> **Militants de SOS Racisme tabassés lors d’un meeting de Zemmour : un an après, l’enquête piétine**
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> Alors que les images du rassemblement de Villepinte auraient dû permettre de retrouver d’autres agresseurs, seules deux personnes, membres d’un groupuscule d’extrême droite, ont été mises en examen. Les victimes disent avoir été maltraitées par les autorités.
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> par Pierre Plottu et Maxime Macé
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> publié le 2 décembre 2022 à 6h36
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> Une enquête au point mort. Un an après [le passage à tabac de militants de SOS Racisme](https://www.liberation.fr/politique/elections/meeting-de-zemmour-des-militants-de-sos-racisme-violemment-agresses-20211205_PAPFLLN55ZC2PIG7YAWXVBU2PY/?redirected=1) lors d’un meeting du candidat d’extrême droite Eric Zemmour, le 5 décembre 2021 à Villepinte (Seine-Saint-Denis), deux personnes seulement ont été mises en examen. Les images et les témoins potentiels sont pourtant nombreux. Mais les agresseurs des jeunes antiracistes «échappe[nt] à la justice», dénoncent les avocats des victimes, alors que Reconquête, le parti du candidat malheureux à la présidentielle (7,1%) souffle sa première bougie en grande pompe dimanche au Palais des sports de Paris. Retour sur une soirée d’enfer qui a débuté par un simple happening pacifiste, s’est poursuivi par des coups venus de supporteurs du [polémiste maurrassien](https://www.liberation.fr/politique/le-zemmourisme-un-ultranationalisme-integral-20210923_JZHTQMI2HJAP7HF42P73MOP2RU/) – dont des radicaux du [groupuscule d’extrême droite nazifiant des Zouaves Paris](https://www.liberation.fr/politique/interpellations-et-dissolution-les-zouaves-paris-dans-le-viseur-20211215_3Q77VZRBSBAO5F2GXRHDD2NINA/) -, avant que les victimes soient trimballées de commissariat en commissariat et maltraitées par les autorités…
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> **«On s’est vu mourir…»**
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> Ce 5 décembre 2021, le meeting d’Eric Zemmour, initialement prévu au Zénith de Paris, dans le XIXe arrondissement, a finalement été délocalisé à une vingtaine de kilomètres, à Villepinte, pour, selon les organisateurs, accueillir beaucoup plus de monde. Dans ce lieu resté célèbre à droite pour avoir été celui du grand meeting de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, la tension est palpable ce jour-là. Quelques manifestants de SOS Racisme ont fait le déplacement et échappé aux nombreux barrages de police. Sur place, ils sont très vite pourchassés par des radicaux qui, comme l’a révélé [Mediapart](https://www-mediapart-fr.bnf.idm.oclc.org/journal/france/061221/meeting-de-zemmour-les-zouaves-paris-derriere-les-violences) , tournent en bande autour de la salle avec à leur tête le leader des [Zouaves Paris](https://www.liberation.fr/politique/interpellations-et-dissolution-les-zouaves-paris-dans-le-viseur-20211215_3Q77VZRBSBAO5F2GXRHDD2NINA/) , Marc de Cacqueray-Valménier. Dans la salle, où les radicaux ont pris place parmi les milliers de spectateurs, l’ambiance est tout aussi délétère. [Plusieurs journalistes sont insultés ou menacés](https://www.liberation.fr/politique/elections/au-meeting-de-zemmour-la-haine-des-journalistes-comme-rengaine-20211206_7D22F4OPVVHPRGOWVJCTKNKAKY/) , certains se font voler leur matériel. D’autres sont même agressés physiquement, dont certains de LCI, Mediapart et de l’émission Quotidien de TMC.
