**A l’occasion de la Coupe du monde de football au Qatar, le régulateur des jeux incite à la responsabilisation des opérateurs de paris sportifs, qui ont pris des engagements, notamment pour protéger les mineurs.**
« Tu pensais prendre du biff, t’as pris une baffe » ; « Pro des paris, j’finis paria. » En sortant mi-novembre le clip de prévention « T’as vu, t’as perdu », l’Autorité nationale des jeux (ANJ) parodie les publicités passées de certains sites de paris sportifs, en utilisant les mêmes codes, afin de viser la même cible : les très jeunes, réputés plus vulnérables à l’addiction au jeu. Une enquête de février 2022 menée par la Société d’entraide et d’action psychologique et l’ANJ révèle que plus d’un tiers des 15-17 ans jouent.
Ouvert à la concurrence depuis 2010, le marché des paris sportifs en ligne atteint des sommets : en 2021, les 17 opérateurs agréés (Winamax, Betclic, Unibet…) ont presque doublé leur chiffre d’affaires par rapport à 2020, et 7,89 milliards d’euros ont été misés par les 4 millions de joueurs que recense l’autorité indépendante. Au moins 530 millions d’euros de mises sont attendus à l’occasion de la seule Coupe du monde de football au Qatar, contre 435 lors du dernier championnat d’Europe, en 2021.
L’année dernière, principalement, l’Euro a donné lieu à tous les abus en matière de publicité : « Il y a eu une surpression publicitaire. Il fallait mettre les opérateurs face à leurs responsabilités, se souvient Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l’ANJ. Leur croissance doit préserver le caractère récréatif du jeu d’argent. C’est un marché qui comporte potentiellement des effets toxiques, car il est affiché comme simple, avec un imaginaire qui joue sur les émotions du sport. »
« Les paris sportifs génèrent cinq à six fois plus de risques de jeu addictif par rapport aux jeux de loterie. Sur 100 parieurs, environ 15 ont une pratique problématique », détaille Emmanuel Lahaie, chargé d’expertise à l’unité addictions de Santé publique France. Avant la compétition, l’agence a lancé la campagne « Parier, c’est pas rien », afin de déconstruire certains fantasmes sur les paris sportifs, comme l’illusion d’être compétent car on s’y connaît en sport.
**« Promouvoir une publicité responsable »**
« Les paris sportifs ont trois particularités : c’est la seule forme de jeu en augmentation, c’est la plus pratiquée en ligne, et c’est la forme pratiquée par les joueurs les plus jeunes − pour moitié des moins de 25 ans, plus fréquemment de milieu modeste. Le jeu excessif entraîne parfois des troubles psychiatriques, mentaux, des suicides et des dégâts sur les proches », précise M. Lahaie.
Face à cet enjeu de santé publique, l’ANJ a décidé, fin 2021, de réunir tous ses partenaires, et a émis, en février, des lignes directrices − à valeur d’obligation − et des recommandations, pour préciser sa mise en application d’un décret de 2020. En mars, la publicité de Winamax « Tout pour la daronne » a été retirée. Désormais, les publicités ne doivent plus « associer la pratique du jeu d’argent et de hasard avec la possibilité de changer de statut social », ni donner une « image positive du jeu ».
Opérateurs, ANJ, régies publicitaires et supports se sont également mis d’accord, le 7 novembre, en signant quatre chartes pour « modérer la pression publicitaire et promouvoir une publicité responsable » sur quatre supports : télévision, radio, affichage et numérique. Les sites se sont engagés à exclure les publicités à proximité des établissements scolaires et à réduire de quatre à trois le nombre de spots diffusés à chaque coupure télévisée ou radio. Les acteurs dans les publicités devront avoir plus de 25 ans, à l’exception des sportifs eux-mêmes. Sur Internet, les sites limiteront leurs campagnes à trois spots par jour, par utilisateur et par support, et les influenceurs mobilisés ne devront pas être trop populaires auprès des mineurs.
Du côté des entreprises, chacune vante ses actions en faveur d’un « jeu responsable », une sorte de juste milieu. « La publicité est nécessaire, mais nous sommes convaincus qu’une communication responsable est une condition essentielle à la durabilité de notre activité », dit-on à la Française des jeux, dont 15 % du budget publicitaire sont alloués au jeu responsable pendant la Coupe du monde.
