Toutes les femmes, dans l’édition, n’ont pas connu le sort de Florence Porcel. Mais les récits des autrices, éditrices, attachées de presse, chroniqueuses, une trentaine en tout contactées pour cette enquête, présentent des similitudes troublantes. Susurrée d’une voix doucereuse, l’attaque était toujours la même : « Vous êtes mariée ? Vous êtes heureuse en amour ? Fidèle ? » Les choses pouvaient s’arrêter là, mais elles pouvaient aussi, selon les témoignages, tourner au harcèlement. Ou à l’agression.
Durant près de trente ans, personne n’aurait donc rien vu, rien su ? A TF1, « Vol de nuit » était surnommé « Viol de nuit ». C’est après un enregistrement que Juliette (Le prénom a été modifié), écrivaine, dit avoir été violée par PPDA, en 2000 :
« Il est tard. Il n’y a plus grand monde. Il me propose de voir son bureau, sur un ton très léger. Il me parle de la photo de sa fille Solenn qui y est accrochée. Puis, il ferme la porte à clé, me plaque contre le bureau, je suis tétanisée, il me fait peur. Il ne met pas de préservatif. C’est froid, dégueulasse, humiliant. Il prend une lingette sur la commode et me dit : “Nettoie-toi.” J’ai compris que tout était organisé pour recevoir une série de femmes. C’était un système. »
Juliette a continué à le côtoyer dans des Salons ou des prix littéraires. « J’aurais pu ne plus jamais le revoir, mais j’ai voulu minimiser ce qui s’était passé, me soigner, trouver un avantage à cette chose horrible. » Elle évoque « l’emprise » qu’il exerçait sur elle pour s’assurer de son silence. Elle a été entendue par la police et envisage sérieusement, nous dit-elle, de porter plainte.
En 2003, Bénédicte Martin, 24 ans, publie son premier roman, « Warm up » (Flammarion). Après l’émission, PPDA lui propose de revenir assister à un JT. Elle n’en voit pas bien l’intérêt, mais encouragée, se souvient-elle, par son attachée de presse, elle accepte. Dans son bureau, le présentateur l’aurait saisie à la gorge et embrassée avant qu’elle parvienne à s’enfuir. Quand elle nous parle des mœurs de l’édition au début des années 2000, on a l’impression d’être dans « Illusions perdues » de Balzac. Un milieu aux mains de quelques hommes puissants, où tout se soudoie, où les débutantes sont souvent considérées plus pour leur physique que pour leur talent.
« En échange de la visibilité qu’il donnait à leurs auteurs sur TF1, PPDA pouvait signer dans toutes les maisons. On était les dommages collatéraux de ces renvois d’ascenseur. » Pour saluer sa promptitude à assurer le « service après-vente », en conviant sur son plateau les jeunes autrices qui lui étaient envoyées, certains le surnommaient « Darty ». Un éditeur résume les choses ainsi : « En se faisant publier par la majorité des grandes maisons, il s’est acheté une assurance-vie. »
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Toutes les femmes, dans l’édition, n’ont pas connu le sort de Florence Porcel. Mais les récits des autrices, éditrices, attachées de presse, chroniqueuses, une trentaine en tout contactées pour cette enquête, présentent des similitudes troublantes. Susurrée d’une voix doucereuse, l’attaque était toujours la même : « Vous êtes mariée ? Vous êtes heureuse en amour ? Fidèle ? » Les choses pouvaient s’arrêter là, mais elles pouvaient aussi, selon les témoignages, tourner au harcèlement. Ou à l’agression.
Durant près de trente ans, personne n’aurait donc rien vu, rien su ? A TF1, « Vol de nuit » était surnommé « Viol de nuit ». C’est après un enregistrement que Juliette (Le prénom a été modifié), écrivaine, dit avoir été violée par PPDA, en 2000 :
« Il est tard. Il n’y a plus grand monde. Il me propose de voir son bureau, sur un ton très léger. Il me parle de la photo de sa fille Solenn qui y est accrochée. Puis, il ferme la porte à clé, me plaque contre le bureau, je suis tétanisée, il me fait peur. Il ne met pas de préservatif. C’est froid, dégueulasse, humiliant. Il prend une lingette sur la commode et me dit : “Nettoie-toi.” J’ai compris que tout était organisé pour recevoir une série de femmes. C’était un système. »
Juliette a continué à le côtoyer dans des Salons ou des prix littéraires. « J’aurais pu ne plus jamais le revoir, mais j’ai voulu minimiser ce qui s’était passé, me soigner, trouver un avantage à cette chose horrible. » Elle évoque « l’emprise » qu’il exerçait sur elle pour s’assurer de son silence. Elle a été entendue par la police et envisage sérieusement, nous dit-elle, de porter plainte.
En 2003, Bénédicte Martin, 24 ans, publie son premier roman, « Warm up » (Flammarion). Après l’émission, PPDA lui propose de revenir assister à un JT. Elle n’en voit pas bien l’intérêt, mais encouragée, se souvient-elle, par son attachée de presse, elle accepte. Dans son bureau, le présentateur l’aurait saisie à la gorge et embrassée avant qu’elle parvienne à s’enfuir. Quand elle nous parle des mœurs de l’édition au début des années 2000, on a l’impression d’être dans « Illusions perdues » de Balzac. Un milieu aux mains de quelques hommes puissants, où tout se soudoie, où les débutantes sont souvent considérées plus pour leur physique que pour leur talent.
« En échange de la visibilité qu’il donnait à leurs auteurs sur TF1, PPDA pouvait signer dans toutes les maisons. On était les dommages collatéraux de ces renvois d’ascenseur. » Pour saluer sa promptitude à assurer le « service après-vente », en conviant sur son plateau les jeunes autrices qui lui étaient envoyées, certains le surnommaient « Darty ». Un éditeur résume les choses ainsi : « En se faisant publier par la majorité des grandes maisons, il s’est acheté une assurance-vie. »