Dans la chronique qu’il tient pour «Libé» depuis le début de l’épidémie, Christian Lehmann revient cette semaine sur la non-prise en compte coupable des effets d’un Covid long sur les malades qui en souffrent.
Le Covid long est un serpent de mer qui ne cesse de ressurgir alors que tout est fait pour l’invisibiliser. Notamment par ceux pour qui l’économie prime sur la santé, pour qui le «quoiqu’il en coûte» a vécu et estiment qu’on en a assez fait avec une pandémie aujourd’hui éclipsée par la guerre en Ukraine, la crise énergétique et le réchauffement climatique. Ils pensent ou feignent de penser que le Covid long n’existe pas: les personnes qui se plaignent de troubles persistants après un Covid peuvent être classés parmi les hystériques.
Mais si le Covid long existe, la gestion sanitaire actuelle, faisant fi des plus vulnérables est, au mieux fautive, au pire d’une criminelle négligence. Car elle laisse une population peu ou mal informée à la merci d’un virus dont les variants peuvent provoquer de multiples réinfections, avec un risque cumulatif à terme de séquelles neurologiques, vasculaires, respiratoires et immunitaires.
Le 20 octobre, le Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires a publié son premier avis suite à une saisine des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Santé. Créé par Emmanuel Macron après le démantèlement d’un Conseil scientifique longtemps instrumentalisé puis récemment gratifié de la Légion d’honneur, le Covars devait éclairer les ministres et l’action publique sur «l’épidémiologie actuelle du virus en France et en Europe», dans le cadre d’une «normalisation» de la gestion de la maladie, «comme ont commencé à le faire de nombreux pays voisins».
Troubles fonctionnels
La question du Covid long y est abordée. «Les conséquences à long terme, multiples et systémiques, directement liées au virus» sont évoquées, ainsi que leur «expression clinique variable et fluctuante déroutant patients et soignants parfois démunis, voire mis en échec». L’estimation de Santé Publique France selon laquelle près de 2 millions de personnes sont concernées dans notre pays est notifiée, mais ce début de prise en compte est ensuite balayé en quelques phrases : «Le débat scientifique existe aussi quant à l’imputabilité des symptômes vis-à-vis de sars-cov-2 ou d’un autre agent déclencheur. Des travaux de recherche sur le Covid long devraient permettre de mieux approcher la complexité des syndromes post-infectieux en général, améliorer la prise en charge de ces troubles dits «fonctionnels» mal connus et peu étudiés.»
L’expression «troubles fonctionnels» est très connotée en médecine. En opposition aux troubles dits organiques, dans lesquels l’examen clinique du malade et les examens complémentaires peuvent mettre au jour des anomalies tangibles décelables par un tiers, comme la modification de taille ou de consistance d’un organe, la présence d’un ictère, de ganglions, d’une éruption, ou des anomalies dans une prise de sang ou un examen radiologique, les médecins évoquent des troubles «fonctionnels» quand aucun argument tangible ne vient étayer le vécu et les plaintes du patient : essoufflement d’effort, confusion, palpitations, brouillard mental… D’où le fameux «C’est tout dans la tête», et une longue tradition française de psycho somatisation des maladies : les femmes françaises (ce sont souvent des femmes) ont donc au fil des décennies hérité des qualificatifs d’hystériques, de spasmophiles… Si pour une partie des patients affectés, les symptômes peuvent correspondre à des troubles fonctionnels – et représenter un réel fardeau —, ce diagnostic ne peut être posé qu’en ayant éliminé tout trouble organique or à ce stade il existe de très nombreuses pistes en faveur de lésions organiques chez un grand nombre de patients.
En novembre 2021, une étude menée sur une cohorte épidémiologique française arrive à la conclusion que les manifestations du Covid long ne seraient pas forcément liées à l’infection par le sars-cov-2, mais bien plutôt… au fait d’être persuadé d’avoir été infecté. Publiée dans le Jama Internal Medecine, cette étude fait grand bruit, et au fil de tribunes et de contre-expertises, apparaissent plusieurs biais majeurs. Sur le plan méthodologique, les patients sont classés en infectés ou non infectés en fonction de leur statut sérologique, de la présence ou non d’anticorps à distance de l’infection supposée, quand le «gold standard» pour affirmer l’infection, est et reste la réalisation d’un test PCR positif en phase aiguë. L’évolution du taux d’anticorps est très variable d’un individu à l’autre et le fait d’avoir une sérologie négative n’infirme pas le diagnostic à distance.
