# Holodomor : 90 ans après, l’objectif de la Russie d’anéantir l’Ukraine reste inchangé
La semaine dernière, le peuple ukrainien commémorait la grande famine que les Russes leur ont imposée dans les années 30. Andriy Yermak, chef de cabinet de Volodymyr Zelensky, dresse un parallèle avec la guerre actuelle, où l’agresseur vise la destruction du pays, en tuant non plus par la faim mais par le froid.
par Andriy Yermak, Chef de cabinet de la présidence ukrainienne publié le 3 décembre 2022 à 9h39
L’Holodomor. Un des mots les plus effrayants jamais inventé. Avez-vous déjà imaginé une famine condamnant à mort toute une population ? Des millions de morts torturées et douloureuses. Aucun film, aucun livre ne peut transmettre cette horreur. Seules les archives le peuvent. L’Ukraine, grenier à blé bien portant de l’Europe pendant des siècles, s’est transformée en un enfer il y a quatre-vingt-dix ans. Après avoir conquis – une énième fois – notre pays, les Russes ont échoué, une fois de plus, à soumettre son peuple.
En 1929-1932, une vague de soulèvements paysans a balayé l’Ukraine, alors réprimée par la Russie. [Et l’empire s’est vengé](https://www.liberation.fr/idees-et-debats/guerre-en-ukraine-la-seule-issue-possible-cest-que-la-russie-sorte-de-sa-logique-dempire-20221130_6ZJ6GGLDBNHQDMZWUKY26TZRDQ/). Il s’est vengé de manière cruelle et cynique, en prenant la nourriture de la main de ceux qui la produisaient. Des années plus tard, les autorités soviétiques ont condamné, tout aussi cruellement et cyniquement, les habitants de Leningrad à mourir de faim. On ne peut pas nier que l’offensive germano-finlandaise et le blocus ont fait de nombreuses victimes, mais le régime soviétique n’en est pas moins coupable : le blocus n’a pas empêché les livraisons provenant des nombreuses usines militaires de Leningrad aux lignes de front, mais pour une raison inconnue l’approvisionnement en nourriture de la ville a été rendu très difficile.
Une lettre ne change rien à l’objectif. Quatre-vingt-dix ans ne font aucune différence. L’objectif demeure le même : le génocide. La destruction de l’Ukraine. En tant qu’Etat indépendant. En tant que nation. En tant que peuple libre.
Cette fois, la tentative du Kremlin d’absorber notre Etat morceau par morceau, comme au siècle dernier, a échoué. Nous avons repoussé l’attaque de Kyiv. Nous avons repoussé les envahisseurs loin de Kharkiv. Nous avons repris le contrôle de Kherson. Aujourd’hui, nous voyons des troupes russes paniquées construire des fortifications en Crimée, craignant, à juste titre, que nous la reprenions aussi. [Donetsk et Louhansk reviendront également à l’Ukraine](https://www.liberation.fr/international/europe/contre-offensive-apres-lest-kyiv-accelere-dans-le-sud-20221004_5IVX3GQLJBBE3LQYLC4KI2G2IE/).
Dans les médias occidentaux, on lit parfois que cette stratégie du Kremlin est une tentative de forcer l’Ukraine à demander la paix. Cette analyse n’est pas tout à fait correcte. Poutine ne veut pas seulement que l’Ukraine capitule. Il veut qu’elle implore sa pitié. Poutine a besoin de plus qu’un simple accord pour la paix. Il veut un triomphe qui soit une humiliation pour les ennemis de la Russie – tant l’Ukraine que nos alliés occidentaux. Le désastre humanitaire que les missiles russes cherchent à causer sert le même objectif que l’Holodomor il y a quatre-vingt-dix ans : soumettre l’Ukraine et briser sa capacité de résistance.
Les autorités russes croient à tort que [les Ukrainiens se rendront sur la place Maïdan](https://www.liberation.fr/planete/2014/08/04/les-ideaux-du-maidan_1075468/) (oh oui, nous nous rendrons toujours sur la place Maïdan !) pour demander la fin de la guerre. Les autorités russes se sont trop longtemps confortées dans le mythe du «peuple unique». Elles ne comprennent pas que les Ukrainiens sont différents. Nous descendons dans la rue à cause de l’injustice et du désir de liberté. Nous ne descendons pas dans la rue pour réclamer un avenir sous le joug de l’oppression.
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TRIBUNE
# Holodomor : 90 ans après, l’objectif de la Russie d’anéantir l’Ukraine reste inchangé
La semaine dernière, le peuple ukrainien commémorait la grande famine que les Russes leur ont imposée dans les années 30. Andriy Yermak, chef de cabinet de Volodymyr Zelensky, dresse un parallèle avec la guerre actuelle, où l’agresseur vise la destruction du pays, en tuant non plus par la faim mais par le froid.
par Andriy Yermak, Chef de cabinet de la présidence ukrainienne publié le 3 décembre 2022 à 9h39
L’Holodomor. Un des mots les plus effrayants jamais inventé. Avez-vous déjà imaginé une famine condamnant à mort toute une population ? Des millions de morts torturées et douloureuses. Aucun film, aucun livre ne peut transmettre cette horreur. Seules les archives le peuvent. L’Ukraine, grenier à blé bien portant de l’Europe pendant des siècles, s’est transformée en un enfer il y a quatre-vingt-dix ans. Après avoir conquis – une énième fois – notre pays, les Russes ont échoué, une fois de plus, à soumettre son peuple.
