**Valérie Pécresse prévient qu’elle fera passer le passe Navigo de 75 à 90 euros si le gouvernement ne l’autorise pas à taxer les entreprises pour absorber les surcoûts des crises sanitaires et énergétiques.**
Quelle va être la hausse du coût des transports pour les Franciliens en 2023 ? C’est la question à 650 millions d’euros que Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, pose au gouvernement. La région et ses habitants sont la première source de financement d’Ile-de-France Mobilités (IDFM), qui organise l’offre de transports et, à ce titre, définit la fréquence des métros, bus, RER et Transiliens et passe commande à la RATP, aux différentes sociétés de bus et à la SNCF. C’est IDFM qui fixe le prix du ticket de métro ou de bus et surtout du passe Navigo, sésame des Franciliens pour se déplacer dans la capitale.
Le conseil d’administration de cette entité se réunira le 7 décembre pour décider de la hausse des tarifs. Pour préparer cette réunion, la présidente de la région a adressé aux trente administrateurs d’IDFM un rapport tarifaire et un rapport budgétaire, accompagnés d’une lettre au ton alarmiste face à l’envolée des coûts en 2023.
« L’heure est grave car malgré toutes mes tentatives pour obtenir de l’Etat de nouvelles recettes, le blocage du gouvernement dessine la voie d’un passe Navigo à 90 euros. Ceci serait socialement inacceptable », écrit la présidente.
**Trois scénarios**
Trois scénarios sont sur la table. Le « bouclier tarifaire à l’allemande », tout d’abord, qui, s’il était appliqué à l’Ile-de-France, conduirait l’Etat à compenser intégralement les 650 millions d’euros de surcoûts liés à la hausse du prix de l’énergie et des travaux restant à financer. Personne ne perdra de temps sur cette idée écartée par le gouvernement.
La présidente présente donc deux autres options. La première met à contribution tous ceux qui financent les transports – les collectivités, les entreprises et les usagers – pour financer les 650 millions d’euros. Tous supporteraient une hausse de 7,5 % de leur contribution. La région, la Ville de Paris et les départements l’ont acceptée. Les usagers verraient le passe Navigo passer de 75,20 euros à 80,80 euros par mois.
Les entreprises, elles, seraient mises à contribution à travers une hausse du versement mobilité de 7,5 %. Via cet impôt, toutes les sociétés de onze salariés et plus financent déjà la moitié du budget d’IDFM. Elles paieraient 350 millions d’euros de plus. Le hic, c’est que ni la région ni IDFM ne peuvent décider d’augmenter cet impôt : il faut passer par le Parlement. L’aval de la majorité est nécessaire et elle attend le feu vert du gouvernement, qui exclut toute hausse d’impôt.
Sans mesure fiscale – c’est le troisième scénario – le prix du passe Navigo passera à 90 euros (45 euros pour les seniors), soit une hausse de 20 %. Une « taxe Macron » dénonce Valérie Pécresse. Le prix du ticket à l’unité passerait, lui, de 1,90 à 2,30 euros (1,79 euro le ticket dématérialisé avec le passe Navigo Liberté+), le ticket acheté à bord des bus de 2 euros à 2,50 euros.
Pour Philippe Tabarot, sénateur (Les Républicains) et spécialiste des transports, ce résultat serait absurde sur le plan économique : certes, augmenter le versement mobilités est une hausse d’impôts pour les entreprises mais elle épargne les plus petites alors que toutes supporteront la hausse du prix du passe car elles en remboursent la moitié à leurs salariés (75 % même pour celles qui le souhaitent). Bien qu’il soit élu de Cannes (Alpes-Maritimes), M. Tabarot défend donc une « exception fiscale » pour les transports franciliens, qui véhiculent dix millions de personnes par jour.
Interrogé lundi matin, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a indiqué que des discussions étaient en cours avec les services de la région, qui, disent, de leur côté, n’avoir « pas de réunion à l’agenda pour l’instant ».
**Des « milliards versés aux automobilistes »**
Au conseil d’administration d’IDFM, la tension monte. Représentant les usagers, Bernard Gobitz, vice-président de la FNAUT Ile-de-France, redoute cette hausse massive. « Mais nous n’en faisons pas porter la responsabilité à IDFM, plutôt au gouvernement qui a refusé toutes les propositions qui lui ont été faites », explique-t-il, déplorant « les milliards versés aux automobilistes alors qu’on ne veut rien faire pour les transports publics pourtant essentiels pour la transition climatique ».
