Le coup de gueule d’Eric Trappier (Dassault, Cidef) contre les banques

5 comments
  1. **Dans une lettre adressée à Sébastien Lecornu, le patron du Conseil des industries de défense françaises (Cidef) et PDG de Dassault Aviation Eric Trappier alerte sur “les difficultés croissantes” de l’industrie de l’armement à se financer. Et donne des noms de banques qui ne jouent pas le jeu.
    Le sous-marin nucléaire d’attaque Suffren, près de Toulon, en octobre 2020**

    Le torchon brûle entre la finance et l’industrie de défense. Dans une lettre adressée au ministre des Armées Sébastien Lecornu datée du 22 novembre, dont Challenges a obtenu copie, le président du Cidef (Conseil des industries de défense françaises) Eric Trappier, également PDG de Dassault Aviation, alerte sur les “difficultés croissantes” de l’industrie de l’armement “dans sa relation avec les banques et les fonds d’investissement”. Ces difficultés, explique Eric Trappier, sont liées à l’”application par le secteur financier des règles spécifiques” liées à la politique de l’UE pour “orienter les investissements vers des activités qualifiées de durables”. En clair, à la fameuse taxonomie européenne.

    Quel est le problème? “De manière systématique, écrit Eric Trappier, ces travaux rassemblent sous le même vocable “d’industrie de défense” la production d’équipements autorisés par les Etats et les organisations internationales et ceux dont la production est interdite (mines anti-personnel, bombes à sous-munition, armes chimiques, armes biologiques)”. Cette approche conduit, selon Eric Trappier, à la “stigmatisation” de l’industrie de défense, “et donc aux difficultés dans la relation avec les banques et les fonds qui tendent de plus en plus à exclure les industriels du secteur de leur portefeuille.”

    Selon une étude Barclays basée sur les données de Morningstar, 20% des fonds actions qui promeuvent les critères environnementaux et sociaux (dits “article 8”, en jargon financier) excluent les entreprises impliquées dans des contrats militaires, souligne le patron du Cidef. Le chiffre passe à 40% pour les fonds qui ont pour objectif l’investissement durable (“article 9”). Pire, souligne le PDG de Dassault Aviation, “la production d’équipements au service de la dissuasion nucléaire représente une circonstance aggravante pour beaucoup de banques et fonds”.

    ### Bpifrance et la Caisse des dépôts montrés du doigt

    Cette mise à l’index apparaît inacceptable au Cidef, “au moment où l’actualité internationale remet de façon durable les questions de défense au cœur des politiques des Etats européens, et que l’Union européenne engage des sommes importantes pour aider l’industrie de défense à répondre aux besoins des armées européennes”. Le patron du Cidef, citant un document de l’ASD (Aerospace and Defense Industries Association of Europe), le lobby européen de l’armement, donne même des noms d’organismes qui pratiquent, dans certains de leurs produits, des “exclusions systématiques” des investissements dans la défense. Sont ainsi pointés du doigt en France la Caisse des dépôts, Bpifrance, la Banque Postale AM, et le régime de Retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP).

    En Allemagne, le document cite certaines banques des Länder (Landesbanken) et caisses d’épargne (Sparkassen) locales, notamment en Bavière (Bayern Invest), au Bade-Wurtemberg (LBBW), dans les Länder de Hesse et Thuringe (Helaba), dans la région de Hambourg (Warburg Invest), et de Francfort (Deka AM). La liste intègre également la caisse des dépôts italienne (Cassa Depositi e Prestiti), les fonds néerlandais APG AM, Pensione, fonds Tail, et ABN Amro IS, de même que les norvégiens Norges Bank IM et KLP et le suédois AP-Fonden.

    Comment améliorer la situation? La lettre du Cidef à Sébastien Lecornu suggère un plan d’action, élaboré au sein de l’ASD. Ce plan appelle notamment les Etats à prendre leurs responsabilités sur les organismes publics ou semi-publics qui ne jouent pas le jeu du soutien à la défense. “En tant qu’actionnaires et propriétaires, les États membres pourraient exiger de ces investisseurs qu’ils suppriment les exclusions systématiques de la défense là où elles existent, et/ou les inciter à accroître leurs investissements dans les entreprises européennes de défense”, détaille le plan d’action de l’ASD.

    ### Réformer la BEI

    Le document préconise également la publication d’un “document stratégique de référence de haut niveau” qui “pourrait prendre la forme d’une communication conjointe de la Commission et du Haut Représentant (de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, NDLR) et devrait être préparé en étroite coopération avec les États membres et l’industrie”. Ce document clarifierait le fait que, pour se conformer à la législation européenne sur la finance durable, les investisseurs devraient limiter leurs exclusions aux entreprises impliquées dans les quatre catégories d’armes citées plus haut (mines anti-personnel, bombes à sous munition, armes chimiques, armes biologiques).

    Le plan d’action de l’ASD, relayé par le Cidef, appelle aussi à la modification des critères de l’écolabel, un label écologique européen pour les produits financiers de détail. SI le projet paraît pour l’instant suspendu, la dernière version du projet de la Commission européenne exigeait l’exclusion des entreprises réalisant plus de 5 % du chiffre d’affaires dans la défense. Enfin, l’industrie de défense réclame une refonte des critères d’investissement de la Banque européenne d’investissement (BEI). “À l’heure actuelle, la BEI n’est autorisée à soutenir que des projets à double usage (civil et militaire, NDLR). L’ASD appelle donc à nouveau les États membres à modifier la politique de prêt de la BEI et à éliminer l’exclusion incongrue existante de la défense.”

    Le double discours de l’Europe sur la défense est dénoncé depuis des mois par l’industrie militaire. Dans une tribune publiée fin septembre, le patron de Thales Patrice Caine pointait la schizophrénie de l’UE sur le sujet: “D’un côté, sous la pression des tensions géopolitiques grandissantes et notamment de la guerre en Ukraine, l’Europe entreprend de renforcer ses capacités de défense et de souveraineté, écrivait-il. De l’autre, elle tend à fragiliser ses entreprises dans ce secteur en ne les intégrant pas spontanément dans le périmètre de la finance durable.”

  2. Quoi même un grand patron dit que les banques c’est de la merde ? Allez camarade, suis nous, demande la propriété collective des moyens de productions

  3. après avoir saboté notre indépendance énergétique, nos sachants vont-ils s’attaquer à notre indépendance militaire ? 😮

Leave a Reply