«Je deviens asocial» : l’immense ras-le-bol des Français en Chine, confinés ou qui craignent de l’être
Par Nicolas Berrod Le 27 novembre 2022 à 11h15
7 – 8 minutes
Trois jours de suite, le même rituel. Des agents en combinaison blanche sonnent à la porte le soir et font passer un test PCR à tous les habitants. En attendant les résultats le lendemain matin, la tour d’appartements est entièrement confinée. Et si un cas de Covid est détecté, elle le reste. La raison de ce tour de vis, que nous raconte Fabien, expatrié Français à Shanghai depuis novembre 2020, paraît insensée vue de l’Hexagone : un résident a été cas contact d’une personne atteinte du Covid. Résultat, « sur la boucle de messagerie WeChat de l’immeuble, beaucoup de Chinois se plaignent et râlent ».
1,5 milliard d’habitants sont-ils condamnés à vivre confinés ou sous la menace de l’être, quand les 6,5 autres milliards de Terriens apprennent progressivement à « vivre avec le virus » ? Probablement, du moins pendant encore un certain temps. Car même si des manifestations d’une ampleur inédite naissent depuis quelques jours, y compris à Shanghai et Pékin, le régime chinois ne compte pas abolir sa stratégie radicale visant à éradiquer toute propagation du Covid-19, à coups de confinements massifs et de dépistage régulier obligatoire.
La Chine a annoncé dimanche 39506 nouveaux cas positifs, du jamais-vu depuis le début de la pandémie. Selon le groupe de services financiers Nomura, un tiers de la population serait partiellement ou totalement confinée. « C‘est l’imprévisibilité totale, que ce soit pour la vie professionnelle ou personnelle. On navigue à vue », témoigne Fabien, lassé du haut de sa trentaine d’années.
« On vit au jour le jour, on apprend toujours tout au dernier moment », complète Aurélien Diaz, 42 ans, résident à Zhengzhou depuis cinq ans. Pas loin, l’usine Foxconn qui produit des iPhone est sous cloche depuis un mois.
« Ah super, je vais en profiter pour me faire tester »
Depuis vendredi, de nombreux quartiers de Zhengzhou sont eux aussi confinés pour au moins cinq jours. Ayant la chance de vivre dans une résidence de classe moyenne, Aurélien Diaz se dit « plutôt chanceux ». « Mes anciens étudiants étaient confinés dans leur dortoir, à six », raconte ce professeur d’université. Depuis deux mois, toute sortie au bar ou au restaurant était déjà impossible. « Les seules choses restées ouvertes, ce sont le métro, des supérettes et des magasins de produits de première nécessité », raconte l’expatrié. Qui lâche carrément avoir « l’impression de devenir asocial ».
La situation devient également critique à Pékin. Des dizaines d’immeubles résidentiels y sont confinés, les entreprises ont généralisé le télétravail tandis que de nombreux restaurants, bars, magasins, musées et autres établissements divers ont baissé le rideau. Jean-Philippe, 61 ans, vit dans la capitale chinoise depuis quatorze ans. Il fait partie des Pékinois chanceux qui peuvent toujours, du moins pour le moment, sortir de chez eux quand ils le souhaitent. « Mais les gardes, qui contrôlent habituellement le seul point d’accès encore ouvert, portent désormais des combinaisons blanches, et les livreurs ne se sont plus autorisés à pénétrer dans la résidence », témoigne-t-il.
Sur Twitter, la correspondante de TF1 en Chine, Justine Jankowski, s’est retrouvée enfermée dans l’immeuble de son compagnon chez qui elle venait de passer la nuit. « La politique zéro Covid, un bon moyen de tester son couple en Chine », a-t-elle ironisé.