Betclic réduira de 34 % ses investissements en numérique hors inflation par rapport à l’Euro 2021, et a choisi de ne pas faire de publicité sur le réseau social TikTok. De plus, 20 % des budgets de publicité télévisée sont consacrés à des campagnes de prévention chez Unibet, qui envoie régulièrement aux joueurs des courriels axés sur la prévention… Tout en leur envoyant, en même temps, une dizaine de notifications par jour pour les inciter à jouer, comme ses concurrents.
**Aller plus loin dans la régulation ?**
Santé publique France relève un paradoxe : alors qu’ils doivent faire de la prévention, « les opérateurs n’ont pas intérêt à ne pas faire jouer les joueurs en difficulté, qui représentent 60 % de leur chiffre d’affaires », estime Emmanuel Lahaie. « On n’est pas à la recherche de personnes qui perdent le contrôle, se défend Juliette de la Noue, porte-parole de l’Association française des jeux en ligne (Afjel), qui regroupe neuf opérateurs. Sur un plan business, les addicts finiront par fermer leur compte. Ce qui fait fonctionner le modèle, c’est le petit joueur récréatif qui joue de petites mises. »
Est-il possible d’aller plus loin dans la régulation sans condamner la viabilité des sites ? C’est le cas dans plusieurs pays voisins : depuis octobre, aucun sportif ne peut apparaître dans une publicité pour les paris au Royaume-Uni ; depuis 2018, un arrêté royal belge interdit notamment les publicités à la mi-temps des matchs. « Il faut considérer la régulation dans sa globalité, estime Mme de la Noue. Nous sommes surrégulés et surtaxés en France. On est déjà au bon niveau sur la publicité. »
L’Afjel est rejointe sur ce point par l’ANJ, qui met en avant le risque d’une résurgence du jeu illégal. Certains élus et associations souhaiteraient pourtant voir naître une loi Evin du jeu, pour encadrer encore davantage le marketing. « Ce serait intéressant d’aller plus loin : interdire les bonus de bienvenue, les pubs en rapport avec les paris sportifs cinq minutes avant les compétitions et à la mi-temps, ou interdire que les sites soient sponsors des maillots ou des stades, ce qui entretient une ambiguïté malsaine entre sport et jeu », plaide Jean-Michel Delile, psychiatre et président de la Fédération Addiction.
Très actifs sur les réseaux sociaux, liés à tous les acteurs du sport, les opérateurs participent plus largement à une banalisation du lien entre jeu et sport, ce qui nourrit les inquiétudes. « Pour faire la campagne, on a eu du mal à recruter des personnes (sportifs, journalistes) qui soient à la fois dans l’univers du sport et qui pourraient parler à notre cible, les jeunes, sans être affiliés directement ou non à un opérateur, conclut M. Lahaie, de Santé publique France. Ils le sont presque tous. »
“sommé de se modérer”
*On vit dans une dictature staliniste -* Le MEDEF probablement
>Une enquête de février 2022 menée par la Société d’entraide et d’action psychologique et l’ANJ révèle que plus d’un tiers des 15-17 ans jouent.
C’est affolant, j’arrive pas à comprendre comment on peut laisser une telle situation se produire.
Quelle mollesse bon sang …
On interdit la publicité pour ces merdes point barre.
“Met la daronne à l’abri” … Ça me donne.envie de gerber, quelle genre de raclure de bidet peut inventer un truc pareil.
Pour les plus intéressés sur le fonctionnement des opérateurs de jeux en ligne, lire l’article *Les jeunes payent l’addition* de La Revue Dessinée #38 de Hiver 2002/2023.
Parmi les informations, sans surprise pour les habitués :
* les joueurs qui perdent régulièrement sont les plus encouragés à jouer
* les joueurs qui gagnent sont empêchés de faire certains paris ou limités dans leurs gains, voire évincés.
Autrement dit, les **dés sont totalement pipés**. Encore une fois, sans surprise.
Ce sont des évidences bonnes à rappeler, surtout pour un public vulnérable.
Il y a quelque chose que je ne comprends pas : les mineurs utilisent leur carte bancaire pour jouer, or on peut savoir si la carte bancaire utilisée appartient à un mineur puisque c’était une des solutions avancées pour restreindre l’accès au porno par exemple, donc il suffirait que l’utilisation de cartes bancaires de mineurs soit interdite sur les sites de paris. Point barre.
Alors après s’ils utilisent la carte bancaire de leur parent, c’est eux qui sont fautifs.