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> Les militants de SOS Racisme commencent ensuite leur action : ils se lèvent, rendent visible leur message inscrit sur leurs tee-shirts, «Non au racisme». Les coups pleuvent. De tous les côtés. Dora, 32 ans, est touchée au visage par un jeune homme en chemisette situé dans son dos. Elle se souvient avoir vu son camarade Romain, 24 ans, être encerclé et frappé par des «gros fachos violents». Celui-ci raconte : «J’ai pris des coups, puis je suis tombé au sol et, là, ça venait de partout, j’ai surtout senti ceux portés à mon visage. J’entendais mon cerveau taper contre ma boîte crânienne.» Une meute d’hommes, de tous âges, frappent sans distinction militants et militantes de SOS Racisme à coups de poing, de pied, de chaise, de tout ce qui leur tombe sous la main. «Dans les yeux de l’un de ceux qui me frappaient, j’ai vu qu’il m’aurait tué, se souvient Romain. Alors que je suis K.-O. et que mes jambes ne me portent plus, je me souviens d’un membre de la sécurité de Zemmour qui me lance “Arrête ton cinéma”.» Kyra, 28 ans, abonde : «On s’est vu mourir… J’ai vu des copines face contre le sol recevoir des grands coups de pied de la part de plusieurs hommes. Ils étaient déchaînés, je n’ai jamais vu autant de haine.»
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> **«Vous l’avez bien cherché»**
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> Les activistes sont exfiltrés sans trop bien comprendre par qui. Les coups se poursuivent sur le chemin de la sortie. Certains sont menacés par le service d’ordre de Zemmour : «Ils nous disaient “on va vous défoncer”», se souvient Kyra. A l’extérieur, ils sont remis aux forces de l’ordre. «J’ai entendu un membre du service d’ordre de Zemmour dire aux CRS qu’on avait commencé la bagarre», raconte Grégory, 25 ans. «Au talkie-walkie, ils racontaient que l’un de nous avait une barre de fer», se souvient Romain. En réalité, il s’agit d’un manche en plastique (souple) de drapeau. Dehors, devant une foule de journalistes et de caméras, les militants se retrouvent, découvrent mutuellement leurs blessures : plusieurs sont en sang. Romain est très mal en point. Son visage est couvert de traces de coups, dont un gros hématome qui couvre la partie supérieure droite de son visage. «J’étais sonné, j’essayais de répondre aux questions des journalistes mais je n’y arrivais pas», dit-il. Il est conduit à un camion de la sécurité civile qui stationne tout près. Pas à l’hôpital.
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> Dans l’intervalle, six de ses camarades sont placés en garde à vue. Le début d’une longue nuit pour ces victimes devenues accusées, brinquebalées de commissariat en commissariat. «Ils nous ont dit qu’on avait agressé des gens, qu’on avait envoyé une femme à l’hôpital», relate Gregory. Kyra dit s’être vue accusée d’avoir violenté «un couple de personnes âgées» par la policière qui l’auditionne. Aucun blessé à déplorer parmi les spectateurs du meeting pourtant. Le groupe est éclaté. Gregory échoue à La Plaine-Saint-Denis, à 20 kilomètres de là, après avoir été transporté par des policiers dans quatre commissariats différents. «Pendant tous mes transferts, les policiers ont particulièrement serré mes menottes», nous raconte le jeune homme, qui dit avoir été «brusqué». Il raconte qu’un fonctionnaire lui aurait lancé : «Vous l’avez bien cherché, vous essayez d’empêcher un candidat à l’élection présidentielle de s’exprimer.» Les gardes à vue prennent fin le lendemain à 14 heures. «On m’a dit qu’il y aurait des suites mais je n’ai jamais eu de nouvelles», précise Grégory. Les militants de SOS Racisme ont porté plainte le mardi suivant pour «dénonciation calomnieuse» et «violences volontaires en réunion».
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> L’ambiance n’est pas meilleure lors du passage à l’unité médico-judiciaire. «Mon avocat a dû insister pour qu’on prenne en photo les hématomes que j’avais sur le corps», explique Romain. «Le médecin qui m’a ausculté m’a expliqué qu’il ne pensait pas que Zemmour soit raciste alors que je ne lui avais rien demandé», s’étonne-t-il. De son côté, Dora dénonce un examen mené sans empathie et avec l’impression de ne pas être suffisamment écoutée. Des interruptions de travail temporaires (ITT) allant jusqu’à neuf jours ont été prononcées pour neuf militants antiracistes.
Ça alors ! L’omerta à l’oeuvre et on évite de lance-ba les collègues ? Surprenant.
Ben voila, on demande encore l’impossible à notre brave et intérpide police.
