En France, 22% des nouveau-nés ont-ils un prénom musulman ?

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  1. En France, 22% des nouveau-nés ont-ils un prénom musulman ?

    LA VÉRIFICATION – C’est ce qu’affirme Éric Zemmour. Ils n’étaient que 1% en 1960, ajoute le candidat. À raison?

    LA QUESTION. Près du quart des nouveau-nés ont-ils un prénom musulman, contre moins d’un pourcent il y a 60 ans? C’est ce qu’affirme Éric Zemmour qui n’hésite pas à reprendre à son compte la thèse d’un «grand remplacement» développée par l’écrivain Renaud Camus. «Selon l’Insee, alors que moins de 1% des nouveau-nés avaient un prénom musulman dans les années 60, ils sont aujourd’hui 22%. Quel pourcentage demain? Imaginez l’ampleur du changement culturel, démographique et humain inédit que nous traversons», avertissait ainsi le candidat lors de son meeting de Villepinte. Ce chiffre est-il exact?

    VÉRIFIONS. Première constatation, l’Insee ne procède pas à un recensement des prénoms musulmans, pas plus que des prénoms chrétiens, juifs ou bouddhistes, et ce pour la simple raison que les statistiques ethniques (ou en l’espèce ethnico-religieuses) sont interdites en France. L’institut national de la statistique ne dit donc pas lui-même que 22% des nouveau-nés en France portent un prénom musulman. Ceci dit, l’Insee publie chaque année un fichier Excel particulièrement riche puisqu’il recense l’ensemble des prénoms donnés à l’état civil, année par année. Commençant par la catégorie des «prénoms rares» et se terminant par le prénom Zyneb, il comporte 667.365 lignes… et l’on peut le télécharger ici.

    Si l’Insee ne réalise aucune étude selon l’origine ethnique ou religieuse des prénoms, d’autres acteurs ont utilisé ces données statistiques à cette fin. Comme l’ont montré déjà plusieurs médias de fact-checking, Éric Zemmour se fonde en l’espèce sur le travail réalisé par le site FdeSouche. Connu pour son opposition catégorique à l’immigration et classé généralement à l’extrême droite, ce média lancé en 2005 et se présentant comme une «revue de presse identitaire de langue française» publie chaque année un «baromètre du prénom musulman», le dernier portant sur les personnes nées en 2020. Publié en août 2021, il recense 21,73% de prénoms musulmans, arrondis à 22% par Éric Zemmour. Le seuil des 5% aurait été franchi en 1976, celui des 10% en 2002, celui des 15% en 2009 et celui des 20% en 2016.
    Des ordres de grandeur et non des statistiques précises

    Une question se pose néanmoins immédiatement: sur quel fondement ce site controversé s’est-il appuyé pour déclarer que tel prénom est ou n’est pas musulman? FdeSouche défend sa méthode de la façon suivante: «Il a été nécessaire de créer de toutes pièces un “référentiel” des prénoms musulmans (…) Il n’est pas évident de les identifier parmi les 35.000 prénoms de la base de l’Insee. Plusieurs listings disponibles sur les sites communautaires suivants ont été passés au crible : http://www.halalbook.fr, http://www.prenommusulmanrare.com, http://www.pageshallal.com, http://www.katibin.fr». Le site distingue ensuite les «prénoms musulmans certains» et les «prénoms mixtes». Pour ces derniers, ils ne les décomptent que pour moitié afin de tenir compte de cette «mixité». Parmi les «prénoms mixtes» mis en avant par FdeSouche, on peut notamment citer: Adam, Ines ou Sarah.

    Le site donne par ailleurs les 100 premiers prénoms qu’il considère comme «musulmans» ou «mixtes» : «ADAM, INES, EDEN, MOHAMED, SARAH, NAEL, RAYAN, SOAN, INAYA, YANIS, LINA, IMRAN, NOUR, YASMINE, AYDEN, AMINE, ALI, SOFIA, ELIA, ISMAEL, SOHAN, SOHAN, SARA, AMIR, ISSA, MANEL, IBRAHIM, KAIS, HAMZA, NASSIM, AYA, ILYES, YASSINE, ASSIA, MYRIAM, NAIM, HAYDEN, YOUNES, WASSIM, YOUSSEF, AYOUB, MOUSSA, MAISSA, ADEM, IMRANE, NAHIL, ANIS, SOFIANE, ALYA, RAYANE, MARYAM, YACINE, MALAK, ARYA, ANAS, LOUISA, IMANE, NAHEL, TASNIM, SELMA, SANA, KENZA, ZAKARIA, AYMEN, MEHDI, NORA, ISMAIL, LEILA, AHMED, AICHA, NAELLE, ELIJAH, ALIYA, HANNA, AMINA, SAFA, FARAH, AMEL, NAILA, AMIRA, ILYANA, MINA, AIDEN, ALIYAH, RYAN, LILIA, ILYAS, FATIMA, JANA, SAMY, IDRISS, NELYA, HAJAR, MARWA, JAD, HAROUN, ASMA, MOHAMMED, ASSYA, NEYLA».