🇨🇳Imagine tu passes la nuit chez ton copain et le lendemain matin quand tu dois partir les autorités ont scellé la porte d’entrée. Nous n’avons aucune info sur le pq & sur la durée de cette quarantaine. La politique zéro #covid, un bon moyen de tester son couple #Chine pic.twitter.com/sLbv0d4Pug
— Justine Jankowski (@JustineJankows1) November 21, 2022
Dans de nombreuses villes, chaque habitant est obligé de se faire tester tous les jours ou tous les deux jours. Pour entrer dans n’importe quel lieu public et pour aller travailler, il faut obligatoirement scanner un QR Code attestant d’un résultat négatif. « Je ne compte même plus le nombre de tests réalisés, ça devient insupportable », témoigne Fabien. Lui-même est parfois surpris par ses propres comportements. « Une fois, sur le chemin à scooter, j’ai vu une cabine de dépistage avec trois péquenauds qui patientaient. Je me dis suit dit : Ah super, je vais en profiter pour me faire tester », témoigne-t-il.
Au moindre résultat positif, tout l’immeuble est aussitôt confiné et la personne « fautive » est envoyée en centre de quarantaine – qualifié par certains de « camp de concentration ». « Une collègue a même été confinée au travail pendant deux jours, sans nourriture ni couverture », raconte Xi, une Chinoise vivant à Shanghai et travaillant dans un groupe français. La jeune femme « a peur » de se retrouver dans une ville totalement confinée, comme au printemps dernier. « Je râle en permanence contre toutes les règles avec mes collègues français, mais je ne peux rien dire avec ceux qui sont chinois car je risque d’être dénoncée », reprend-elle.
Quitter la Chine ?
La censure règne en maître en Chine. Le moindre texte critique de la stratégie officielle et publié sur Internet, par exemple sur le réseau de microblogging Weibo, passe aussitôt à la trappe. « C’est le jeu du chat de la souris avec la censure. Il n’y a aucun anonymat même sur WeChat, on se garde bien d’utiliser certains mots qui peuvent allumer des voyants rouges. Sinon, on sait que les policiers peuvent sonner à la porte le soir », illustre Fabien.
Avec leur réseau VPN, certains Français vivant en Chine parviennent à accéder à des réseaux en théorie inaccessibles dans le pays et surtout où règne la liberté d’expression, comme Twitter.
Dans ces conditions, quitter la Chine est parfois la seule solution… Pour ceux qui le peuvent. Géraldine, qui a vécu confinée avec sa fille de 4 ans et son mari à Shanghai au printemps dernier et nous avait raconté la « révolte » grandissante, vit désormais à New York. Aurélien Diaz « réfléchit » à s’en aller depuis la réélection du président chinois et les décisions qui pourraient être prises à l’avenir, le rendant « très inquiet ». « Une catastrophe humanitaire est en cours, de plus en plus de monde en Chine est dans la détresse la plus totale. Chaque jour, on voit des suicides, notamment des jeunes », raconte le quadragénaire.
« J’ai énormément d’amis proches qui sont partis, en Thaïlande, en France… » témoigne de son côté Fabien, lui-même en plein dilemme. « J’ai un boulot qui me plaît, une situation que j’aime bien, les Chinois sont très accueillants, j’aime beaucoup la ville… Mais clairement, je ne me vois pas rester sur la durée », développe-t-il. S’il avait des enfants avec son épouse, il serait sans doute déjà parti pour leur éviter de telles contraintes de vie. « C’est triste, mais du coup je ne regrette pas du tout de ne pas en avoir. »
>immigre dans un Etat totalitaire
>pas content de se faire totalitariser
AAAAAAAAAAAAAAAAAAH SE POURRAIT IL QUE CE SOIT LES CONSÉQUENCES DE MES PROPRES CHOIX ?
> « C’est le jeu du chat de la souris avec la censure. Il n’y a aucun anonymat même sur WeChat, on se garde bien d’utiliser certains mots qui peuvent allumer des voyants rouges. Sinon, on sait que les policiers peuvent sonner à la porte le soir », illustre Fabien
Ou quand la Stasi accède à des technologies du XXIème siècle.
>Imagine tu passes la nuit chez ton copain et le lendemain matin quand tu dois partir les autorités ont scellé la porte d’entrée. **Nous n’avons aucune info sur le pq**
Le pq, une passion française
Ça doit être horrible pour ceux qui vivent ça parce qu’ils veulent rester avec leur famille. Je leur souhaite de pouvoir quitter cette immonde dictature inhumaine avec leurs proches me plus tôt possible.
