**Une nouvelle vague de missiles russes a frappé les infrastructures civiles ukrainiennes, mercredi, plongeant une partie du pays, dont la capitale Kiev, dans l’obscurité et le froid.**
V
« A quoi cela sert-il que vous observiez les dégâts ? Le monde entier sait déjà ce qui se passe ici, cela ne change rien. Les gens ne comprennent que lorsque des missiles leur tombent sur la tête. » Posté derrière un ruban de plastique, un volontaire barre le passage vers un pâté de maisons endommagé par l’explosion, une heure plus tôt, d’un missile russe, mercredi 23 novembre, à Vychhorod, une banlieue au nord de Kiev. Le quadragénaire aux manières bien élevées et élégamment habillé dit exécuter les directives de la police de ne laisser passer personne. Tout le quartier a été bouclé « jusqu’à ce que les opérations de sauvetage soient achevées ».
La nuit tombe et une foule de riverains circule à petits pas précautionneux autour du périmètre interdit, glissant sur le verglas et la neige tassée. Les uns cherchent à voir les dégâts, d’autres se dépêchent de rentrer chez eux avant l’obscurité.
« Le courant a été coupé dans toute la ville immédiatement après l’explosion », constate le volontaire, du même ton posé. Sans laisser paraître d’agacement ou de fatalisme, il poursuit : « Notre voisin [russe] ne s’arrêtera pas. Pour survivre, nous devons le vaincre et il faudra aller jusqu’au bout. Quand nous avons vaincu Hitler, nous ne nous sommes pas arrêtés à la frontière allemande. Il a fallu aller jusqu’à Berlin et achever le monstre. »
Quelques minutes plus tard, de l’autre côté du pâté de maisons, un policier indulgent finit par nous laisser pénétrer vers le lieu du drame. Deux immeubles en brique de cinq étages, encadrant un terrain de jeux pour enfants, sont très endommagés, partiellement incendiés. Le missile semble avoir percé le toit de l’un des bâtiments. Toutes les vitres des alentours ont été soufflées, dont celles de l’école n° 1 de Vychhorod, à 50 mètres de là.
**Tactique russe de saturation des défenses antiaériennes**
« Heureusement qu’il n’y avait plus de gamins quand ça s’est produit », grommelle un homme en treillis assistant les sauveteurs. « Six corps ont été dégagés des décombres », explique-t-il « l’un d’eux gît encore ici », dit-il dans un geste désignant l’entrée d’un immeuble. Les pompiers continuent d’arpenter les ruines avec leurs lances à incendie, contournant les carcasses de véhicules carbonisés, les tôles tordues et autres débris jonchant le sol.
Les faisceaux des torches fouillent les ténèbres dans les appartements d’un immeuble de neuf étages, situé perpendiculairement aux deux bâtiments les plus touchés. Ses habitants parent au plus pressé. Les mieux équipés fixent des films en plastique aux fenêtres pour isoler leurs foyers du froid vif. « Je n’ai plus ni chauffage, ni électricité, ni eau », peste depuis son balcon du premier étage Serhi Vartchouk, la trentaine. « Qui va nous aider ? Personne. Ni le gouvernement ni les riches qui sont partis à l’étranger en attendant que ça passe. Je ne crois plus en rien, pas même en [Volodymyr] Zelensky, qui nous avait promis la paix », crie-t-il, excédé, avant de disparaître dans l’obscurité.
Une dizaine de villes ukrainiennes et des régions entières sont logées à la même enseigne que Vychhorod. Mercredi soir, l’eau et l’électricité étaient coupées dans 80 % des logements de la capitale, d’après le maire de Kiev, Vitali Klitschko, qui n’était pas en mesure de donner une date de rétablissement des services publics. L’attaque du 23 novembre a fait dix morts à travers l’Ukraine, selon un bilan provisoire du ministre de l’intérieur. Le gouverneur de la région de Kiev, Oleksiy Kouleba, a donné le chiffre de cinq tués et de 31 blessés dans la ville de Vychhorod.
Dans le district de Vychhorod, dans la banlieue de Kiev, en Ukraine, le 23 novembre. CHLOE SHARROCK / AGENCE MYOP POUR « LE MONDE »
Répétant pour la cinquième fois depuis le début de l’invasion une tactique de saturation des défenses antiaériennes ukrainiennes, l’armée russe a lancé plusieurs dizaines de missiles au même moment, en milieu d’après-midi. « L’Etat terroriste russe a tiré en masse des missiles sur les infrastructures critiques de l’Ukraine. Incapable de vaincre les forces armées ukrainiennes, l’ennemi mène une guerre contre les citoyens paisibles, les centrales électriques, les hôpitaux et même les bébés », a tweeté le général Valeri Zaloujny, commandant en chef des forces armées ukrainiennes.