    FdeSouche note enfin une «nette augmentation des “prénoms rares”», lesquels sont définis par l’Insee comme tous ceux ayant enregistré moins de trois naissances au niveau national sur l’année. Estimant (sans le prouver) qu’un tiers de ces prénoms rares seraient «musulmans» ou «mixtes» («essentiellement des variations orthographiques de prénoms ou des prénoms composés»), FdeSouche considère que «l’estimation du taux national d’octroi de prénom musulman en France corrigé serait environ de 25%, mais en raison de son caractère incertain, nous en restons au chiffre de 21,73%».

    Mais, inversement, l’on pourrait facilement remettre en cause la «liste» établie par FdeSouche et privilégier une version plus limitée ou juger arbitraire le choix d’avoir retenu la moitié des prénoms qualifiés de «mixtes». Autrement dit, on ne peut parler au mieux que d’un ordre de grandeur. Cette incertitude procède directement de la notion de «prénom musulman», difficile à cerner, comme le reconnaît d’ailleurs le site lui-même.

    «L’Archipel français»

    Si cette source qu’est FdeSouche peut donc sembler fragile – les données brutes de l’Insee, elles, ne font pas de doute -, l’on notera néanmoins qu’une autre source, faisant quant à elle référence, donne des chiffres extrêmement proches. Il s’agit du livre L’archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée du sondeur Jérôme Fourquet paru en 2019.

    Le directeur du département Opinion à l’IFOP a notamment recensé en partant des données de l’Insee l’évolution depuis 1900 du nombre de nouveau-nés mâles «portant un prénom les rattachant culturellement et familialement à l’immigration arabo-musulmane». On peut y lire notamment qu’il s’agit d’«un indicateur robuste lorsqu’il s’agit d’évaluer le poids des personnes d’ascendance arabo-musulmane dans l’ensemble d’une classe d’âge. (…) La trajectoire de cette courbe est des plus impressionnantes et montre de manière très nette l’une des principales métamorphoses qu’a connues la société française au cours des dernières décennies : alors que la population issue de l’immigration arabo-musulmane était quasiment inexistante en métropole jusqu’au milieu du 20e siècle, les enfants portant un prénom les rattachant culturellement et familialement à cette immigration représentaient 18,8% des naissances en 2016, soit près d’une naissance sur cinq».

    On notera au passage que les ordres de grandeur de FdeSouche et de L’Archipel français sont très similaires (sachant que les deux phénomènes étudiés sont différents puisqu’il s’agit dans le second cas que des prénoms masculins), comme en témoigne cette carte issue du livre de Jérôme Fourquet.

    Le pourcentage de 18,6% mentionné dans le livre vaut pour l’année 2016, celui de 22% cité par Eric Zemmour (via FdeSouche) pour 2020. Étant donné la dynamique de ces dernières années (en plus de la différence déjà mentionnée entre l’ensemble des nouveau-nés d’un côté et les seuls nouveau-nés mâles de l’autre), cet écart n’est donc pas étonnant.

    «Basculement majeur»

    Et Jérôme Fourquet de poursuivre dans son livre: «Dans cette France qui vient, la part de la population issue des mondes arabo-musulmans représentera mécaniquement, du fait du renouvellement des générations, un habitant sur cinq, voire sur quatre, si la tendance haussière observée depuis le début des années 2000 se poursuit. On mesure à la lecture de ces chiffres que la société française est devenue de facto une société multiculturelle, et que notre pays ne connaîtra plus jamais la situation d’homogénéité ethnoculturelle qui a prévalu jusqu’à la fin des années 1970. Il s’agit là sans conteste d’un basculement majeur, et sans doute la cause principale de la métamorphose qui se produit sous nos yeux et aura (a déjà) des conséquences profondes».

