Au conseil municipal de Saint-Étienne : « Après Perdriau maître chanteur, voici Perdriau maître censeur »

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  1. **Dix jours après la censure préalable d’un article de Mediapart, les appels à la démission du maire Gaël Perdriau se sont multipliés lundi, à l’intérieur du conseil municipal comme à l’extérieur de l’hôtel de ville. Inflexible, Gaël Perdriau a déclaré qu’il ne démissionnera pas, même s’il est mis en examen.**

    Saint-Étienne (Loire).– « Le temps est comme suspendu », énonce dans une déclaration préalable Pierrick Courbon, conseiller municipal d’opposition. « Monsieur Perdriau, vous jouez une carte à laquelle nous ne nous attendions que trop, celle du pourrissement. » Le lundi 28 novembre, un nouveau conseil municipal sous tension s’est tenu à l’hôtel de ville de Saint-Étienne, dans une salle quasi bondée, où les débats ont été longs et véhéments, [dix jours après la censure préalable](https://www.dalloz-actualite.fr/flash/censure-prealable-de-mediapart-compte-rendu-de-l-audience-de-retractation), ordonnée par la justice, d’un article de Mediapart. Cette enquête vise à documenter les pratiques politiques du maire LR de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, trois mois après nos premières révélations sur [le chantage à la sextape](https://www.mediapart.fr/journal/france/260822/sexe-chantage-et-video-l-odieux-complot) ciblant son ancien premier adjoint, Gilles Artigues.

    À la suite de la démission en septembre de l’adjoint à l’éducation, Samy Kéfi-Jérôme, un jeune homme de 26 ans, Antoine Poméon, a fait son entrée au conseil municipal. Le président des Jeunes Républicains de la Loire a accepté une place de conseiller, mais siègera en tant qu’indépendant. « On a tous pris un coup. Le parti, les gens derrière Gaël Perdriau, les militants », confie le jeune élu à Mediapart, quelques minutes avant le début de la séance. « C’est lui qui m’a donné envie de m’engager pour la politique locale. Je me suis senti sali et trahi. »

    À 15 h 30, une heure après le début des débats, les élus d’opposition de gauche montent au front sur la censure de l’enquête de Mediapart. « Vous avez réussi à faire l’unanimité contre vous, du Figaro à L’Humanité, les rédactions s’indignent de vos méthodes », lâche Michel Nebout, élu communiste, en référence aux plus de trente-sept sociétés de journalistes qui ont apporté leur soutien à Mediapart.

    « Le cas Perdriau fera-t-il bientôt partie du cursus des écoles de journalisme ? », questionne Olivier Longeon, pour les écologistes, qui rappelle que cette censure n’était plus arrivée en France depuis 141 ans. « Après Perdriau maître chanteur, voici Perdriau maître censeur, mais l’effet boomerang risque d’être terrible ! », lance l’élu socialiste Pierrick Courbon.

    Impassible, le regard glacial, le maire Gaël Perdriau (LR) reste droit dans ses bottes, debout face à ses opposants. « Je ne compte pas sacrifier les délibérations prévues à l’ordre du jour de ce conseil municipal à des débats stériles, des débats de caniveau, fondés sur des allégations hypothétiques ne visant qu’à me déstabiliser dans mon travail de redressement de Saint-Étienne », prévient l’édile stéphanois. Sur les bancs d’un public divisé, les huées ou les applaudissements fusent, selon le camp choisi.

    « On sort donc pour m’atteindre de nouvelles accusations, fondées sur des accusations privées, des excès de langage, des colères. Cette affaire est tout simplement odieuse et malsaine », lâche Gaël Perdriau, qui parle à plusieurs reprises « d’enregistrements illégaux » pour justifier la censure préalable de l’enquête de Mediapart, réclamée par son avocat. Chargeant son ancien premier adjoint, Gilles Artigues, qui a porté plainte contre lui en septembre pour des faits de « chantage aggravé » (une information judiciaire est ouverte à Lyon), l’édile parle de « confiance trahie ».

