Bronchiolites, diabète, greffes : en pédiatrie, le tri affolant des petits malades

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  1. Le ministre de la santé perd patience : en réponse à une pédiatre qui dénonce le « tri des malades », il se dit « choqué », menace d’une « enquête ». En nombre, les médecins confirment pourtant à Mediapart : dans toutes les spécialités, face à toutes les urgences, ils trient et ne veulent plus en assumer seuls la responsabilité.

    La doctoresse Julie Starck, réanimatrice pédiatrique à l’hôpital Trousseau, à Paris, a prononcé des mots difficiles, jeudi 10 novembre, sur RTL : « On est obligés de trier les enfants. » Ce samedi, elle se fait reprendre par le ministre dans une interview au Parisien : « Je suis choqué par cette formule, c’est inadmissible […]. Je ne m’interdis d’ailleurs pas une enquête. Et si jamais de telles pratiques déviantes étaient avérées, des conclusions en seraient tirées », menace François Braun.

    La jeune médecin est une des porte-parole du collectif Pédiatrie, qui réunit des professionnel·les et des associations de patient·es et qui s’est constitué, le 21 octobre dernier, à travers une alerte au président de la République signée par 4 000 soignant·es. Sans réponse de sa part à ce jour. Il était demandé à Emmanuel Macron de reconnaître « la responsabilité de l’État dans la survenue de la crise actuelle en pédiatrie ». « La santé est un devoir régalien », rappelle le texte.

    Face aux menaces explicites du ministre, d’autres pédiatres sollicités par Mediapart montent au front en solidarité, comme le docteur Laurent Dupic, responsable du Smur pédiatrique de l’hôpital Necker, qui organise actuellement les transferts d’enfants entre hôpitaux. « On a une position de vigie, explique-t-il. Depuis trois semaines, on voit le système se déstructurer, tous les jours, heure par heure : des enfants dans un état grave sont maintenus dans des endroits inadaptés. Des bébés sous masque en oxygène, qui devraient être en réanimation, restent en pédiatrie générale, aux urgences, parce qu’il n’y a plus de places. »

    Il revient sur le terme de « tri » récusé par François Braun. « C’est ironique de la part d’un ministre de la santé qui est urgentiste, tacle-t-il. On trie entre des urgences plus ou moins graves, et c’est une prise de risque. »

    Ces mises en danger des petits malades, Julie Starck les décrit précisément : « On refuse des dizaines de bébés chaque jour dans notre réanimation. Tout le monde a peur, est terrifié. Tout le monde a cette culpabilité de laisser un enfant sur le carreau. On ne supporte plus de porter seuls cette responsabilité. Ce n’est pas notre faute si on fait mal notre métier. »

    Elle explique ses conditions de travail, dantesques. En pleine épidémie de bronchiolite, la réanimation pédiatrique de l’hôpital Trousseau a, faute de personnel, quatre de ses 18 lits fermés, « depuis 18 mois ». Devant l’urgence, ce service aux effectifs normés a rouvert deux lits, au-delà de ses capacités humaines, et accueille parfois des petits malades dans le couloir, « des bronchiolites ventilées sur des respirateurs de transport, branchés sur des bouteilles d’oxygène, surveillés par un scope de transport, qui n’est pas relié au poste de surveillance générale », précise la doctoresse.

    Julie Starck énumère toutes les catastrophes qui pourraient survenir, « si une infirmière n’est pas là quand la bouteille est vidée, si on passe à côté d’une dégradation parce que le bébé n’est pas surveillé sur le poste central… On fait au mieux, on installe le bébé au milieu de la réanimation. Mais c’est de la médecine de guerre. On ne devrait pas faire ça dans un pays riche ».

  2. Déjà pendant le Covid il ne fallait pas parler de ‘tri’ alors qu’on a vécu l’horreur et pas que pour des patients âgés.

    Je ne comprend pas que le ministre qui est pourtant un confrère ose menacer ces lanceurs d’alertes plutôt que d’augmenter les moyens de la santé.

    Sommes nous toujours dans un état de droit ? Pourquoi chercher à museler les remontées du terrain ? J’espère que les médecins arrêterons de couvrir et cacher ces situations par crainte de représailles ou pour ne pas faire de ‘vagues’.

    S’ils se soucient vraiment de leurs patients il faut qu’à l’instar de cet article les langues se délient sur la situation en ville et à l’hôpital.

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