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OP, peux-tu coller l’article s’il te plaît ?
«Je deviens asocial» : l’immense ras-le-bol des Français en Chine, confinés ou qui craignent de l’être
Par Nicolas Berrod Le 27 novembre 2022 à 11h15
7 – 8 minutes
Trois jours de suite, le même rituel. Des agents en combinaison blanche sonnent à la porte le soir et font passer un test PCR à tous les habitants. En attendant les résultats le lendemain matin, la tour d’appartements est entièrement confinée. Et si un cas de Covid est détecté, elle le reste. La raison de ce tour de vis, que nous raconte Fabien, expatrié Français à Shanghai depuis novembre 2020, paraît insensée vue de l’Hexagone : un résident a été cas contact d’une personne atteinte du Covid. Résultat, « sur la boucle de messagerie WeChat de l’immeuble, beaucoup de Chinois se plaignent et râlent ».
1,5 milliard d’habitants sont-ils condamnés à vivre confinés ou sous la menace de l’être, quand les 6,5 autres milliards de Terriens apprennent progressivement à « vivre avec le virus » ? Probablement, du moins pendant encore un certain temps. Car même si des manifestations d’une ampleur inédite naissent depuis quelques jours, y compris à Shanghai et Pékin, le régime chinois ne compte pas abolir sa stratégie radicale visant à éradiquer toute propagation du Covid-19, à coups de confinements massifs et de dépistage régulier obligatoire.
La Chine a annoncé dimanche 39506 nouveaux cas positifs, du jamais-vu depuis le début de la pandémie. Selon le groupe de services financiers Nomura, un tiers de la population serait partiellement ou totalement confinée. « C‘est l’imprévisibilité totale, que ce soit pour la vie professionnelle ou personnelle. On navigue à vue », témoigne Fabien, lassé du haut de sa trentaine d’années.
« On vit au jour le jour, on apprend toujours tout au dernier moment », complète Aurélien Diaz, 42 ans, résident à Zhengzhou depuis cinq ans. Pas loin, l’usine Foxconn qui produit des iPhone est sous cloche depuis un mois.
« Ah super, je vais en profiter pour me faire tester »
Depuis vendredi, de nombreux quartiers de Zhengzhou sont eux aussi confinés pour au moins cinq jours. Ayant la chance de vivre dans une résidence de classe moyenne, Aurélien Diaz se dit « plutôt chanceux ». « Mes anciens étudiants étaient confinés dans leur dortoir, à six », raconte ce professeur d’université. Depuis deux mois, toute sortie au bar ou au restaurant était déjà impossible. « Les seules choses restées ouvertes, ce sont le métro, des supérettes et des magasins de produits de première nécessité », raconte l’expatrié. Qui lâche carrément avoir « l’impression de devenir asocial ».
La situation devient également critique à Pékin. Des dizaines d’immeubles résidentiels y sont confinés, les entreprises ont généralisé le télétravail tandis que de nombreux restaurants, bars, magasins, musées et autres établissements divers ont baissé le rideau. Jean-Philippe, 61 ans, vit dans la capitale chinoise depuis quatorze ans. Il fait partie des Pékinois chanceux qui peuvent toujours, du moins pour le moment, sortir de chez eux quand ils le souhaitent. « Mais les gardes, qui contrôlent habituellement le seul point d’accès encore ouvert, portent désormais des combinaisons blanches, et les livreurs ne se sont plus autorisés à pénétrer dans la résidence », témoigne-t-il.
Sur Twitter, la correspondante de TF1 en Chine, Justine Jankowski, s’est retrouvée enfermée dans l’immeuble de son compagnon chez qui elle venait de passer la nuit. « La politique zéro Covid, un bon moyen de tester son couple en Chine », a-t-elle ironisé.