Jacques Baudrier, maire adjoint (PCF) de la Ville de Paris, regrette qu’on ne fasse pas payer les entreprises des quartiers les plus chers – via le versement mobilité ou une taxe sur les bureaux – et pour beaucoup plus que 350 millions d’euros, car selon lui, le budget que présente Valérie Pécresse est « insincère ». Il comprend dans ses recettes un rabais consenti l’an prochain par la SNCF en échange d’un allongement de deux ans de sa délégation de service public, « une recette temporaire, dénonce-t-il. Que se passera-t-il ensuite ? » M. Baudrier s’inquiète également de l’envolée de la dette d’IDFM (passée en deux ans de 5 milliards d’euros à 11,8 milliards d’euros), liée notamment à une partie des avances versées par l’Etat pendant le Covid-19 qu’il faut rembourser alors que d’autres pays les ont transformées en subventions.
M. Baudrier note surtout que, dans son budget 2023, IDFM table sur une hausse du trafic qui pourrait ne pas être au rendez-vous et sur 100 millions d’euros de remboursements de service que la RATP ne sera pas en mesure d’assurer. Le comble pour les usagers qui vont payer plus cher une offre qui restera dégradée.
C’est aussi une manière d’admettre que Jean Castex, qui a pris ses fonctions de PDG de la RATP lundi 28 novembre, aura besoin de temps pour en améliorer la qualité. Dès son arrivée, il a été accueilli au siège de l’entreprise par les salariés des services de maintenance du métro, en grève depuis deux semaines pour leurs salaires.
C’est pas une augmentation de 15 euros que me fait peur, c’est plutôt l’état actuel des transports. Même intra-muros c’est une catastrophe. Je comprends que la situation est complexe et qu’il n’y a pas de solution miracle, mais ça serait bien d’entendre les responsables se prononcer là-dessus, au moins pour reconnaître les faits, éventuellement pour proposer des solutions, au lieux de simplement lâcher une augmentation comme ça du jour au lendemain. Chaque fois que je monte à Paris pour aller bosser je peux pas m’empêcher de penser que Pécresse, elle, n’a dû jamais prendre le RER Bde sa vie …
Une bonne partie de l’establishment habite le 7ieme et le 16ieme.
Le reste vient en bagnole depuis les Hauts-De-Seine, ce qui explique d’ailleurs qu’ils détestent les politiques de Anne Hidalgo.
Ils se moquent totalement de l’état du transport en commun en IDF.
Ya que moi qui trouve plus inquiétant que des gens qui habitent la région parisienne, donc la région la plus riche de France soient devenus trop pauvres pour supporter facilement une augmentation de 15 euros de leur abonnement de transports ?
Si tu travailles et tu utilises ton Navigo alors on parle d’une augmentation de 7.5e par mois ce qui n’est pas grand chose a mon avis. Par contre j’aimerais que la qualite des transports s’ameliore (surtout la frequence de certains bus qui relient les banlieues.. je te regarde 162!)
Le problème est bien plus global.
Le soucis, c’est la perte de financement propre par les collectivités locales : toutes les réductions d’impôts depuis 20 ans, c’est sur des impôts locaux (taxe professionnelle, taxe d’habitation, et même vignette, preuve que ça ne date pas d’hier). Dans le même temps, l’État décentralise et déconcentre, et impose donc à des strates plus basses de s’occuper de compétences qu’il avait auparavant (ex : la délivrance des cartes d’identité).
Et les collectivités locales doivent présenter un budget en équilibre, de par la loi. Seul l’État peut prévoir un déficit.
Si à tout ça, tu rajoute l’explosion des coûts énergétiques cette année (parfois jusqu’à une multiplication par 4, et non c’est pas dans le cadre du bouclier tarifaire), plus la revalorisation du point d’indice (le salaire)… bah en fait, les collectivités ont la quadrature du cercle à gérer cette année : elles ont moins de rentrées fiscales car la taxe d’habitation disparaît, elles ont plus à gérer (et elles y sont obligées par la loi), et elles ont plus de dépenses imprévues. Et avec tout ça, elles doivent présenter un budget à l’équilibre, le déficit leur est interdit.
Si l’État ne file pas une contribution exceptionnelle pour 2023 pour compenser l’explosion des coûts énergétiques, pas mal de services publics non obligatoires (genre piscines ou bibliothèques) vont devoir fermer un peu de partout sur le territoire en 2023, et pas mal de petits services payant vont augmenter drastiquement de prix. Énormément de communes notamment étaient déjà à l’os, y’a plus grand chose à gratter.