J’ai l’impression que le joker de beaucoup de médecins quand ils ne comprennent pas quelque chose c’est de dire que c’est dans la tête du patient.
Mais quel covid, voyons ?
Ce que tout bon citoyen souhaite, c’est le retour à la croissance et continuer cet imaginaire collectif qu’on peut continuer et que “jésus-de-la-tech” va continuellement nous sauver, que ce soit au niveau sanitaire, des flux de matière et d’énergie, etc. !
Si COVID long se confirme, on est parti pour un hiver où on va bieeeeen brasser cette merde. Que de beaux jours devant nous. J’ai hâte de pas avoir assez de souffle pour aller à mon boulot à 20mn de marche.
Le covid long, ça peut aussi te donner des symptômes désagréables, comme une chiasse qui dure plusieurs mois. C’est pas terrible.
Merci pour ce partage.
Je suis concernée et ce que je lis dans cet article ne me surprend pas vraiment. J’ai moi même pensé très fort à une réaction psychosomatique plus d’une fois, tellement les symptômes sont tout pétés et rien ne ressort (ou presque) des différentes analyses.
Sauf que en dehors de cette chienlit qui me tire vers le bas tout va au poil ou presque dans ma vie.
Ce qui a finit entre autre d’évacuer définitivement cette idée c’est d’une part mon psy qui me connaît très bien et d’autre de ses patients, qui ont aussi des suites bien reloud après une ou deux infections Covid.
De l’autre, les périodes plus ou moins longues (de qq jours à plus d’une semaine) ou les symptômes disparaissent parfois presque totalement et qui me permettent de voir la différence…
Merci aussi aux autre médecins que j’ai rencontrés et qui heureusement m’ont permis de comprendre que je ne suis pas la seule concernée voire que j’ai plutôt de la chance par rapport a l’enfer de certains autres patients.
Globalement, ce qui ressort de mon parcours de santé c’est que ce pb est un peu le cousin honteux de la famille dont on ne veut pas trop parler publiquement.
Ah et si on m’avait donné 1€ pour chaque bâillement intempestif, aujourd’hui je serai pétée de moula.
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Dans la chronique qu’il tient pour «Libé» depuis le début de l’épidémie, Christian Lehmann revient cette semaine sur la non-prise en compte coupable des effets d’un Covid long sur les malades qui en souffrent.
Le Covid long est un serpent de mer qui ne cesse de ressurgir alors que tout est fait pour l’invisibiliser. Notamment par ceux pour qui l’économie prime sur la santé, pour qui le «quoiqu’il en coûte» a vécu et estiment qu’on en a assez fait avec une pandémie aujourd’hui éclipsée par la guerre en Ukraine, la crise énergétique et le réchauffement climatique. Ils pensent ou feignent de penser que le Covid long n’existe pas: les personnes qui se plaignent de troubles persistants après un Covid peuvent être classés parmi les hystériques.
Mais si le Covid long existe, la gestion sanitaire actuelle, faisant fi des plus vulnérables est, au mieux fautive, au pire d’une criminelle négligence. Car elle laisse une population peu ou mal informée à la merci d’un virus dont les variants peuvent provoquer de multiples réinfections, avec un risque cumulatif à terme de séquelles neurologiques, vasculaires, respiratoires et immunitaires.
Le 20 octobre, le Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires a publié son premier avis suite à une saisine des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Santé. Créé par Emmanuel Macron après le démantèlement d’un Conseil scientifique longtemps instrumentalisé puis récemment gratifié de la Légion d’honneur, le Covars devait éclairer les ministres et l’action publique sur «l’épidémiologie actuelle du virus en France et en Europe», dans le cadre d’une «normalisation» de la gestion de la maladie, «comme ont commencé à le faire de nombreux pays voisins».
Troubles fonctionnels
La question du Covid long y est abordée. «Les conséquences à long terme, multiples et systémiques, directement liées au virus» sont évoquées, ainsi que leur «expression clinique variable et fluctuante déroutant patients et soignants parfois démunis, voire mis en échec». L’estimation de Santé Publique France selon laquelle près de 2 millions de personnes sont concernées dans notre pays est notifiée, mais ce début de prise en compte est ensuite balayé en quelques phrases : «Le débat scientifique existe aussi quant à l’imputabilité des symptômes vis-à-vis de sars-cov-2 ou d’un autre agent déclencheur. Des travaux de recherche sur le Covid long devraient permettre de mieux approcher la complexité des syndromes post-infectieux en général, améliorer la prise en charge de ces troubles dits «fonctionnels» mal connus et peu étudiés.»