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**A l’occasion de la Coupe du monde de football au Qatar, le régulateur des jeux incite à la responsabilisation des opérateurs de paris sportifs, qui ont pris des engagements, notamment pour protéger les mineurs.**
« Tu pensais prendre du biff, t’as pris une baffe » ; « Pro des paris, j’finis paria. » En sortant mi-novembre le clip de prévention « T’as vu, t’as perdu », l’Autorité nationale des jeux (ANJ) parodie les publicités passées de certains sites de paris sportifs, en utilisant les mêmes codes, afin de viser la même cible : les très jeunes, réputés plus vulnérables à l’addiction au jeu. Une enquête de février 2022 menée par la Société d’entraide et d’action psychologique et l’ANJ révèle que plus d’un tiers des 15-17 ans jouent.
Ouvert à la concurrence depuis 2010, le marché des paris sportifs en ligne atteint des sommets : en 2021, les 17 opérateurs agréés (Winamax, Betclic, Unibet…) ont presque doublé leur chiffre d’affaires par rapport à 2020, et 7,89 milliards d’euros ont été misés par les 4 millions de joueurs que recense l’autorité indépendante. Au moins 530 millions d’euros de mises sont attendus à l’occasion de la seule Coupe du monde de football au Qatar, contre 435 lors du dernier championnat d’Europe, en 2021.
L’année dernière, principalement, l’Euro a donné lieu à tous les abus en matière de publicité : « Il y a eu une surpression publicitaire. Il fallait mettre les opérateurs face à leurs responsabilités, se souvient Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l’ANJ. Leur croissance doit préserver le caractère récréatif du jeu d’argent. C’est un marché qui comporte potentiellement des effets toxiques, car il est affiché comme simple, avec un imaginaire qui joue sur les émotions du sport. »
« Les paris sportifs génèrent cinq à six fois plus de risques de jeu addictif par rapport aux jeux de loterie. Sur 100 parieurs, environ 15 ont une pratique problématique », détaille Emmanuel Lahaie, chargé d’expertise à l’unité addictions de Santé publique France. Avant la compétition, l’agence a lancé la campagne « Parier, c’est pas rien », afin de déconstruire certains fantasmes sur les paris sportifs, comme l’illusion d’être compétent car on s’y connaît en sport.
**« Promouvoir une publicité responsable »**
« Les paris sportifs ont trois particularités : c’est la seule forme de jeu en augmentation, c’est la plus pratiquée en ligne, et c’est la forme pratiquée par les joueurs les plus jeunes − pour moitié des moins de 25 ans, plus fréquemment de milieu modeste. Le jeu excessif entraîne parfois des troubles psychiatriques, mentaux, des suicides et des dégâts sur les proches », précise M. Lahaie.
Face à cet enjeu de santé publique, l’ANJ a décidé, fin 2021, de réunir tous ses partenaires, et a émis, en février, des lignes directrices − à valeur d’obligation − et des recommandations, pour préciser sa mise en application d’un décret de 2020. En mars, la publicité de Winamax « Tout pour la daronne » a été retirée. Désormais, les publicités ne doivent plus « associer la pratique du jeu d’argent et de hasard avec la possibilité de changer de statut social », ni donner une « image positive du jeu ».
Opérateurs, ANJ, régies publicitaires et supports se sont également mis d’accord, le 7 novembre, en signant quatre chartes pour « modérer la pression publicitaire et promouvoir une publicité responsable » sur quatre supports : télévision, radio, affichage et numérique. Les sites se sont engagés à exclure les publicités à proximité des établissements scolaires et à réduire de quatre à trois le nombre de spots diffusés à chaque coupure télévisée ou radio. Les acteurs dans les publicités devront avoir plus de 25 ans, à l’exception des sportifs eux-mêmes. Sur Internet, les sites limiteront leurs campagnes à trois spots par jour, par utilisateur et par support, et les influenceurs mobilisés ne devront pas être trop populaires auprès des mineurs.
Du côté des entreprises, chacune vante ses actions en faveur d’un « jeu responsable », une sorte de juste milieu. « La publicité est nécessaire, mais nous sommes convaincus qu’une communication responsable est une condition essentielle à la durabilité de notre activité », dit-on à la Française des jeux, dont 15 % du budget publicitaire sont alloués au jeu responsable pendant la Coupe du monde.
