
De la sortie pédagogique à la campagne de haine : comment une enseignante a été harcelée par les soutiens politiques et médiatiques d’Eric Zemmour

De la sortie pédagogique à la campagne de haine : comment une enseignante a été harcelée par les soutiens politiques et médiatiques d’Eric Zemmour
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*Article à lier avec [cet article](https://www.leparisien.fr/societe/lille-une-enseignante-menacee-pour-un-projet-de-sortie-scolaire-aupres-de-migrants-le-rectorat-va-deposer-plainte-29-11-2022-33F2HSPDB5HCPOGCKZ2REMUNJI.php) posté sur le sub, qui donne plus de détails sur la méthode utilisée par les soutiens de Zemmour (qui n’ont plus que ce genre de basses œuvres pour pouvoir exister politiquement et médiatiquement) pour harceler l’enseignante.*
**Une visite dans un camp de migrants de Calais a été annulée à la suite de menaces reçues par une professeure de classe préparatoire, dont le nom a été divulgué sur les réseaux sociaux par des membres du parti d’extrême droite.**
Des étudiants de la classe préparatoire littéraire du lycée Watteau de Valenciennes (Nord) devaient rencontrer, vendredi 2 décembre, les bénévoles de l’association L’Auberge des migrants, à Calais (Pas-de-Calais). Un projet sur lequel ces élèves majeurs, qui se préparent à des études dans les sciences sociales, travaillaient depuis la rentrée, avec le soutien du lycée, de la région Hauts-de-France et de l’académie.
La journée à Calais devait « modestement » permettre une introduction aux méthodes de la recherche en sciences sociales, détaille Sophie Djigo, chercheuse et enseignante en philosophie à l’origine du projet. Etaient ensuite prévus « un volet conceptuel d’analyse et de documentation de la frontière », notamment en philosophie, avec des penseurs comme Hobbes et Montesquieu, ainsi qu’un retour sur l’œuvre d’Ovide, portant sur « l’exil dans le monde antique ».
Mais la sortie n’a pas eu lieu. Le rectorat a préféré l’annuler, après que Sophie Djigo a subi une campagne de menaces et d’insultes sur les réseaux sociaux, au point de bénéficier d’une protection juridique de la part de l’éducation nationale.
Le projet de Mme Djigo en a rencontré un autre, plus politique : celui de partisans d’Eric Zemmour. A la peine depuis ses échecs électoraux, l’essayiste d’extrême droite cherche à mobiliser depuis la rentrée de septembre autour du « wokisme » et du « grand endoctrinement » dont se rendraient coupables les enseignants. Son parti, Reconquête ! a créé un collectif, Parents vigilants, chargé de signaler dans toute la France les « dérives » attribuées à l’éducation nationale, de la présence d’ouvrage féministes dans les CDI à l’invitation de certaines associations dans les lycées. Une initiative qui n’avait jusqu’ici rencontré que peu d’échos.
**Déchaînement de haine**
Le 28 novembre au matin, à quelques jours du premier anniversaire de Reconquête !, le site « Protégeons nos enfants », qui sert de vitrine à Parents vigilants, diffuse le courriel d’organisation de la journée envoyé par Mme Djigo à ses élèves. « On a demandé à l’un d’entre eux une capture d’écran. L’étudiant ne s’était pas imaginé que j’allais devenir une cible », explique l’enseignante. Il faut moins d’une heure au parti de M. Zemmour pour publier un communiqué de presse mentionnant, sans la nommer, que l’enseignante est une « militante pro-immigration » et cofondatrice d’une association d’aide aux migrants. Autant d’éléments qui permettent de l’identifier.
Reconquête ! plastronne. Les médias proches du parti, de CNews à Valeurs actuelles, relaient l’initiative. Agnès Marion, la porte-parole des Parents vigilants, une ex-assistante parlementaire de Marion Maréchal-Le Pen – qui n’a pas répondu à nos sollicitations – évoque des élèves « pris en otage ». Sur les réseaux sociaux, une campagne de haine se déchaîne. Le nom de Mme Djigo est explicitement cité dans un billet publié sur Fdesouche, navire amiral de l’extrême droite en ligne, auquel contribue Damien Rieu, l’un des piliers de Reconquête ! Contacté, celui-ci n’a pas voulu préciser s’il était l’auteur de ce post. Pierre Sautarel, l’animateur du site, n’a pas non plus souhaité répondre.
Sur Twitter, les partisans d’Eric Zemmour continuent leur campagne. Un hashtag #SophieDjigo est lancé, des photos d’elle et de ses actions circulent. Injures et menaces fusent par centaines. Le 29 novembre, un billet publié sur le blog d’extrême droite Riposte laïque estime qu’il faut « virer cette Sophie Djigo ». « Je souhaite que cette ignoble salope se fasse dépecer vivante par ses petits protégés », « cette foldingue mérite de se faire assassiner »… Les commentaires sous le texte sont au-delà de l’injure. Après avoir annulé la sortie scolaire, le rectorat porte plainte le 30 novembre, pour diffamation.
**Rétropédalage**
Les critiques se multiplient contre cette campagne de lynchage numérique. « Le parti de Zemmour utilise les mêmes méthodes et intimidations que les islamistes radicaux pour faire pression sur les enseignants », fustige le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui évoque le nom de Samuel Paty, l’enseignant assassiné le 16 octobre 2020 par un islamiste radicalisé après une campagne sur les réseaux sociaux. Le député écologiste Benjamin Lucas appelle à envisager la « dissolution du mouvement » Reconquête !
Le camp Zemmour finit alors par rétropédaler : dans un nouveau communiqué, Reconquête ! assure, le 1er décembre, s’être « refusé à révéler l’identité » de Mme Djigo – une assertion contestable – et menace à son tour de « saisir la justice » contre « toute personne accusant le mouvement de “menacer” un enseignant ». Entretemps, les tweets de FDesouche mentionnant le patronyme de Mme Djigo ont été effacés et le billet de blog modifié pour supprimer son nom.
L’enseignante, qui travaille sur les questions migratoires depuis 2016, reçoit « de manière récurrente » des messages d’insulte. « Ce qui est différent cette fois, c’est que je suis ciblée comme enseignante dans l’exercice de mes fonctions et qu’on soit passé des insultes aux menaces, souligne-t-elle. A travers ces attaques, c’est la liberté académique et la liberté pédagogique qui sont visées. »
Mme Djigo estime être l’objet d’une instrumentalisation par un parti qui est à l’agonie et cherche à se relancer. Sauf que ce sont les fondamentaux de l’école de la République qui sont attaqués. » Le réseau des Parents vigilants cautionne les contestations qu’affrontent des enseignants, particulièrement en histoire, lorsqu’ils font un cours sur l’islam ou sur la Shoah. « Ces gens s’arrogent l’expertise des inspecteurs généraux de l’éducation nationale, tacle-t-elle. C’est extrêmement grave si on ne peut plus documenter l’histoire sur le réel. »
> Etaient ensuite prévus « un volet conceptuel d’analyse et de documentation de la frontière », notamment en philosophie, avec des penseurs comme Hobbes et Montesquieu, ainsi qu’un retour sur l’œuvre d’Ovide, portant sur « l’exil dans le monde antique ».
Non-ironiquement j’adorerai écouter un cours sur ce sujet. Qu’elle fasse un podcast !
J’avais pas fait le lien, mais Olivier Faure a raison : ce sont des méthodes d’islamistes radicaux, il faut donc dissoudre ces mouvements terroristes.