Voici que le prix augmente avec une qualité qui diminue, c’est fort de café ☕
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**Valérie Pécresse prévient qu’elle fera passer le passe Navigo de 75 à 90 euros si le gouvernement ne l’autorise pas à taxer les entreprises pour absorber les surcoûts des crises sanitaires et énergétiques.**
Quelle va être la hausse du coût des transports pour les Franciliens en 2023 ? C’est la question à 650 millions d’euros que Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, pose au gouvernement. La région et ses habitants sont la première source de financement d’Ile-de-France Mobilités (IDFM), qui organise l’offre de transports et, à ce titre, définit la fréquence des métros, bus, RER et Transiliens et passe commande à la RATP, aux différentes sociétés de bus et à la SNCF. C’est IDFM qui fixe le prix du ticket de métro ou de bus et surtout du passe Navigo, sésame des Franciliens pour se déplacer dans la capitale.
Le conseil d’administration de cette entité se réunira le 7 décembre pour décider de la hausse des tarifs. Pour préparer cette réunion, la présidente de la région a adressé aux trente administrateurs d’IDFM un rapport tarifaire et un rapport budgétaire, accompagnés d’une lettre au ton alarmiste face à l’envolée des coûts en 2023.
« L’heure est grave car malgré toutes mes tentatives pour obtenir de l’Etat de nouvelles recettes, le blocage du gouvernement dessine la voie d’un passe Navigo à 90 euros. Ceci serait socialement inacceptable », écrit la présidente.
**Trois scénarios**
Trois scénarios sont sur la table. Le « bouclier tarifaire à l’allemande », tout d’abord, qui, s’il était appliqué à l’Ile-de-France, conduirait l’Etat à compenser intégralement les 650 millions d’euros de surcoûts liés à la hausse du prix de l’énergie et des travaux restant à financer. Personne ne perdra de temps sur cette idée écartée par le gouvernement.
La présidente présente donc deux autres options. La première met à contribution tous ceux qui financent les transports – les collectivités, les entreprises et les usagers – pour financer les 650 millions d’euros. Tous supporteraient une hausse de 7,5 % de leur contribution. La région, la Ville de Paris et les départements l’ont acceptée. Les usagers verraient le passe Navigo passer de 75,20 euros à 80,80 euros par mois.
Les entreprises, elles, seraient mises à contribution à travers une hausse du versement mobilité de 7,5 %. Via cet impôt, toutes les sociétés de onze salariés et plus financent déjà la moitié du budget d’IDFM. Elles paieraient 350 millions d’euros de plus. Le hic, c’est que ni la région ni IDFM ne peuvent décider d’augmenter cet impôt : il faut passer par le Parlement. L’aval de la majorité est nécessaire et elle attend le feu vert du gouvernement, qui exclut toute hausse d’impôt.
Sans mesure fiscale – c’est le troisième scénario – le prix du passe Navigo passera à 90 euros (45 euros pour les seniors), soit une hausse de 20 %. Une « taxe Macron » dénonce Valérie Pécresse. Le prix du ticket à l’unité passerait, lui, de 1,90 à 2,30 euros (1,79 euro le ticket dématérialisé avec le passe Navigo Liberté+), le ticket acheté à bord des bus de 2 euros à 2,50 euros.
Pour Philippe Tabarot, sénateur (Les Républicains) et spécialiste des transports, ce résultat serait absurde sur le plan économique : certes, augmenter le versement mobilités est une hausse d’impôts pour les entreprises mais elle épargne les plus petites alors que toutes supporteront la hausse du prix du passe car elles en remboursent la moitié à leurs salariés (75 % même pour celles qui le souhaitent). Bien qu’il soit élu de Cannes (Alpes-Maritimes), M. Tabarot défend donc une « exception fiscale » pour les transports franciliens, qui véhiculent dix millions de personnes par jour.
Interrogé lundi matin, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a indiqué que des discussions étaient en cours avec les services de la région, qui, disent, de leur côté, n’avoir « pas de réunion à l’agenda pour l’instant ».
**Des « milliards versés aux automobilistes »**
Au conseil d’administration d’IDFM, la tension monte. Représentant les usagers, Bernard Gobitz, vice-président de la FNAUT Ile-de-France, redoute cette hausse massive. « Mais nous n’en faisons pas porter la responsabilité à IDFM, plutôt au gouvernement qui a refusé toutes les propositions qui lui ont été faites », explique-t-il, déplorant « les milliards versés aux automobilistes alors qu’on ne veut rien faire pour les transports publics pourtant essentiels pour la transition climatique ».