Les flics ils passent tous les jours chez les suspects, mais les suspects ils sont pas à la maison, alors …
Forcément ils sont en train de sonner à le porte, ils peuvent pas être à l’intérieur aussi, et quand ils sont chez eux, c’est qu’ils sont pas en service …
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> **Militants de SOS Racisme tabassés lors d’un meeting de Zemmour : un an après, l’enquête piétine**
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> Alors que les images du rassemblement de Villepinte auraient dû permettre de retrouver d’autres agresseurs, seules deux personnes, membres d’un groupuscule d’extrême droite, ont été mises en examen. Les victimes disent avoir été maltraitées par les autorités.
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> par Pierre Plottu et Maxime Macé
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> publié le 2 décembre 2022 à 6h36
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> Une enquête au point mort. Un an après [le passage à tabac de militants de SOS Racisme](https://www.liberation.fr/politique/elections/meeting-de-zemmour-des-militants-de-sos-racisme-violemment-agresses-20211205_PAPFLLN55ZC2PIG7YAWXVBU2PY/?redirected=1) lors d’un meeting du candidat d’extrême droite Eric Zemmour, le 5 décembre 2021 à Villepinte (Seine-Saint-Denis), deux personnes seulement ont été mises en examen. Les images et les témoins potentiels sont pourtant nombreux. Mais les agresseurs des jeunes antiracistes «échappe[nt] à la justice», dénoncent les avocats des victimes, alors que Reconquête, le parti du candidat malheureux à la présidentielle (7,1%) souffle sa première bougie en grande pompe dimanche au Palais des sports de Paris. Retour sur une soirée d’enfer qui a débuté par un simple happening pacifiste, s’est poursuivi par des coups venus de supporteurs du [polémiste maurrassien](https://www.liberation.fr/politique/le-zemmourisme-un-ultranationalisme-integral-20210923_JZHTQMI2HJAP7HF42P73MOP2RU/) – dont des radicaux du [groupuscule d’extrême droite nazifiant des Zouaves Paris](https://www.liberation.fr/politique/interpellations-et-dissolution-les-zouaves-paris-dans-le-viseur-20211215_3Q77VZRBSBAO5F2GXRHDD2NINA/) -, avant que les victimes soient trimballées de commissariat en commissariat et maltraitées par les autorités…
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> **«On s’est vu mourir…»**
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> Ce 5 décembre 2021, le meeting d’Eric Zemmour, initialement prévu au Zénith de Paris, dans le XIXe arrondissement, a finalement été délocalisé à une vingtaine de kilomètres, à Villepinte, pour, selon les organisateurs, accueillir beaucoup plus de monde. Dans ce lieu resté célèbre à droite pour avoir été celui du grand meeting de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, la tension est palpable ce jour-là. Quelques manifestants de SOS Racisme ont fait le déplacement et échappé aux nombreux barrages de police. Sur place, ils sont très vite pourchassés par des radicaux qui, comme l’a révélé [Mediapart](https://www-mediapart-fr.bnf.idm.oclc.org/journal/france/061221/meeting-de-zemmour-les-zouaves-paris-derriere-les-violences) , tournent en bande autour de la salle avec à leur tête le leader des [Zouaves Paris](https://www.liberation.fr/politique/interpellations-et-dissolution-les-zouaves-paris-dans-le-viseur-20211215_3Q77VZRBSBAO5F2GXRHDD2NINA/) , Marc de Cacqueray-Valménier. Dans la salle, où les radicaux ont pris place parmi les milliers de spectateurs, l’ambiance est tout aussi délétère. [Plusieurs journalistes sont insultés ou menacés](https://www.liberation.fr/politique/elections/au-meeting-de-zemmour-la-haine-des-journalistes-comme-rengaine-20211206_7D22F4OPVVHPRGOWVJCTKNKAKY/) , certains se font voler leur matériel. D’autres sont même agressés physiquement, dont certains de LCI, Mediapart et de l’émission Quotidien de TMC.