En 1929-1932, une vague de soulèvements paysans a balayé l’Ukraine, alors réprimée par la Russie. [Et l’empire s’est vengé](https://www.liberation.fr/idees-et-debats/guerre-en-ukraine-la-seule-issue-possible-cest-que-la-russie-sorte-de-sa-logique-dempire-20221130_6ZJ6GGLDBNHQDMZWUKY26TZRDQ/). Il s’est vengé de manière cruelle et cynique, en prenant la nourriture de la main de ceux qui la produisaient. Des années plus tard, les autorités soviétiques ont condamné, tout aussi cruellement et cyniquement, les habitants de Leningrad à mourir de faim. On ne peut pas nier que l’offensive germano-finlandaise et le blocus ont fait de nombreuses victimes, mais le régime soviétique n’en est pas moins coupable : le blocus n’a pas empêché les livraisons provenant des nombreuses usines militaires de Leningrad aux lignes de front, mais pour une raison inconnue l’approvisionnement en nourriture de la ville a été rendu très difficile.
## «Kholodomor»
La semaine dernière, l’Ukraine a commémoré le 90e anniversaire de l’Holodomor. Aujourd’hui une nouvelle forme de terreur rôde sur nos terres. Le Kholodomor. A une lettre prête, ce mot signifie «tuer par le froid» en Ukrainien, tandis qu’Holodomor signifie «tuer par la faim». Si les mots «faim» et «froid» se ressemblent en ukrainien, le résultat demeure le même. Avez-vous déjà imaginé un hiver si froid qu’il condamnerait à mort toute une population ? Des milliers de morts douloureusement longues qui font écho à la famine subie pendant l’Holodomor. Aucun film, aucun livre ne peut transmettre cette horreur. Personne ne veut avoir à imaginer un tel scénario. Mais c’est exactement le sort que réserve la Russie au peuple ukrainien. Depuis des semaines, tandis que l’hiver approche à grands pas,[ ](https://www.liberation.fr/international/europe/la-russie-cible-les-infrastructures-energetiques-ukrainiennes-en-reponse-a-lattaque-de-sebastopol-20221031_FFWK3N4TA5CI5MLTYAH7YS2AXE/)[la Russie bombarde frénétiquement l’infrastructure énergétique civile](https://www.liberation.fr/international/europe/la-russie-cible-les-infrastructures-energetiques-ukrainiennes-en-reponse-a-lattaque-de-sebastopol-20221031_FFWK3N4TA5CI5MLTYAH7YS2AXE/) ukrainienne avec des centaines de missiles.
Une lettre ne change rien à l’objectif. Quatre-vingt-dix ans ne font aucune différence. L’objectif demeure le même : le génocide. La destruction de l’Ukraine. En tant qu’Etat indépendant. En tant que nation. En tant que peuple libre.
Cette fois, la tentative du Kremlin d’absorber notre Etat morceau par morceau, comme au siècle dernier, a échoué. Nous avons repoussé l’attaque de Kyiv. Nous avons repoussé les envahisseurs loin de Kharkiv. Nous avons repris le contrôle de Kherson. Aujourd’hui, nous voyons des troupes russes paniquées construire des fortifications en Crimée, craignant, à juste titre, que nous la reprenions aussi. [Donetsk et Louhansk reviendront également à l’Ukraine](https://www.liberation.fr/international/europe/contre-offensive-apres-lest-kyiv-accelere-dans-le-sud-20221004_5IVX3GQLJBBE3LQYLC4KI2G2IE/).
## Triomphe et humiliation
L’invasion de l’Etat agresseur russe a été si pathétique qu’il a maintenant décidé de suivre la voie de la terreur absolue. Ecartés des champs de bataille et fuyant les combats, les terroristes russes en uniforme [s’attaquent désormais aux infrastructures clés](https://www.liberation.fr/international/europe/dix-millions-dukrainiens-prives-delectricite-a-lapproche-de-lhiver-denonce-volodymyr-zelensky-20221118_5R2VX3A24FAQPIITIVYY55U7RU/) de l’Ukraine. Le réseau électrique est leur cible principale. Un crime de guerre flagrant aux objectifs évidents.
Dans les médias occidentaux, on lit parfois que cette stratégie du Kremlin est une tentative de forcer l’Ukraine à demander la paix. Cette analyse n’est pas tout à fait correcte. Poutine ne veut pas seulement que l’Ukraine capitule. Il veut qu’elle implore sa pitié. Poutine a besoin de plus qu’un simple accord pour la paix. Il veut un triomphe qui soit une humiliation pour les ennemis de la Russie – tant l’Ukraine que nos alliés occidentaux. Le désastre humanitaire que les missiles russes cherchent à causer sert le même objectif que l’Holodomor il y a quatre-vingt-dix ans : soumettre l’Ukraine et briser sa capacité de résistance.
Les autorités russes croient à tort que [les Ukrainiens se rendront sur la place Maïdan](https://www.liberation.fr/planete/2014/08/04/les-ideaux-du-maidan_1075468/) (oh oui, nous nous rendrons toujours sur la place Maïdan !) pour demander la fin de la guerre. Les autorités russes se sont trop longtemps confortées dans le mythe du «peuple unique». Elles ne comprennent pas que les Ukrainiens sont différents. Nous descendons dans la rue à cause de l’injustice et du désir de liberté. Nous ne descendons pas dans la rue pour réclamer un avenir sous le joug de l’oppression.