**Enquête** La commercialisation de détecteurs de métaux de plus en plus performants facilite l’émergence de trafic de pièces de monnaie et autres objets témoins de l’Histoire. Outre ce commerce illégal, cela abîme et appauvrit les sites archéologiques.
Le test nous est suggéré par Dominique Garcia, président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) : *« Tapez “monnaie gauloise” sur eBay et vous verrez… »* Le jour où l’article que vous lisez a été rédigé, la recherche sur cette place de marché numérique a rassemblé quelque trois mille deux cents résultats. Un potin des Carnutes, une drachme des Bituriges, un denier des Eduens, un statère en électrum des Baïocasses, etc. De nombreuses pièces atteignent quelques centaines d’euros, mais le record est détenu par un statère en or du peuple des Parisii, datant du Ier siècle avant notre ère et mis en vente pour la somme de 27 500 euros. Son vendeur professionnel dit garantir sa provenance dans le cadre de *« la lutte contre le trafic des biens culturels »*, mais il est une exception. Qu’on ne s’y leurre pas, la plupart de ces monnaies gauloises, mais aussi des fibules romaines – agrafes de vêtement en métal – échangées sur ce site proviennent de fouilles illégales, du pillage du patrimoine archéologique national.
Xavier Delestre est conservateur régional de l’archéologie en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il vient de publier un petit livre intitulé *Pilleurs d’archéologie en France* (Errance & Picard, 112 pages, 21 euros) et prépare, sur le même sujet, l’exposition « Trésors coupables », qui ouvrira ses portes le 16 décembre au Musée d’histoire de Marseille. *« Ce n’est pas une lubie de quelques archéologues*, assure-t-il. *Tous les services de l’Etat, police, gendarmerie, douane, justice, agissent ensemble pour lutter contre cette délinquance, parce qu’il faut bien appeler les choses par leur nom. Le pillage, ça se termine devant un tribunal. »* Comment ce chercheur définit-il cette activité ? *« Le pilleur est une personne qui vient de manière intentionnelle sur un terrain contenant des objets pouvant apporter des informations sur l’histoire du site et l’occupation du territoire, et les déterre sans autorisation. »* Ni méthodologie scientifique, bien sûr.
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Quant à savoir ce qui relève de l’archéologie, la réponse est… à peu près tout. *« Le segment chronologique dans lequel on peut faire intervenir des archéologues commence à − 1 million d’années, date des premiers peuplements humains, et va jusqu’après la seconde guerre mondiale »*, précise Xavier Delestre. Lequel ajoute qu’on peut considérer l’Hexagone comme un gigantesque site archéologique : *« Il n’y a pas d’environnement naturel en France. Tout le territoire a été anthropisé. Quand vous faites un footing à la campagne, vous êtes sur un site archéologique. Evidemment, tout n’a pas la même importance et c’est le rôle du professionnel de caractériser l’intérêt scientifique de chaque site. »*
Défini à partir des années 1940, le cadre légal concernant le patrimoine enfoui a instauré un régime d’autorisations (auquel les archéologues sont eux aussi soumis). Il faut l’autorisation du propriétaire du terrain et, surtout, celle de l’Etat. Sans ces deux sésames, tout prospecteur utilisant un détecteur de métaux à la recherche d’objets anciens se trouve dans l’illégalité. Ces outils électromagnétiques sont certes en vente libre, mais leur mode d’emploi contient un rappel de la loi*.* Xavier Delestre déplore toutefois que les revendeurs insistent peu sur cet aspect, beaucoup incitant leurs clients à jouer aux Indiana Jones en proposant dans leurs boutiques des livres d’archéologie… Or cette « détection de loisir », régulièrement revendiquée par les prospecteurs, n’est pas reconnue par les tribunaux.
Il m’a parut intéressant de partager ce qui est une des grandes menaces sur le patrimoine français. On détruit en France une mine d’information scientifique sur notre passé par appât du gain ou inconscience.
En sortant du sol des objets anciens, comme des pièces de monnaie et autres métaux, on perd toute information sur leur histoire, pourquoi à cet endroit, cette époque, par qui ? Bref on détruit un site de fouille pour gagner du pognon.
En France il est interdit de sortir un objet du sol sans l’autorisation du propriétaire du terrain et, surtout, celle de l’Etat. Sans cela, tout prospecteur utilisant un détecteur de métaux à la recherche d’objets anciens se trouve dans l’illégalité.
Les histoires d’archéologues professionnels qui se servent ne sont pas rares. S’agit-il de pure médisance ou existe-t-il un fond de vérité ?