    Depuis son pupitre d’opposant, Pierrick Courbon interpelle le maire : « Si demain, après-demain ou dans quelques mois, vous êtes mis en examen, que ferez-vous ? » La réponse de Gaël Perdriau est sans ambiguïté. « Je vous rappelle qu’un mis en examen est toujours présumé innocent et donc si ce statut devait arriver, il ne changerait absolument rien à la façon que j’ai aujourd’hui de conduire le travail que les Stéphanois m’ont confié. »

    Il est 17 h 30. À l’intérieur du conseil, les élu·es ont attaqué enfin les soixante-quinze points de l’ordre du jour. Dehors, devant l’hôtel de ville de Saint-Étienne, comme lors du dernier conseil municipal du 26 septembre, une centaine de manifestant·es se sont rassemblé·es pour réclamer la démission du maire. « La honte », « Perdri’au cachot », peut-on lire sur les banderoles et les pancartes. Le visage de Gaël Perdriau, détourné, moqué, est partout.

    Organisateur de la manifestation, le « Comité défaite », un collectif citoyen qui prône « l’humour radical », propose aux passant·es une soupe aux choux et une tombola. Debout sur les marches de l’hôtel de ville, Margo, 18 ans, étudiante en art, estime que cette situation est « révoltante et choquante ». « Les politiques sont nos représentants, ils sont censés être clean », s’indigne-t-elle, bol de soupe en main.

    Au micro, les membres du « Comité défaite » interpellent : « À la loterie du pouvoir, certains gagnent à tous les coups. » Et de lancer en chœur avec les manifestant·es un « Perdriau démission ! », sous les fenêtres de l’hôtel de ville.

    Dans la salle du conseil municipal, l’ambiance est moins festive. Lors d’une interruption de séance, des personnes du public sont prêtes à en venir aux mains. Des policiers municipaux interviennent pour calmer des esprits surchauffés.

    À 21 h 15, près de sept heures après le début du conseil, les oppositions de gauche proposent finalement une mission d’information et d’évaluation du cabinet de Gaël Perdriau, à la suite du licenciement de Pierre Gauttieri, le directeur de cabinet du maire. Faisant allusion aux enregistrements publiés par Mediapart, dans lesquels Pierre Gauttieri revendique de « fonctionner comme un criminel », « sans foi ni loi », Pierrick Courbon explique que « depuis le 26 août, un certain nombre de révélations ont mis en lumière un certain nombre de dysfonctionnements de votre cabinet ».

    Et au conseiller de gauche de poser cette question percutante à l’édile stéphanois : « Vous considérez qu’il n’y a aucun dysfonctionnement alors pourquoi avez-vous licencié votre directeur de cabinet ? »

    Sans répondre précisément à la question, Gaël Perdriau reste fidèle à sa ligne. « Ce n’est pas au conseil municipal à s’ériger en juge, ni en enquêteur de police, répète le maire. Il y en a qui sont missionnés en ce moment pour faire ce travail, faisons-leur confiance. »

    Avec 11 voix « pour » et 12 abstentions sur 54 présents, la mission d’information et d’évaluation du cabinet du maire de Saint-Étienne est rejetée. L’un des conseillers de la majorité lève la main : « J’ai un vote de procuration pour Gilles Artigues qui s’abstient également. » Absent, ce dernier plane comme un fantôme dans cette affaire qui n’en finit pas d’ébranler l’hôtel de ville.

    À la toute fin, après neuf heures de débat, le montant de l’indemnité de licenciement de Pierre Gauttieri, l’ex-directeur de cabinet du maire, a par ailleurs été dévoilé, d’après Le Progrès : pour son emploi à temps partiel, qu’il cumulait avec un poste à la Métropole, il touchera plus de 20 000 euros.

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