Jacques Baudrier, maire adjoint (PCF) de la Ville de Paris, regrette qu’on ne fasse pas payer les entreprises des quartiers les plus chers – via le versement mobilité ou une taxe sur les bureaux – et pour beaucoup plus que 350 millions d’euros, car selon lui, le budget que présente Valérie Pécresse est « insincère ». Il comprend dans ses recettes un rabais consenti l’an prochain par la SNCF en échange d’un allongement de deux ans de sa délégation de service public, « une recette temporaire, dénonce-t-il. Que se passera-t-il ensuite ? » M. Baudrier s’inquiète également de l’envolée de la dette d’IDFM (passée en deux ans de 5 milliards d’euros à 11,8 milliards d’euros), liée notamment à une partie des avances versées par l’Etat pendant le Covid-19 qu’il faut rembourser alors que d’autres pays les ont transformées en subventions.
M. Baudrier note surtout que, dans son budget 2023, IDFM table sur une hausse du trafic qui pourrait ne pas être au rendez-vous et sur 100 millions d’euros de remboursements de service que la RATP ne sera pas en mesure d’assurer. Le comble pour les usagers qui vont payer plus cher une offre qui restera dégradée.
C’est aussi une manière d’admettre que Jean Castex, qui a pris ses fonctions de PDG de la RATP lundi 28 novembre, aura besoin de temps pour en améliorer la qualité. Dès son arrivée, il a été accueilli au siège de l’entreprise par les salariés des services de maintenance du métro, en grève depuis deux semaines pour leurs salaires.
C’est pas une augmentation de 15 euros que me fait peur, c’est plutôt l’état actuel des transports. Même intra-muros c’est une catastrophe. Je comprends que la situation est complexe et qu’il n’y a pas de solution miracle, mais ça serait bien d’entendre les responsables se prononcer là-dessus, au moins pour reconnaître les faits, éventuellement pour proposer des solutions, au lieux de simplement lâcher une augmentation comme ça du jour au lendemain. Chaque fois que je monte à Paris pour aller bosser je peux pas m’empêcher de penser que Pécresse, elle, n’a dû jamais prendre le RER Bde sa vie …
Une bonne partie de l’establishment habite le 7ieme et le 16ieme.
Le reste vient en bagnole depuis les Hauts-De-Seine, ce qui explique d’ailleurs qu’ils détestent les politiques de Anne Hidalgo.
Ils se moquent totalement de l’état du transport en commun en IDF.
Ya que moi qui trouve plus inquiétant que des gens qui habitent la région parisienne, donc la région la plus riche de France soient devenus trop pauvres pour supporter facilement une augmentation de 15 euros de leur abonnement de transports ?
Si tu travailles et tu utilises ton Navigo alors on parle d’une augmentation de 7.5e par mois ce qui n’est pas grand chose a mon avis. Par contre j’aimerais que la qualite des transports s’ameliore (surtout la frequence de certains bus qui relient les banlieues.. je te regarde 162!)
Le problème est bien plus global.
Le soucis, c’est la perte de financement propre par les collectivités locales : toutes les réductions d’impôts depuis 20 ans, c’est sur des impôts locaux (taxe professionnelle, taxe d’habitation, et même vignette, preuve que ça ne date pas d’hier). Dans le même temps, l’État décentralise et déconcentre, et impose donc à des strates plus basses de s’occuper de compétences qu’il avait auparavant (ex : la délivrance des cartes d’identité).
Et les collectivités locales doivent présenter un budget en équilibre, de par la loi. Seul l’État peut prévoir un déficit.
Si à tout ça, tu rajoute l’explosion des coûts énergétiques cette année (parfois jusqu’à une multiplication par 4, et non c’est pas dans le cadre du bouclier tarifaire), plus la revalorisation du point d’indice (le salaire)… bah en fait, les collectivités ont la quadrature du cercle à gérer cette année : elles ont moins de rentrées fiscales car la taxe d’habitation disparaît, elles ont plus à gérer (et elles y sont obligées par la loi), et elles ont plus de dépenses imprévues. Et avec tout ça, elles doivent présenter un budget à l’équilibre, le déficit leur est interdit.
Si l’État ne file pas une contribution exceptionnelle pour 2023 pour compenser l’explosion des coûts énergétiques, pas mal de services publics non obligatoires (genre piscines ou bibliothèques) vont devoir fermer un peu de partout sur le territoire en 2023, et pas mal de petits services payant vont augmenter drastiquement de prix. Énormément de communes notamment étaient déjà à l’os, y’a plus grand chose à gratter.
Voici que le prix augmente avec une qualité qui diminue, c’est fort de café ☕