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**Enquête** La commercialisation de détecteurs de métaux de plus en plus performants facilite l’émergence de trafic de pièces de monnaie et autres objets témoins de l’Histoire. Outre ce commerce illégal, cela abîme et appauvrit les sites archéologiques.
Le test nous est suggéré par Dominique Garcia, président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) : *« Tapez “monnaie gauloise” sur eBay et vous verrez… »* Le jour où l’article que vous lisez a été rédigé, la recherche sur cette place de marché numérique a rassemblé quelque trois mille deux cents résultats. Un potin des Carnutes, une drachme des Bituriges, un denier des Eduens, un statère en électrum des Baïocasses, etc. De nombreuses pièces atteignent quelques centaines d’euros, mais le record est détenu par un statère en or du peuple des Parisii, datant du Ier siècle avant notre ère et mis en vente pour la somme de 27 500 euros. Son vendeur professionnel dit garantir sa provenance dans le cadre de *« la lutte contre le trafic des biens culturels »*, mais il est une exception. Qu’on ne s’y leurre pas, la plupart de ces monnaies gauloises, mais aussi des fibules romaines – agrafes de vêtement en métal – échangées sur ce site proviennent de fouilles illégales, du pillage du patrimoine archéologique national.
Xavier Delestre est conservateur régional de l’archéologie en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il vient de publier un petit livre intitulé *Pilleurs d’archéologie en France* (Errance & Picard, 112 pages, 21 euros) et prépare, sur le même sujet, l’exposition « Trésors coupables », qui ouvrira ses portes le 16 décembre au Musée d’histoire de Marseille. *« Ce n’est pas une lubie de quelques archéologues*, assure-t-il. *Tous les services de l’Etat, police, gendarmerie, douane, justice, agissent ensemble pour lutter contre cette délinquance, parce qu’il faut bien appeler les choses par leur nom. Le pillage, ça se termine devant un tribunal. »* Comment ce chercheur définit-il cette activité ? *« Le pilleur est une personne qui vient de manière intentionnelle sur un terrain contenant des objets pouvant apporter des informations sur l’histoire du site et l’occupation du territoire, et les déterre sans autorisation. »* Ni méthodologie scientifique, bien sûr.
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Quant à savoir ce qui relève de l’archéologie, la réponse est… à peu près tout. *« Le segment chronologique dans lequel on peut faire intervenir des archéologues commence à − 1 million d’années, date des premiers peuplements humains, et va jusqu’après la seconde guerre mondiale »*, précise Xavier Delestre. Lequel ajoute qu’on peut considérer l’Hexagone comme un gigantesque site archéologique : *« Il n’y a pas d’environnement naturel en France. Tout le territoire a été anthropisé. Quand vous faites un footing à la campagne, vous êtes sur un site archéologique. Evidemment, tout n’a pas la même importance et c’est le rôle du professionnel de caractériser l’intérêt scientifique de chaque site. »*
Défini à partir des années 1940, le cadre légal concernant le patrimoine enfoui a instauré un régime d’autorisations (auquel les archéologues sont eux aussi soumis). Il faut l’autorisation du propriétaire du terrain et, surtout, celle de l’Etat. Sans ces deux sésames, tout prospecteur utilisant un détecteur de métaux à la recherche d’objets anciens se trouve dans l’illégalité. Ces outils électromagnétiques sont certes en vente libre, mais leur mode d’emploi contient un rappel de la loi*.* Xavier Delestre déplore toutefois que les revendeurs insistent peu sur cet aspect, beaucoup incitant leurs clients à jouer aux Indiana Jones en proposant dans leurs boutiques des livres d’archéologie… Or cette « détection de loisir », régulièrement revendiquée par les prospecteurs, n’est pas reconnue par les tribunaux.
Il m’a parut intéressant de partager ce qui est une des grandes menaces sur le patrimoine français. On détruit en France une mine d’information scientifique sur notre passé par appât du gain ou inconscience.
En sortant du sol des objets anciens, comme des pièces de monnaie et autres métaux, on perd toute information sur leur histoire, pourquoi à cet endroit, cette époque, par qui ? Bref on détruit un site de fouille pour gagner du pognon.
En France il est interdit de sortir un objet du sol sans l’autorisation du propriétaire du terrain et, surtout, celle de l’Etat. Sans cela, tout prospecteur utilisant un détecteur de métaux à la recherche d’objets anciens se trouve dans l’illégalité.
Les histoires d’archéologues professionnels qui se servent ne sont pas rares. S’agit-il de pure médisance ou existe-t-il un fond de vérité ?