🇨🇳Imagine tu passes la nuit chez ton copain et le lendemain matin quand tu dois partir les autorités ont scellé la porte d’entrée. Nous n’avons aucune info sur le pq & sur la durée de cette quarantaine. La politique zéro #covid, un bon moyen de tester son couple #Chine pic.twitter.com/sLbv0d4Pug
— Justine Jankowski (@JustineJankows1) November 21, 2022
Dans de nombreuses villes, chaque habitant est obligé de se faire tester tous les jours ou tous les deux jours. Pour entrer dans n’importe quel lieu public et pour aller travailler, il faut obligatoirement scanner un QR Code attestant d’un résultat négatif. « Je ne compte même plus le nombre de tests réalisés, ça devient insupportable », témoigne Fabien. Lui-même est parfois surpris par ses propres comportements. « Une fois, sur le chemin à scooter, j’ai vu une cabine de dépistage avec trois péquenauds qui patientaient. Je me dis suit dit : Ah super, je vais en profiter pour me faire tester », témoigne-t-il.
Au moindre résultat positif, tout l’immeuble est aussitôt confiné et la personne « fautive » est envoyée en centre de quarantaine – qualifié par certains de « camp de concentration ». « Une collègue a même été confinée au travail pendant deux jours, sans nourriture ni couverture », raconte Xi, une Chinoise vivant à Shanghai et travaillant dans un groupe français. La jeune femme « a peur » de se retrouver dans une ville totalement confinée, comme au printemps dernier. « Je râle en permanence contre toutes les règles avec mes collègues français, mais je ne peux rien dire avec ceux qui sont chinois car je risque d’être dénoncée », reprend-elle.
Quitter la Chine ?
La censure règne en maître en Chine. Le moindre texte critique de la stratégie officielle et publié sur Internet, par exemple sur le réseau de microblogging Weibo, passe aussitôt à la trappe. « C’est le jeu du chat de la souris avec la censure. Il n’y a aucun anonymat même sur WeChat, on se garde bien d’utiliser certains mots qui peuvent allumer des voyants rouges. Sinon, on sait que les policiers peuvent sonner à la porte le soir », illustre Fabien.
Avec leur réseau VPN, certains Français vivant en Chine parviennent à accéder à des réseaux en théorie inaccessibles dans le pays et surtout où règne la liberté d’expression, comme Twitter.
Dans ces conditions, quitter la Chine est parfois la seule solution… Pour ceux qui le peuvent. Géraldine, qui a vécu confinée avec sa fille de 4 ans et son mari à Shanghai au printemps dernier et nous avait raconté la « révolte » grandissante, vit désormais à New York. Aurélien Diaz « réfléchit » à s’en aller depuis la réélection du président chinois et les décisions qui pourraient être prises à l’avenir, le rendant « très inquiet ». « Une catastrophe humanitaire est en cours, de plus en plus de monde en Chine est dans la détresse la plus totale. Chaque jour, on voit des suicides, notamment des jeunes », raconte le quadragénaire.
« J’ai énormément d’amis proches qui sont partis, en Thaïlande, en France… » témoigne de son côté Fabien, lui-même en plein dilemme. « J’ai un boulot qui me plaît, une situation que j’aime bien, les Chinois sont très accueillants, j’aime beaucoup la ville… Mais clairement, je ne me vois pas rester sur la durée », développe-t-il. S’il avait des enfants avec son épouse, il serait sans doute déjà parti pour leur éviter de telles contraintes de vie. « C’est triste, mais du coup je ne regrette pas du tout de ne pas en avoir. »
>immigre dans un Etat totalitaire
>pas content de se faire totalitariser
AAAAAAAAAAAAAAAAAAH SE POURRAIT IL QUE CE SOIT LES CONSÉQUENCES DE MES PROPRES CHOIX ?
> « C’est le jeu du chat de la souris avec la censure. Il n’y a aucun anonymat même sur WeChat, on se garde bien d’utiliser certains mots qui peuvent allumer des voyants rouges. Sinon, on sait que les policiers peuvent sonner à la porte le soir », illustre Fabien
Ou quand la Stasi accède à des technologies du XXIème siècle.
>Imagine tu passes la nuit chez ton copain et le lendemain matin quand tu dois partir les autorités ont scellé la porte d’entrée. **Nous n’avons aucune info sur le pq**
Le pq, une passion française
Ça doit être horrible pour ceux qui vivent ça parce qu’ils veulent rester avec leur famille. Je leur souhaite de pouvoir quitter cette immonde dictature inhumaine avec leurs proches me plus tôt possible.