> **Le Rassemblement national cultivait ses réseaux trumpistes en pleine enquête sur l’assaut du Capitole**
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> En septembre 2021, le groupe du RN au Parlement européen envoyait deux élus aux Etats-Unis à la rencontre des radicaux du Parti républicain. Malgré l’assaut du Capitole huit mois plus tôt, et la distance affichée par Marine Le Pen à l’égard de Donald Trump.
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> Par Clément Guillou
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> Souvent ramené à ses sympathies poutiniennes, le Rassemblement national (RN) n’oublie pas de cultiver ses réseaux trumpistes. En septembre 2021, alors qu’une commission parlementaire disséquait le rôle de Donald Trump dans l’assaut du Capitole le 6 janvier de la même année, deux députés européens du RN rencontraient les élus républicains les plus radicaux, lors d’un voyage organisé par des conseillers de l’ancien président et payé par les fonds européens du RN.
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> Le détail de ce voyage est connu grâce à la publication, le 11 novembre, des déclarations d’enregistrement (« Registration Statement ») de l’entreprise de communication politique Logan Circle, fondée par un cadre des campagnes présidentielles de Donald Trump. Repérés par Intelligence Online, ces documents récapitulent l’ensemble des prestations payées par le groupe parlementaire Identité et démocratie (ID) – dans lequel siègent les élus du RN au Parlement européen – à Logan Circle en 2021, pour la somme de 72 720 dollars (70 000 euros), plus 16 194 dollars de dépenses sur place. Il s’agit de l’unique contrat européen de cette agence à forte coloration trumpiste.
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> Les prestations ont consisté en l’écriture de quatre newsletters à destination de médias américains, de la veille médiatique, l’organisation de déplacements d’élus du RN au Conservative Political Action Conference (CPAC), le raout des conservateurs américains, et du voyage de Jérôme Rivière et Nicolas Bay en septembre 2021. Deux cadres du RN au Parlement européen : le premier y était alors président de la délégation française de ID, le second vice-président du groupe. Les deux parlementaires, qui ont rallié Eric Zemmour en 2022 pour la campagne présidentielle, n’ont jamais fait mystère de ce déplacement à Washington et en Arizona, organisé par Jérôme Rivière.
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> Ils affirment que, si le parti n’a pas eu à valider ce séjour, il ne lui a pas été reproché malgré l’odeur de soufre dégagée par Donald Trump et ses troupes à l’époque. « Le déplacement s’inscrivait dans une continuité des relations avec les réseaux trumpistes qui ne s’est jamais démentie », souligne Nicolas Bay. Ils étaient accompagnés de Thibaut François, l’homme des relations internationales du RN au Parlement européen, élu député du Nord lors des législatives de juin. M. François, mentionné comme interlocuteur de Logan Circle, dément tout « pouvoir juridique dans ce déplacement », et rappelle que Jérôme Rivière en était le signataire. Ce dernier souligne que le contrat a été préparé par l’administration du groupe ID et validé par le bureau.
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> **« Ces voyages, c’est de l’improvisation »**
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> L’épisode rappelle qu’en dépit d’une façade plus progressiste sur les questions sociétales et son attachement affiché à la démocratie, le RN entretient des liens privilégiés avec d’un côté les réseaux de Vladimir Poutine, jusqu’à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de l’autre ceux de Donald Trump, malgré sa contestation forcenée des résultats de l’élection présidentielle, qui a abouti à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. En 2018, le conseiller du président américain, Steve Bannon, avait été l’invité du congrès du parti. Plusieurs députés européens du RN participent à chaque CPAC, et Jordan Bardella, président du parti, a prononcé un discours lors de la première édition européenne de cette grand-messe conservatrice, en Hongrie, au mois de mai.
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> Vis-à-vis de Donald Trump personnellement, Marine Le Pen a conservé une certaine distance, consciente que ses outrances étaient mal perçues en France. Refusant dans un premier temps de reconnaître la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine, en cohérence avec sa base militante, elle a plus tard condamné l’attaque du Capitole, tout en jugeant « plus grave encore » la suspension du compte Twitter de Donald Trump.
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> « Marine Le Pen a toujours demandé, pour ne pas apparaître comme prorusse, qu’un certain nombre de gens fassent le job de l’autre côté, aux Etats-Unis. Elle voyait cela d’un bon œil », affirme un ancien cadre du groupe ID au Parlement européen. Un autre bon connaisseur de la délégation européenne du RN relativise la signification politique des séjours répétés de Jérôme Rivière en terre trumpiste : « Les voyages des députés européens, ça a toujours été n’importe quoi. Inutile de chercher une logique ou un quelconque plan, c’est de l’improvisation. » Pour Thibaut François, le voyage de septembre 2021 « était davantage au bénéfice de l’image des deux députés européens que du RN ».