L’expression «troubles fonctionnels» est très connotée en médecine. En opposition aux troubles dits organiques, dans lesquels l’examen clinique du malade et les examens complémentaires peuvent mettre au jour des anomalies tangibles décelables par un tiers, comme la modification de taille ou de consistance d’un organe, la présence d’un ictère, de ganglions, d’une éruption, ou des anomalies dans une prise de sang ou un examen radiologique, les médecins évoquent des troubles «fonctionnels» quand aucun argument tangible ne vient étayer le vécu et les plaintes du patient : essoufflement d’effort, confusion, palpitations, brouillard mental… D’où le fameux «C’est tout dans la tête», et une longue tradition française de psycho somatisation des maladies : les femmes françaises (ce sont souvent des femmes) ont donc au fil des décennies hérité des qualificatifs d’hystériques, de spasmophiles… Si pour une partie des patients affectés, les symptômes peuvent correspondre à des troubles fonctionnels – et représenter un réel fardeau —, ce diagnostic ne peut être posé qu’en ayant éliminé tout trouble organique or à ce stade il existe de très nombreuses pistes en faveur de lésions organiques chez un grand nombre de patients.
En novembre 2021, une étude menée sur une cohorte épidémiologique française arrive à la conclusion que les manifestations du Covid long ne seraient pas forcément liées à l’infection par le sars-cov-2, mais bien plutôt… au fait d’être persuadé d’avoir été infecté. Publiée dans le Jama Internal Medecine, cette étude fait grand bruit, et au fil de tribunes et de contre-expertises, apparaissent plusieurs biais majeurs. Sur le plan méthodologique, les patients sont classés en infectés ou non infectés en fonction de leur statut sérologique, de la présence ou non d’anticorps à distance de l’infection supposée, quand le «gold standard» pour affirmer l’infection, est et reste la réalisation d’un test PCR positif en phase aiguë. L’évolution du taux d’anticorps est très variable d’un individu à l’autre et le fait d’avoir une sérologie négative n’infirme pas le diagnostic à distance.
J’ai l’impression que le joker de beaucoup de médecins quand ils ne comprennent pas quelque chose c’est de dire que c’est dans la tête du patient.
Mais quel covid, voyons ?
Ce que tout bon citoyen souhaite, c’est le retour à la croissance et continuer cet imaginaire collectif qu’on peut continuer et que “jésus-de-la-tech” va continuellement nous sauver, que ce soit au niveau sanitaire, des flux de matière et d’énergie, etc. !
Si COVID long se confirme, on est parti pour un hiver où on va bieeeeen brasser cette merde. Que de beaux jours devant nous. J’ai hâte de pas avoir assez de souffle pour aller à mon boulot à 20mn de marche.
Le covid long, ça peut aussi te donner des symptômes désagréables, comme une chiasse qui dure plusieurs mois. C’est pas terrible.
Merci pour ce partage.
Je suis concernée et ce que je lis dans cet article ne me surprend pas vraiment. J’ai moi même pensé très fort à une réaction psychosomatique plus d’une fois, tellement les symptômes sont tout pétés et rien ne ressort (ou presque) des différentes analyses.
Sauf que en dehors de cette chienlit qui me tire vers le bas tout va au poil ou presque dans ma vie.
Ce qui a finit entre autre d’évacuer définitivement cette idée c’est d’une part mon psy qui me connaît très bien et d’autre de ses patients, qui ont aussi des suites bien reloud après une ou deux infections Covid.
De l’autre, les périodes plus ou moins longues (de qq jours à plus d’une semaine) ou les symptômes disparaissent parfois presque totalement et qui me permettent de voir la différence…
Merci aussi aux autre médecins que j’ai rencontrés et qui heureusement m’ont permis de comprendre que je ne suis pas la seule concernée voire que j’ai plutôt de la chance par rapport a l’enfer de certains autres patients.
Globalement, ce qui ressort de mon parcours de santé c’est que ce pb est un peu le cousin honteux de la famille dont on ne veut pas trop parler publiquement.
Ah et si on m’avait donné 1€ pour chaque bâillement intempestif, aujourd’hui je serai pétée de moula.