    Quid, enfin, du «moins de 1%» de prénoms musulmans parmi les nouveau-nés «dans les années 1960» mentionné par Éric Zemmour? Pour le coup, le site FdeSouche ne remonte pas avant 1970, date à laquelle il l’estime aux alentours de 2,5%. Pour trouver une trace de ce «moins de 1%», il faut en revenir aux déclarations dans les médias de Jérôme Fourquet, qui affirmait par exemple sur France Inter en 2019 : «On est à moins de 1% de prénoms arabo-musulmans dans les années 70 pour plus de 18% sur les dernières années». Sauf que si l’on observe la carte de son livre, le taux était déjà de 2,5% en 1968. En parlant des «années 70», le sondeur s’est donc trompé de quelques années: selon L’Archipel français, l’année de franchissement des 1% est 1960.

    En résumé, Éric Zemmour a donc bien raison en estimant la part de «prénoms musulmans» à 22% aujourd’hui contre 1% dans les années 1960, à deux conditions. Primo, il s’agit d’une estimation dérivée de données de l’Insee, mais pas de statistiques nationales au sens strict du terme. Secundo, il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un ordre de grandeur et qu’il ne peut s’agir d’autre chose car la notion même de «prénom musulman» est difficile à cerner de façon catégorique. À cet égard, parler de prénoms d’«origine arabo-musulmane» ou issus «des mondes arabo-musulmans» comme le fait Jérôme Fourquet serait plus exact. Et encore, cela tendrait à oublier la part de l’immigration musulmane non issue du monde arabe, comme celle d’Afrique subsaharienne, d’une partie du Moyen-Orient ou d’Asie.

    Dernière précision, qui peut sembler évidente: porter un prénom d’origine musulmane ne signifie pas que celui qui le porte est lui-même musulman ou d’origine musulmane. Et inversement. «Certains petits-enfants d’immigrés maghrébins ne portent pas du tout de prénoms arabo-musulmans», explique par exemple l’Insee dans l’article de fact-checking de l’AFP, l’institut citant la «vague de “Enzo” parmi les personnes originaires d’Algérie suite au fait que Zinedine Zidane a prénommé son fils Enzo».

  2. Quand Le Figaro écrit un article sur Zemmour, qui lui-même se base sur des “études” de FDeSouche, on sait que ça va être de l’article quali.

    /s

  3. Vivement le retour aux noms Républicains ! Marre des prénoms religieux ! ^/s

    J’vais même pas demander ce qu’un prénom religieux (musulman en l’espèce) pour éviter la honte dans les réponses.

    Édit. : oh bah ça alors, ça bas-vote !

  4. Ils ont un prénom Arabe. Anis ou rayan ne sont pas des prénom musulmans , c’est des prénoms maghrébins. Tous ne sont pas musulman. Le raptor dissident , chrétien maghrébin d’extrême droite , s’appelle aussi ismail.

    Faudrait arrêter de présupposer que tout les arabes sont musulmans, ca rends d’autant plus dure la vie des apostats

  5. ohh les gauchos! Arrêtez 3 secondes vos délires identitaristes et venez trier les enfants avec nous!

  6. Oui , et donc ?

    Cela montre juste que la societé ce métisse , ce qui est une excellente chose.

    Une societé métissée et multi-culturelle ne peut être que plus ouverte d’esprit.

    Dans tous les cas il faut vous y faire , d’ici 2050 l’avenir des societés occidentales est multi-culturel.

  7. La France est bien le seul pays au monde terrorisé a l’idée de faire des statistiques ethniques.

    On a beau trouver les Anglo-saxons ridicules avec cela , mais au moins , c’est public , étudié par des sociologues , et ce n’est pas un truc qu’on laisse à l’extrême droite parce qu’on est effrayer a l’idée d’y toucher.

  8. Et donc? On fait quoi ensuite? Comme en Chine, on enferme tous les gens avec des prénoms a connotation musulmane dans des camps ( seulement la moitié des Sarah, Adam, Lina, etc au pifomètre), on les oblige à renier l’Islam et la culture musulmane, on stérilise les hommes, on mandate des chrétiens blancs pour violer les femmes et faire des enfants métis?

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