**Vague meurtrière**
Il faisait allusion à une frappe, la veille, sur un hôpital de la région de Zaporijia, lors de laquelle un nouveau-né avait perdu la vie. Selon lui, la Russie a tiré 67 missiles de croisière de type Calibre X-101 et X-555, ainsi que cinq drones kamikazes. Quelque 51 missiles auraient été abattus par la défense antiaérienne ukrainienne. Cette nouvelle vague meurtrière vient une nouvelle fois démentir les affirmations d’experts militaires ukrainiens et occidentaux selon lesquelles la Russie aurait vidé son arsenal de missiles de croisière.
Elle survient aussi au moment où le Parlement européen votait une déclaration estimant que « la Russie est un Etat soutenant le terrorisme » par 494 voix pour, 58 contre et 44 abstentions. L’attaque intervient neuf mois après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, annoncée au petit matin du 24 février par Vladimir Poutine, alors que la première vague de missiles de croisière russes venait de s’abattre sur des cibles militaires ukrainiennes. Le 23 novembre, les missiles russes (du moins ceux qui n’ont pas été interceptés) visaient tous des objectifs civils situés à l’arrière du front. Il s’agit d’un « crime contre l’humanité », a dénoncé mercredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky devant le Conseil de sécurité des Nations unies.
Déployée sur le terrain et alimentée par ses propres ressources mobiles, l’armée ukrainienne n’est pas affectée par ces frappes. L’infrastructure électrique ukrainienne, identifiée par le Kremlin comme le talon d’Achille du pays, est clairement visée. Son effondrement complet au début de l’hiver doit, selon les plans russes, créer une vague massive d’émigration vers l’Europe, casser le moral de la population et rompre l’union sacrée entre la direction politique, l’armée et l’opinion publique observée depuis neuf mois. Aucun précédent historique ne vient pourtant illustrer l’efficacité de ce dessein.
Petit à petit l’Ukraine va être détruite. La guerre c’est de la M….e
Et extreme gauche et extreme droite ont voté contre la résolution qui considère que la Russie est un pays terroriste.
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**Une nouvelle vague de missiles russes a frappé les infrastructures civiles ukrainiennes, mercredi, plongeant une partie du pays, dont la capitale Kiev, dans l’obscurité et le froid.**
V
« A quoi cela sert-il que vous observiez les dégâts ? Le monde entier sait déjà ce qui se passe ici, cela ne change rien. Les gens ne comprennent que lorsque des missiles leur tombent sur la tête. » Posté derrière un ruban de plastique, un volontaire barre le passage vers un pâté de maisons endommagé par l’explosion, une heure plus tôt, d’un missile russe, mercredi 23 novembre, à Vychhorod, une banlieue au nord de Kiev. Le quadragénaire aux manières bien élevées et élégamment habillé dit exécuter les directives de la police de ne laisser passer personne. Tout le quartier a été bouclé « jusqu’à ce que les opérations de sauvetage soient achevées ».
La nuit tombe et une foule de riverains circule à petits pas précautionneux autour du périmètre interdit, glissant sur le verglas et la neige tassée. Les uns cherchent à voir les dégâts, d’autres se dépêchent de rentrer chez eux avant l’obscurité.
« Le courant a été coupé dans toute la ville immédiatement après l’explosion », constate le volontaire, du même ton posé. Sans laisser paraître d’agacement ou de fatalisme, il poursuit : « Notre voisin [russe] ne s’arrêtera pas. Pour survivre, nous devons le vaincre et il faudra aller jusqu’au bout. Quand nous avons vaincu Hitler, nous ne nous sommes pas arrêtés à la frontière allemande. Il a fallu aller jusqu’à Berlin et achever le monstre. »
Quelques minutes plus tard, de l’autre côté du pâté de maisons, un policier indulgent finit par nous laisser pénétrer vers le lieu du drame. Deux immeubles en brique de cinq étages, encadrant un terrain de jeux pour enfants, sont très endommagés, partiellement incendiés. Le missile semble avoir percé le toit de l’un des bâtiments. Toutes les vitres des alentours ont été soufflées, dont celles de l’école n° 1 de Vychhorod, à 50 mètres de là.
