Prostitution des mineures : les foyers d’enfants placés dans le viseur des réseaux

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  1. **Prostitution des mineures : les foyers d’enfants placés dans le viseur des réseaux**

    **Financements faméliques, éducateurs à la peine… Un an après le lancement du plan gouvernemental contre la prostitution des mineures, la protection de l’enfance est incapable de faire face à une criminalité endémique.**

    **Cette nuit de septembre 2019**, deux femmes cagoulées attaquent au marteau la porte d’entrée du foyer de l’association Le Relais, en plein centre de Lyon. « Elles voulaient s’en prendre à une adolescente qui avait porté plainte et fait tomber leur proxénète, raconte le directeur, Mathias Cornu. Ça a été un élément déclencheur pour former nos équipes et trouver des solutions avec l’aide de la collectivité. »

    La structure est rattrapée par un phénomène en pleine explosion : l’exploitation sexuelle des mineur·es. « On s’est retrouvés avec quatre ou cinq victimes de prostitution sur les 18 jeunes qu’on accueillait. Elles fuguaient sous nos yeux et on les voyait monter dans de grosses voitures cylindrées aux vitres teintées, poursuit le responsable associatif. La violence et les règlements de comptes ont rapidement débordé au sein même du foyer. Certaines jeunes filles devenaient rabatteuses ou proxénètes. »

    Selon les statistiques du ministère de l’intérieur, « le nombre de procédures ouvertes pour proxénétisme sur mineurs et recours à la prostitution de mineurs par les services de police et de gendarmerie a augmenté de 68 % » entre 2016 et 2020. Dans 90 % des affaires judiciarisées, les victimes étaient de nationalité française. Elles seraient entre 7 000 et 10 000 sur le territoire, selon les associations.

    En novembre 2021, l’ancien secrétaire d’État à l’enfance, Adrien Taquet, lançait le premier plan national de lutte contre la prostitution des mineur·es, financé à hauteur de 14 millions d’euros. Lundi 21 novembre, la première ministre Élisabeth Borne doit réunir un comité interministériel à l’enfance qui évoquera les suites données à ce plan, supposé faire face à cette criminalité devenue endémique.

    Mais au cœur de ce défi se retrouve l’un des parents pauvres des politiques publiques : l’aide sociale à l’enfance (ASE, gérée par les départements). Toutes les études s’accordent sur la surreprésentation des jeunes confié·es à la protection de l’enfance parmi les mineur·es en situation de prostitution – entre un tiers et la moitié des victimes répertoriées.

    « En soi, la prostitution des enfants placés n’est pas nouvelle, tempère Olivier Tréneul, porte-parole du syndicat Sud. Il y a vingt ans, je devais tourner parfois en voiture dans les rues de Mouscron, en Belgique, pour essayer de retrouver les gamines qui étaient tombées sous la coupe d’un maquereau. »

    Les foyers, supposés être des lieux de protection, sont cependant devenus des espaces de prédation pour les réseaux. « Aujourd’hui, on hésite quand même entre laisser un enfant dans une famille défaillante, parfois maltraitante, ou le placer en foyer où la prostitution est banalisée. Vous vous rendez compte de la violence ? », s’indigne une directrice territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse, citée dans l’étude ProMiFrance du Centre de victimologie pour mineurs (CVM), parue en janvier 2022.

    ***”Les filles qui veulent de l’indépendance, de l’argent, des vacances rejoignez nous !!”***

    ***Sur Instagram***

    Une véritable révolution s’est opérée au début des années 2010 avec la démocratisation du smartphone. Naît alors un « proxénétisme 2.0 », comme l’appellent les magistrat·es. « Le numérique n’est plus seulement une place de marché, il est aussi un vecteur de recrutement pour les réseaux », note Bénédicte Lavaud-Legendre, spécialiste de la traite des êtres humains. « La bascule peut se faire en quelques heures par l’intermédiaire des réseaux sociaux », assure la juriste et chercheuse au CNRS.

    Dans les dossiers judiciaires analysés par le CVM, un quart des victimes était approché sur les réseaux sociaux. Les comptes « Plans_sous_filles » pullulent sur Instagram : « Les filles qui veulent de l’indépendance, de l’argent, des vacances rejoignez nous !! Venez privé vous n’allez pas être déçu (sic) », clame par l’exemple l’un d’eux.

    Les filles représentent 90 à 95 % des mineur·es prostitué·es, selon les études. En moyenne, ces jeunes sont âgé·es de 14 ans lors de leur entrée dans la prostitution.

  2. > Une véritable révolution s’est opérée au début des années 2010 avec la démocratisation du smartphone. Naît alors un « proxénétisme 2.0 », comme l’appellent les magistrat·es. « Le numérique n’est plus seulement une place de marché, il est aussi un vecteur de recrutement pour les réseaux », note Bénédicte Lavaud-Legendre, spécialiste de la traite des êtres humains. « La bascule peut se faire en quelques heures par l’intermédiaire des réseaux sociaux », assure la juriste et chercheuse au CNRS.

    > Dans les dossiers judiciaires analysés par le CVM, un quart des victimes était approché sur les réseaux sociaux. Les comptes « Plans_sous_filles » pullulent sur Instagram : « Les filles qui veulent de l’indépendance, de l’argent, des vacances rejoignez nous !! Venez privé vous n’allez pas être déçu (sic) », clame par l’exemple l’un d’eux.

    Je SAIS que c’est pas le problème principal, hein, mais je sais pas pourquoi c’est ça qui me frappe le plus. L’idée qu’on a tellement glorifié le matérialisme à court terme, le gain de sous facile et une “belle vie” fantasmée sur les réseaux sociaux mais qui n’existe quasiment pas qu’on peut s’en servir pour attirer des gamines à la prostitution.

    Ça a peut-être toujours été comme ça, et je m’en rendais pas compte, hein. C’est sûrement mon côté vieux con qui remonte. Mais ça me fume.

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