, mieux, arrêtez les frais car mille soldats français ne font peur à personne militairement parlant, et certainement pas à l’armée russe.

  5. Je me souviendrais toujours de ma JAPD en plein hiver, les radiateurs étaient éteints et ils nous ont fait faire une dictée avant de nous servir des haricots verts froids à la pause du midi.

    Peu de recrues ce jour-là …

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