Betclic réduira de 34 % ses investissements en numérique hors inflation par rapport à l’Euro 2021, et a choisi de ne pas faire de publicité sur le réseau social TikTok. De plus, 20 % des budgets de publicité télévisée sont consacrés à des campagnes de prévention chez Unibet, qui envoie régulièrement aux joueurs des courriels axés sur la prévention… Tout en leur envoyant, en même temps, une dizaine de notifications par jour pour les inciter à jouer, comme ses concurrents.
**Aller plus loin dans la régulation ?**
Santé publique France relève un paradoxe : alors qu’ils doivent faire de la prévention, « les opérateurs n’ont pas intérêt à ne pas faire jouer les joueurs en difficulté, qui représentent 60 % de leur chiffre d’affaires », estime Emmanuel Lahaie. « On n’est pas à la recherche de personnes qui perdent le contrôle, se défend Juliette de la Noue, porte-parole de l’Association française des jeux en ligne (Afjel), qui regroupe neuf opérateurs. Sur un plan business, les addicts finiront par fermer leur compte. Ce qui fait fonctionner le modèle, c’est le petit joueur récréatif qui joue de petites mises. »
Est-il possible d’aller plus loin dans la régulation sans condamner la viabilité des sites ? C’est le cas dans plusieurs pays voisins : depuis octobre, aucun sportif ne peut apparaître dans une publicité pour les paris au Royaume-Uni ; depuis 2018, un arrêté royal belge interdit notamment les publicités à la mi-temps des matchs. « Il faut considérer la régulation dans sa globalité, estime Mme de la Noue. Nous sommes surrégulés et surtaxés en France. On est déjà au bon niveau sur la publicité. »
L’Afjel est rejointe sur ce point par l’ANJ, qui met en avant le risque d’une résurgence du jeu illégal. Certains élus et associations souhaiteraient pourtant voir naître une loi Evin du jeu, pour encadrer encore davantage le marketing. « Ce serait intéressant d’aller plus loin : interdire les bonus de bienvenue, les pubs en rapport avec les paris sportifs cinq minutes avant les compétitions et à la mi-temps, ou interdire que les sites soient sponsors des maillots ou des stades, ce qui entretient une ambiguïté malsaine entre sport et jeu », plaide Jean-Michel Delile, psychiatre et président de la Fédération Addiction.
Très actifs sur les réseaux sociaux, liés à tous les acteurs du sport, les opérateurs participent plus largement à une banalisation du lien entre jeu et sport, ce qui nourrit les inquiétudes. « Pour faire la campagne, on a eu du mal à recruter des personnes (sportifs, journalistes) qui soient à la fois dans l’univers du sport et qui pourraient parler à notre cible, les jeunes, sans être affiliés directement ou non à un opérateur, conclut M. Lahaie, de Santé publique France. Ils le sont presque tous. »
“sommé de se modérer”
*On vit dans une dictature staliniste -* Le MEDEF probablement
>Une enquête de février 2022 menée par la Société d’entraide et d’action psychologique et l’ANJ révèle que plus d’un tiers des 15-17 ans jouent.
C’est affolant, j’arrive pas à comprendre comment on peut laisser une telle situation se produire.
Quelle mollesse bon sang …
On interdit la publicité pour ces merdes point barre.
“Met la daronne à l’abri” … Ça me donne.envie de gerber, quelle genre de raclure de bidet peut inventer un truc pareil.
Pour les plus intéressés sur le fonctionnement des opérateurs de jeux en ligne, lire l’article *Les jeunes payent l’addition* de La Revue Dessinée #38 de Hiver 2002/2023.
Parmi les informations, sans surprise pour les habitués :
* les joueurs qui perdent régulièrement sont les plus encouragés à jouer
* les joueurs qui gagnent sont empêchés de faire certains paris ou limités dans leurs gains, voire évincés.
Autrement dit, les **dés sont totalement pipés**. Encore une fois, sans surprise.
Ce sont des évidences bonnes à rappeler, surtout pour un public vulnérable.
Il y a quelque chose que je ne comprends pas : les mineurs utilisent leur carte bancaire pour jouer, or on peut savoir si la carte bancaire utilisée appartient à un mineur puisque c’était une des solutions avancées pour restreindre l’accès au porno par exemple, donc il suffirait que l’utilisation de cartes bancaires de mineurs soit interdite sur les sites de paris. Point barre.
Alors après s’ils utilisent la carte bancaire de leur parent, c’est eux qui sont fautifs.