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> Jérôme Rivière confirme que la délégation européenne du RN est autonome dans l’organisation de ses déplacements, mais que « Marine savait qu’on faisait ce genre de choses. On respectait une ligne politique, je n’allais pas aller au Venezuela. C’était un travail de fond important dans la perspective d’une victoire à l’élection présidentielle, de l’application de notre programme international, comme la sortie du commandement militaire intégré de l’OTAN. J’étais sur le front ouest, et Thierry Mariani s’occupait des relations de l’autre côté, en Russie. »
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> **« Il n’y a pas de contacts honteux »**
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> Sur le budget alloué par le Parlement européen pour ces missions de représentation, le Logan Circle a concocté à MM. Bay et Rivière un riche programme du 21 au 24 septembre 2021. Repas et nuitées dans des établissements de bonne facture dans le quartier de la Maison Blanche, et rencontre avec les plus fidèles partisans de Donald Trump. Les cinq congressistes républicains – Jim Banks, Byron Donalds, Matt Gaetz, Paul Gosar, Greg Steube – font tous partie de ceux ayant contesté les résultats électoraux, alléguant de fraudes jamais prouvées.
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> Sur le plan politique, ils font partie de la frange la plus conservatrice du Parti républicain. Paul Gosar souscrit à la théorie du complot d’un assaut du Capitole orchestré par l’extrême gauche américaine. Il estime que le pays est dans un état de guerre civile et a participé en 2021 et 2022 à une conférence organisée par le suprémaciste blanc Nick Fuentes, connu pour ses propos négationnistes. Quant à Matt Gaetz, étoile montante du trumpisme, il faisait à l’époque l’objet d’une enquête pour des relations sexuelles présumées avec une jeune fille mineure. Les poursuites ont été abandonnées en septembre 2022.
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> Nicolas Bay et Jérôme Rivière ont ensuite été convoyés en Arizona, où ils ont admiré le mur érigé à la frontière par Donald Trump et rencontré d’autres élus locaux qui continuent, aujourd’hui, de contester l’élection de Joe Biden. « C’est de la diplomatie parlementaire. Il n’y a pas de contacts honteux, et les lobbyistes du Logan Circle ont fait avancer la notoriété du RN auprès du Parti républicain », commente Jérôme Rivière.
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> Lors des élections de mi-mandat, le 9 novembre, M. Rivière, que Marine Le Pen surnommait parfois « le sénateur du Kentucky », était de nouveau à Washington. Sur ses réseaux sociaux, il a repris l’antienne trumpiste d’un « décompte des votes très contesté » en Arizona, un Etat pivot pour la conquête du Sénat.
> payées par le groupe parlementaire ~~Identité et démocratie~~ (ID) – dans lequel siègent les élus du RN au Parlement européen
Alors que c’est ploucs et monarchie leur vraie nature.
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> **Le Rassemblement national cultivait ses réseaux trumpistes en pleine enquête sur l’assaut du Capitole**
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> En septembre 2021, le groupe du RN au Parlement européen envoyait deux élus aux Etats-Unis à la rencontre des radicaux du Parti républicain. Malgré l’assaut du Capitole huit mois plus tôt, et la distance affichée par Marine Le Pen à l’égard de Donald Trump.
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> Par Clément Guillou
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> Souvent ramené à ses sympathies poutiniennes, le Rassemblement national (RN) n’oublie pas de cultiver ses réseaux trumpistes. En septembre 2021, alors qu’une commission parlementaire disséquait le rôle de Donald Trump dans l’assaut du Capitole le 6 janvier de la même année, deux députés européens du RN rencontraient les élus républicains les plus radicaux, lors d’un voyage organisé par des conseillers de l’ancien président et payé par les fonds européens du RN.
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> Le détail de ce voyage est connu grâce à la publication, le 11 novembre, des déclarations d’enregistrement (« Registration Statement ») de l’entreprise de communication politique Logan Circle, fondée par un cadre des campagnes présidentielles de Donald Trump. Repérés par Intelligence Online, ces documents récapitulent l’ensemble des prestations payées par le groupe parlementaire Identité et démocratie (ID) – dans lequel siègent les élus du RN au Parlement européen – à Logan Circle en 2021, pour la somme de 72 720 dollars (70 000 euros), plus 16 194 dollars de dépenses sur place. Il s’agit de l’unique contrat européen de cette agence à forte coloration trumpiste.
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> Les prestations ont consisté en l’écriture de quatre newsletters à destination de médias américains, de la veille médiatique, l’organisation de déplacements d’élus du RN au Conservative Political Action Conference (CPAC), le raout des conservateurs américains, et du voyage de Jérôme Rivière et Nicolas Bay en septembre 2021. Deux cadres du RN au Parlement européen : le premier y était alors président de la délégation française de ID, le second vice-président du groupe. Les deux parlementaires, qui ont rallié Eric Zemmour en 2022 pour la campagne présidentielle, n’ont jamais fait mystère de ce déplacement à Washington et en Arizona, organisé par Jérôme Rivière.