**Tactique russe de saturation des défenses antiaériennes**
« Heureusement qu’il n’y avait plus de gamins quand ça s’est produit », grommelle un homme en treillis assistant les sauveteurs. « Six corps ont été dégagés des décombres », explique-t-il « l’un d’eux gît encore ici », dit-il dans un geste désignant l’entrée d’un immeuble. Les pompiers continuent d’arpenter les ruines avec leurs lances à incendie, contournant les carcasses de véhicules carbonisés, les tôles tordues et autres débris jonchant le sol.
Les faisceaux des torches fouillent les ténèbres dans les appartements d’un immeuble de neuf étages, situé perpendiculairement aux deux bâtiments les plus touchés. Ses habitants parent au plus pressé. Les mieux équipés fixent des films en plastique aux fenêtres pour isoler leurs foyers du froid vif. « Je n’ai plus ni chauffage, ni électricité, ni eau », peste depuis son balcon du premier étage Serhi Vartchouk, la trentaine. « Qui va nous aider ? Personne. Ni le gouvernement ni les riches qui sont partis à l’étranger en attendant que ça passe. Je ne crois plus en rien, pas même en [Volodymyr] Zelensky, qui nous avait promis la paix », crie-t-il, excédé, avant de disparaître dans l’obscurité.
Une dizaine de villes ukrainiennes et des régions entières sont logées à la même enseigne que Vychhorod. Mercredi soir, l’eau et l’électricité étaient coupées dans 80 % des logements de la capitale, d’après le maire de Kiev, Vitali Klitschko, qui n’était pas en mesure de donner une date de rétablissement des services publics. L’attaque du 23 novembre a fait dix morts à travers l’Ukraine, selon un bilan provisoire du ministre de l’intérieur. Le gouverneur de la région de Kiev, Oleksiy Kouleba, a donné le chiffre de cinq tués et de 31 blessés dans la ville de Vychhorod.
Dans le district de Vychhorod, dans la banlieue de Kiev, en Ukraine, le 23 novembre. CHLOE SHARROCK / AGENCE MYOP POUR « LE MONDE »
Répétant pour la cinquième fois depuis le début de l’invasion une tactique de saturation des défenses antiaériennes ukrainiennes, l’armée russe a lancé plusieurs dizaines de missiles au même moment, en milieu d’après-midi. « L’Etat terroriste russe a tiré en masse des missiles sur les infrastructures critiques de l’Ukraine. Incapable de vaincre les forces armées ukrainiennes, l’ennemi mène une guerre contre les citoyens paisibles, les centrales électriques, les hôpitaux et même les bébés », a tweeté le général Valeri Zaloujny, commandant en chef des forces armées ukrainiennes.
**Vague meurtrière**
Il faisait allusion à une frappe, la veille, sur un hôpital de la région de Zaporijia, lors de laquelle un nouveau-né avait perdu la vie. Selon lui, la Russie a tiré 67 missiles de croisière de type Calibre X-101 et X-555, ainsi que cinq drones kamikazes. Quelque 51 missiles auraient été abattus par la défense antiaérienne ukrainienne. Cette nouvelle vague meurtrière vient une nouvelle fois démentir les affirmations d’experts militaires ukrainiens et occidentaux selon lesquelles la Russie aurait vidé son arsenal de missiles de croisière.
Elle survient aussi au moment où le Parlement européen votait une déclaration estimant que « la Russie est un Etat soutenant le terrorisme » par 494 voix pour, 58 contre et 44 abstentions. L’attaque intervient neuf mois après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, annoncée au petit matin du 24 février par Vladimir Poutine, alors que la première vague de missiles de croisière russes venait de s’abattre sur des cibles militaires ukrainiennes. Le 23 novembre, les missiles russes (du moins ceux qui n’ont pas été interceptés) visaient tous des objectifs civils situés à l’arrière du front. Il s’agit d’un « crime contre l’humanité », a dénoncé mercredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky devant le Conseil de sécurité des Nations unies.
Déployée sur le terrain et alimentée par ses propres ressources mobiles, l’armée ukrainienne n’est pas affectée par ces frappes. L’infrastructure électrique ukrainienne, identifiée par le Kremlin comme le talon d’Achille du pays, est clairement visée. Son effondrement complet au début de l’hiver doit, selon les plans russes, créer une vague massive d’émigration vers l’Europe, casser le moral de la population et rompre l’union sacrée entre la direction politique, l’armée et l’opinion publique observée depuis neuf mois. Aucun précédent historique ne vient pourtant illustrer l’efficacité de ce dessein.
Petit à petit l’Ukraine va être détruite. La guerre c’est de la M….e
Et extreme gauche et extreme droite ont voté contre la résolution qui considère que la Russie est un pays terroriste.
*depuis