Les foules, ces objets scientifiques méconnus

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  1. **Une exposition à la Cité des sciences se penche sur ces rassemblements denses d’individus capables du meilleur comme du pire, devenus sujets d’études convoquant tour à tour mathématiques et sciences physiques, histoire des sciences et sociologie, sciences cognitives et comportementales…**

    Les foules vous angoissent ? Le désastre de la célébration d’Halloween à Séoul, le 30 octobre, provoquant la mort de plus de 150 personnes piétinées ou étouffées à la suite d’une bousculade, ne démentira pas ces craintes. Le mot foule vient d’ailleurs du latin fullare, qui signifie fouler, écraser, presser.

    Et pourtant. L’exposition qui s’est ouverte mi-octobre à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, entend briser les préjugés sur ces étranges créatures qui vivent dans les métros ou les stades, les rues bondées ou les réseaux sociaux, les bancs de poissons ou les troupeaux de moutons, les dunes de sables ou les cours d’eau… « Nous espérons faire prendre conscience au public des bons côtés des foules », explique Dorothée Vatinel, co-commissaire de l’exposition. Ces multitudes humaines, en effet, sont ambivalentes : elles sont aussi capables de violences, de colères explosives et de flux incontrôlés que d’intelligence collective, de liesse partagée et de solidarité.

    Vous découvrirez, expériences à l’appui, comment les foules sont devenues des objets d’études scientifiques. La « fouloscopie » convoque ainsi tour à tour les mathématiques et les sciences physiques, l’histoire des sciences et la sociologie, les sciences cognitives et comportementales. « L’unité de mesure de la foule, c’est la densité d’individus au mètre carré », rappelle Dorothée Vatinel. Dès le début du parcours, vous appréhenderez cette notion grâce à cinq carottages de foule : cinq cabines d’un mètre carré, abritant respectivement une, trois, cinq, sept ou neuf personnages humains imprimés en 3D. « Trois, c’est une rue passante ; cinq, un bus bondé ; neuf, une foule mortelle », résume Dorothée Vatinel.

    **Mécanique des fluides et proxémie**

    La première partie est consacrée aux foules denses. De ces systèmes instables peuvent émerger des ondes de compression « sans chef d’orchestre », des vagues d’individus que la mécanique des fluides aide à modéliser. Grâce à quoi, un architecte, un urbaniste ou un organisateur d’événement festif pourra définir la meilleure configuration pour évacuer un lieu en urgence. Un jeu vous permettra de tester vos compétences. Vous pourrez ajouter des portes, des sorties et des obstacles sur un plan horizontal représentant un bâtiment rempli de visiteurs (figurés par des cercles) aux mouvements modélisés. Puis un signal d’urgence retentira : la foule devra évacuer les lieux en une minute trente. Et vous constaterez l’impact de vos restructurations. Autre exemple : dans un sablier où s’écoulent des billes de polystyrène, un obstacle bien placé peut s’avérer miraculeux, en évitant les engorgements fatals.

    La seconde partie du parcours est dédiée aux rassemblements moins denses comme dans les rues piétonnes, terrain de jeux des sciences comportementales. Ici, vous découvrirez une foule de phénomènes amusants. Pourquoi, dans certains pays, se croise-t-on par la droite et dans d’autres par la gauche ? Pourquoi trois personnes qui parlent en cheminant forment-elles un V pointé vers l’arrière ? Pourquoi, dans une rame de métro non bondée, adoptons-nous inconsciemment une position qui nous maintient à une distance acceptable de nos semblables ? Vous serez invité à tester cette notion de « proxémie ».

    Une poésie inattendue surgit parfois des foules. Saviez-vous qu’un ballet d’étourneaux se nomme un « murmure » ? Qu’une foule de flamands roses forme une « flamboyance » ; une assemblée de hiboux, un « parlement » ? Et que les chercheurs ont baptisé « danse des piétons » cette drôle d’hésitation de deux passants qui tentent de se croiser en esquissant des pas de côté ? C’est ce que nous confie Mehdi Moussaïd, commissaire scientifique de l’exposition, chercheur à l’Institut Max Planck de Berlin.

    **Puissance subversive**

    Dans une troisième partie, vous découvrirez les foules virtuelles, reliées par les réseaux sociaux. Une constellation de « petits mondes » interconnectés par des « hubs » où convergent un certain nombre de liens. Le règne de l’entre-soi, mais aussi le royaume de l’amplification des rumeurs. Celles-ci n’ont pourtant pas attendu Internet pour faire des dégâts, comme le rappellent dix célèbres rumeurs du passé. Ces « bruits » se déforment-ils au hasard de leur transmission ? Pas du tout : leurs distorsions sont biaisées par le milieu culturel des groupes qui les font circuler. Les rumeurs assurent la cohésion d’un groupe et valorisent leurs membres. Comprendre leurs ressorts peut aider à éviter de tomber dans leurs pièges.

    La suite du parcours le montre : il existe une « sagesse des foules », source d’innovations dont témoignent les sciences participatives. Quant à la communion joyeuse des foules, vous serez invités à la partager à travers un karaoké collectif.

    Au tour de l’histoire et de la sociologie, maintenant, d’éclairer ces objets. Vous comprendrez mieux « la mauvaise réputation » des foules grâce à un film aussi bref que passionnant. Après la sanglante Commune de Paris, puis la montée des syndicats et des grèves ouvrières, les pouvoirs publics ont pris conscience, à la fin du XIXe siècle, de la puissance subversive des masses humaines. « Peu aptes au raisonnement, les foules sont au contraire très aptes à l’action », pointait alors l’anthropologue Gustave Le Bon dans Psychologie des foules (1895). Ce film montre aussi que les foules, parfois théâtre du pire, peuvent offrir le meilleur. Une sublime chorégraphie de danseurs illustre leur élan porteur. Pour finir, l’exposition vous réservera une surprise : elle vous transformera en « foulologue » – on ne vous dit pas comment.

    [Le défi scientifique de la foule virtuelle | Reportage](https://youtu.be/E2CtQmdMtC0)

  2. Très intéressant. Il y a aussi les phénomènes comme la “diffusion de la responsabilité” (ou l’effet témoin) et “l’effet d’audience” qui sont intéressants (c’est plus spécifique aux agressions, j’ai appris ça en self défense)

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