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> Ils affirment que, si le parti n’a pas eu à valider ce séjour, il ne lui a pas été reproché malgré l’odeur de soufre dégagée par Donald Trump et ses troupes à l’époque. « Le déplacement s’inscrivait dans une continuité des relations avec les réseaux trumpistes qui ne s’est jamais démentie », souligne Nicolas Bay. Ils étaient accompagnés de Thibaut François, l’homme des relations internationales du RN au Parlement européen, élu député du Nord lors des législatives de juin. M. François, mentionné comme interlocuteur de Logan Circle, dément tout « pouvoir juridique dans ce déplacement », et rappelle que Jérôme Rivière en était le signataire. Ce dernier souligne que le contrat a été préparé par l’administration du groupe ID et validé par le bureau.
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> **« Ces voyages, c’est de l’improvisation »**
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> L’épisode rappelle qu’en dépit d’une façade plus progressiste sur les questions sociétales et son attachement affiché à la démocratie, le RN entretient des liens privilégiés avec d’un côté les réseaux de Vladimir Poutine, jusqu’à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de l’autre ceux de Donald Trump, malgré sa contestation forcenée des résultats de l’élection présidentielle, qui a abouti à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. En 2018, le conseiller du président américain, Steve Bannon, avait été l’invité du congrès du parti. Plusieurs députés européens du RN participent à chaque CPAC, et Jordan Bardella, président du parti, a prononcé un discours lors de la première édition européenne de cette grand-messe conservatrice, en Hongrie, au mois de mai.
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> Vis-à-vis de Donald Trump personnellement, Marine Le Pen a conservé une certaine distance, consciente que ses outrances étaient mal perçues en France. Refusant dans un premier temps de reconnaître la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine, en cohérence avec sa base militante, elle a plus tard condamné l’attaque du Capitole, tout en jugeant « plus grave encore » la suspension du compte Twitter de Donald Trump.
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> « Marine Le Pen a toujours demandé, pour ne pas apparaître comme prorusse, qu’un certain nombre de gens fassent le job de l’autre côté, aux Etats-Unis. Elle voyait cela d’un bon œil », affirme un ancien cadre du groupe ID au Parlement européen. Un autre bon connaisseur de la délégation européenne du RN relativise la signification politique des séjours répétés de Jérôme Rivière en terre trumpiste : « Les voyages des députés européens, ça a toujours été n’importe quoi. Inutile de chercher une logique ou un quelconque plan, c’est de l’improvisation. » Pour Thibaut François, le voyage de septembre 2021 « était davantage au bénéfice de l’image des deux députés européens que du RN ».
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> Jérôme Rivière confirme que la délégation européenne du RN est autonome dans l’organisation de ses déplacements, mais que « Marine savait qu’on faisait ce genre de choses. On respectait une ligne politique, je n’allais pas aller au Venezuela. C’était un travail de fond important dans la perspective d’une victoire à l’élection présidentielle, de l’application de notre programme international, comme la sortie du commandement militaire intégré de l’OTAN. J’étais sur le front ouest, et Thierry Mariani s’occupait des relations de l’autre côté, en Russie. »
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> **« Il n’y a pas de contacts honteux »**
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> Sur le budget alloué par le Parlement européen pour ces missions de représentation, le Logan Circle a concocté à MM. Bay et Rivière un riche programme du 21 au 24 septembre 2021. Repas et nuitées dans des établissements de bonne facture dans le quartier de la Maison Blanche, et rencontre avec les plus fidèles partisans de Donald Trump. Les cinq congressistes républicains – Jim Banks, Byron Donalds, Matt Gaetz, Paul Gosar, Greg Steube – font tous partie de ceux ayant contesté les résultats électoraux, alléguant de fraudes jamais prouvées.
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> Sur le plan politique, ils font partie de la frange la plus conservatrice du Parti républicain. Paul Gosar souscrit à la théorie du complot d’un assaut du Capitole orchestré par l’extrême gauche américaine. Il estime que le pays est dans un état de guerre civile et a participé en 2021 et 2022 à une conférence organisée par le suprémaciste blanc Nick Fuentes, connu pour ses propos négationnistes. Quant à Matt Gaetz, étoile montante du trumpisme, il faisait à l’époque l’objet d’une enquête pour des relations sexuelles présumées avec une jeune fille mineure. Les poursuites ont été abandonnées en septembre 2022.
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> Nicolas Bay et Jérôme Rivière ont ensuite été convoyés en Arizona, où ils ont admiré le mur érigé à la frontière par Donald Trump et rencontré d’autres élus locaux qui continuent, aujourd’hui, de contester l’élection de Joe Biden. « C’est de la diplomatie parlementaire. Il n’y a pas de contacts honteux, et les lobbyistes du Logan Circle ont fait avancer la notoriété du RN auprès du Parti républicain », commente Jérôme Rivière.
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> Lors des élections de mi-mandat, le 9 novembre, M. Rivière, que Marine Le Pen surnommait parfois « le sénateur du Kentucky », était de nouveau à Washington. Sur ses réseaux sociaux, il a repris l’antienne trumpiste d’un « décompte des votes très contesté » en Arizona, un Etat pivot pour la conquête du Sénat.
> payées par le groupe parlementaire ~~Identité et démocratie~~ (ID) – dans lequel siègent les élus du RN au Parlement européen
Alors que c’est ploucs et monarchie leur vraie nature.