Jimmy Pahun est député (MoDem) du Morbihan. Avant de s’embarquer en politique, il a été navigateur : une transat AG2R remportée avec Alain Gautier, un tour de France à la voile et dix victoires au Spi Ouest-France. Celui qui a découvert l’étendue de la pollution plastique en sillonnant les mers comptait bien ajouter une ligne à son palmarès : l’interdiction des emballages en polystyrène.
L’enjeu est de taille : on les retrouve dans la plupart des 15 milliards de pots de yaourt achetés (et jetés) chaque année en France qui finissent dans leur très grande majorité au mieux incinérés, au pire dans la nature. Le polystyrène illustre cette menace protéiforme contre laquelle les Etats semblent enfin décidés à agir. Le principe d’un traité international sur le problème plus large de la pollution plastique a été validé en mars sous l’égide des Nations unies et un premier round de négociations s’est ouvert le 28 novembre à Punta del Este, en Uruguay.
Le député Pahun ne fera pas partie de la délégation française. Il a fait le tour des parlementaires et des rédactions pour défendre sa « proposition de loi visant à lutter contre les plastiques dangereux pour l’environnement et la santé », martelant qu’« en 2050, l’océan comptera davantage de plastique que de poissons » et alertant sur la menace spécifique du polystyrène, ce « matériau toxique qui constitue plus du tiers des plastiques retrouvés dans l’environnement ».
Las. La proposition de loi a été sabordée par son propre camp. Certes, elle a été adoptée en toute discrétion le 6 octobre en première lecture par les députés mais après avoir été vidée de sa substance. Exit toute référence au polystyrène. A la demande des élus de la majorité présidentielle, l’article premier visant « à interdire les emballages alimentaires constitués de polystyrène à compter du 1er janvier 2025 » a été entièrement réécrit : sont désormais concernés par l’interdiction « les emballages en plastique à usage unique non recyclables ». Une nuance qui change tout car les emballages en polystyrène sont aujourd’hui théoriquement « recyclables » même si dans les faits moins de 2 % sont recyclés dans des usines en Allemagne et en Espagne.
« C’est une déception très forte et une incompréhension très forte », réagit Henri Bourgeois-Costa, chargé du plaidoyer à la Fondation Tara Océan, qui avait travaillé sur la proposition de loi. « Le gouvernement ne voulait pas de l’interdiction », indique-t-on dans l’entourage du député. « Le gouvernement et mon parti m’ont fait comprendre qu’on ne pouvait pas changer la loi au milieu du chemin », témoigne Jimmy Pahun. Dans le cadre de l’examen du projet de loi climat et résilience, en 2021, le député avait déjà déposé un amendement pour interdire le polystyrène. Il avait cette fois été retoqué par le Sénat.
Mais alors, qu’est-ce qui coince en France avec le polystyrène ? « Ça coince, car c’est 15 milliards de pots de yaourt », répond, sibyllin, l’ancien navigateur, que son entourage dit heurté par ce nouveau revers. « Il y a eu un intense lobbying de la plasturgie, décrypte Magali Ringoot, de l’association Agir pour l’environnement. L’enjeu est de préserver les intérêts des industriels du déchet à usage unique qui peuvent faire commerce de la mise sur le marché de plus de 15 milliards de pots de yaourt en France chaque année. »
Pour Henri Bourgeois-Costa, ce revirement illustre le « double discours » du gouvernement sur la fin du plastique à usage unique, programmé à l’horizon 2040 : « On annonce des objectifs ambitieux mais on ne se donne pas les moyens de les tenir ; on n’y arrivera pas si on n’abandonne pas un certain nombre de matières, à commencer par les pires. »
Contacté, le ministère de la transition écologique n’a pas répondu à nos sollicitations. Certains pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et le Portugal ont déjà franchi le pas : les géants de l’agroalimentaire sont passés à d’autres plastiques recyclables et moins problématiques pour l’environnement comme le polyéthylène téréphtalate (PET). « Le pot de yaourt individuel, c’est une exception française, rappelle Henri Bourgeois-Costa, ce n’est pas la norme en Europe. Dans beaucoup de pays, on privilégie des pots plus volumineux de 400 ou 500 ml, c’est autant de plastique en moins. »
> Las. La proposition de loi a été sabordée par son propre camp. Certes, elle a été adoptée en toute discrétion le 6 octobre en première lecture par les députés mais après avoir été vidée de sa substance.
Ils lui ont fait une Ruffin
>pourquoi la France reste accro à ses 15 milliards de pots de yaourt en polystyrène
Parce que cela coûte pas cher ?
LREM dans toute sa splendeur.
Comme information technique je voulais juste ajouter que le polystyrène c’est le seul plastique à ce prix qui se “casse” pour détacher les pots.