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> Les militants de SOS Racisme commencent ensuite leur action : ils se lèvent, rendent visible leur message inscrit sur leurs tee-shirts, «Non au racisme». Les coups pleuvent. De tous les côtés. Dora, 32 ans, est touchée au visage par un jeune homme en chemisette situé dans son dos. Elle se souvient avoir vu son camarade Romain, 24 ans, être encerclé et frappé par des «gros fachos violents». Celui-ci raconte : «J’ai pris des coups, puis je suis tombé au sol et, là, ça venait de partout, j’ai surtout senti ceux portés à mon visage. J’entendais mon cerveau taper contre ma boîte crânienne.» Une meute d’hommes, de tous âges, frappent sans distinction militants et militantes de SOS Racisme à coups de poing, de pied, de chaise, de tout ce qui leur tombe sous la main. «Dans les yeux de l’un de ceux qui me frappaient, j’ai vu qu’il m’aurait tué, se souvient Romain. Alors que je suis K.-O. et que mes jambes ne me portent plus, je me souviens d’un membre de la sécurité de Zemmour qui me lance “Arrête ton cinéma”.» Kyra, 28 ans, abonde : «On s’est vu mourir… J’ai vu des copines face contre le sol recevoir des grands coups de pied de la part de plusieurs hommes. Ils étaient déchaînés, je n’ai jamais vu autant de haine.»
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> **«Vous l’avez bien cherché»**
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> Les activistes sont exfiltrés sans trop bien comprendre par qui. Les coups se poursuivent sur le chemin de la sortie. Certains sont menacés par le service d’ordre de Zemmour : «Ils nous disaient “on va vous défoncer”», se souvient Kyra. A l’extérieur, ils sont remis aux forces de l’ordre. «J’ai entendu un membre du service d’ordre de Zemmour dire aux CRS qu’on avait commencé la bagarre», raconte Grégory, 25 ans. «Au talkie-walkie, ils racontaient que l’un de nous avait une barre de fer», se souvient Romain. En réalité, il s’agit d’un manche en plastique (souple) de drapeau. Dehors, devant une foule de journalistes et de caméras, les militants se retrouvent, découvrent mutuellement leurs blessures : plusieurs sont en sang. Romain est très mal en point. Son visage est couvert de traces de coups, dont un gros hématome qui couvre la partie supérieure droite de son visage. «J’étais sonné, j’essayais de répondre aux questions des journalistes mais je n’y arrivais pas», dit-il. Il est conduit à un camion de la sécurité civile qui stationne tout près. Pas à l’hôpital.
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> Dans l’intervalle, six de ses camarades sont placés en garde à vue. Le début d’une longue nuit pour ces victimes devenues accusées, brinquebalées de commissariat en commissariat. «Ils nous ont dit qu’on avait agressé des gens, qu’on avait envoyé une femme à l’hôpital», relate Gregory. Kyra dit s’être vue accusée d’avoir violenté «un couple de personnes âgées» par la policière qui l’auditionne. Aucun blessé à déplorer parmi les spectateurs du meeting pourtant. Le groupe est éclaté. Gregory échoue à La Plaine-Saint-Denis, à 20 kilomètres de là, après avoir été transporté par des policiers dans quatre commissariats différents. «Pendant tous mes transferts, les policiers ont particulièrement serré mes menottes», nous raconte le jeune homme, qui dit avoir été «brusqué». Il raconte qu’un fonctionnaire lui aurait lancé : «Vous l’avez bien cherché, vous essayez d’empêcher un candidat à l’élection présidentielle de s’exprimer.» Les gardes à vue prennent fin le lendemain à 14 heures. «On m’a dit qu’il y aurait des suites mais je n’ai jamais eu de nouvelles», précise Grégory. Les militants de SOS Racisme ont porté plainte le mardi suivant pour «dénonciation calomnieuse» et «violences volontaires en réunion».
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> L’ambiance n’est pas meilleure lors du passage à l’unité médico-judiciaire. «Mon avocat a dû insister pour qu’on prenne en photo les hématomes que j’avais sur le corps», explique Romain. «Le médecin qui m’a ausculté m’a expliqué qu’il ne pensait pas que Zemmour soit raciste alors que je ne lui avais rien demandé», s’étonne-t-il. De son côté, Dora dénonce un examen mené sans empathie et avec l’impression de ne pas être suffisamment écoutée. Des interruptions de travail temporaires (ITT) allant jusqu’à neuf jours ont été prononcées pour neuf militants antiracistes.
Ça alors ! L’omerta à l’oeuvre et on évite de lance-ba les collègues ? Surprenant.
Ben voila, on demande encore l’impossible à notre brave et intérpide police.
Les flics ils passent tous les jours chez les suspects, mais les suspects ils sont pas à la maison, alors …
Forcément ils sont en train de sonner à le porte, ils peuvent pas être à l’intérieur aussi, et quand ils sont chez eux, c’est qu’ils sont pas en service …