Il n’y a pas de blocage technique pour faire des pots de yaourt en PE ou PP, juste l’habitude utilisateur qui fait peur au gens du marketing
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Jimmy Pahun est député (MoDem) du Morbihan. Avant de s’embarquer en politique, il a été navigateur : une transat AG2R remportée avec Alain Gautier, un tour de France à la voile et dix victoires au Spi Ouest-France. Celui qui a découvert l’étendue de la pollution plastique en sillonnant les mers comptait bien ajouter une ligne à son palmarès : l’interdiction des emballages en polystyrène.
L’enjeu est de taille : on les retrouve dans la plupart des 15 milliards de pots de yaourt achetés (et jetés) chaque année en France qui finissent dans leur très grande majorité au mieux incinérés, au pire dans la nature. Le polystyrène illustre cette menace protéiforme contre laquelle les Etats semblent enfin décidés à agir. Le principe d’un traité international sur le problème plus large de la pollution plastique a été validé en mars sous l’égide des Nations unies et un premier round de négociations s’est ouvert le 28 novembre à Punta del Este, en Uruguay.
Le député Pahun ne fera pas partie de la délégation française. Il a fait le tour des parlementaires et des rédactions pour défendre sa « proposition de loi visant à lutter contre les plastiques dangereux pour l’environnement et la santé », martelant qu’« en 2050, l’océan comptera davantage de plastique que de poissons » et alertant sur la menace spécifique du polystyrène, ce « matériau toxique qui constitue plus du tiers des plastiques retrouvés dans l’environnement ».
Las. La proposition de loi a été sabordée par son propre camp. Certes, elle a été adoptée en toute discrétion le 6 octobre en première lecture par les députés mais après avoir été vidée de sa substance. Exit toute référence au polystyrène. A la demande des élus de la majorité présidentielle, l’article premier visant « à interdire les emballages alimentaires constitués de polystyrène à compter du 1er janvier 2025 » a été entièrement réécrit : sont désormais concernés par l’interdiction « les emballages en plastique à usage unique non recyclables ». Une nuance qui change tout car les emballages en polystyrène sont aujourd’hui théoriquement « recyclables » même si dans les faits moins de 2 % sont recyclés dans des usines en Allemagne et en Espagne.
« C’est une déception très forte et une incompréhension très forte », réagit Henri Bourgeois-Costa, chargé du plaidoyer à la Fondation Tara Océan, qui avait travaillé sur la proposition de loi. « Le gouvernement ne voulait pas de l’interdiction », indique-t-on dans l’entourage du député. « Le gouvernement et mon parti m’ont fait comprendre qu’on ne pouvait pas changer la loi au milieu du chemin », témoigne Jimmy Pahun. Dans le cadre de l’examen du projet de loi climat et résilience, en 2021, le député avait déjà déposé un amendement pour interdire le polystyrène. Il avait cette fois été retoqué par le Sénat.
Mais alors, qu’est-ce qui coince en France avec le polystyrène ? « Ça coince, car c’est 15 milliards de pots de yaourt », répond, sibyllin, l’ancien navigateur, que son entourage dit heurté par ce nouveau revers. « Il y a eu un intense lobbying de la plasturgie, décrypte Magali Ringoot, de l’association Agir pour l’environnement. L’enjeu est de préserver les intérêts des industriels du déchet à usage unique qui peuvent faire commerce de la mise sur le marché de plus de 15 milliards de pots de yaourt en France chaque année. »
Pour Henri Bourgeois-Costa, ce revirement illustre le « double discours » du gouvernement sur la fin du plastique à usage unique, programmé à l’horizon 2040 : « On annonce des objectifs ambitieux mais on ne se donne pas les moyens de les tenir ; on n’y arrivera pas si on n’abandonne pas un certain nombre de matières, à commencer par les pires. »
Contacté, le ministère de la transition écologique n’a pas répondu à nos sollicitations. Certains pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et le Portugal ont déjà franchi le pas : les géants de l’agroalimentaire sont passés à d’autres plastiques recyclables et moins problématiques pour l’environnement comme le polyéthylène téréphtalate (PET). « Le pot de yaourt individuel, c’est une exception française, rappelle Henri Bourgeois-Costa, ce n’est pas la norme en Europe. Dans beaucoup de pays, on privilégie des pots plus volumineux de 400 ou 500 ml, c’est autant de plastique en moins. »
> Las. La proposition de loi a été sabordée par son propre camp. Certes, elle a été adoptée en toute discrétion le 6 octobre en première lecture par les députés mais après avoir été vidée de sa substance.
Ils lui ont fait une Ruffin
>pourquoi la France reste accro à ses 15 milliards de pots de yaourt en polystyrène
Parce que cela coûte pas cher ?
LREM dans toute sa splendeur.
Comme information technique je voulais juste ajouter que le polystyrène c’est le seul plastique à ce prix qui se “casse” pour détacher les pots.
Il n’y a pas de blocage technique pour faire des pots de yaourt en PE ou PP, juste l’habitude utilisateur qui fait peur au gens du marketing